Julius Oechslin et son épouse, en 1931, au Liban. Une illustration tirée de l’ouvrage de Claire Oechslin. (DR)
À travers le parcours peu banal de son père, cet ingénieur mécanique suisse qui, dit-elle, «avait quelque chose de nomade en lui», c'est toute une tranche d'histoire - mouvementée - du Proche-Orient au XXe siècle que brosse, dans un style simple et dialogué, Claire Oechslin.
En se rendant en Orient, Julius Oechslin, représentant en «grosses machines», mais romantique dans l'âme, cède à la fascination du désert. Il apprend l'arabe et s'exerce à monter à cheval pour parcourir les dunes de sable et se rendre auprès des tribus bédouines avec lesquelles il traite affaires et dont il apprécie la fidélité à la parole donnée.
«Ce sont les seules en qui on peut avoir confiance», confiera à sa fille cet homme aux idéaux déçus, non seulement par ses proches - sa première femme le quitte en emmenant avec elle, à jamais, son fils de trois mois et il est escroqué par son associé allemand qui provoque sa faillite! -, mais aussi pour avoir été le témoin de nombreux abus et violences. Ainsi, en se rendant à Adana au consulat d'Allemagne pour essayer de retrouver trace de sa femme et de son fils, Julius Oechslin assistera, en chemin, à un massacre de femmes et d'enfants arméniens perpétré dans l'indifférence générale!
Étayée d'anecdotes et de petites histoires intimistes et souvent bouleversantes - comme le récit de cette fillette arménienne sauvée des Turques par les Bédouins qui la tatouent au henné pour la faire passer pour l'une des leurs -, cette biographie d'un destin à la fois ordinaire et riche en rebondissements est d'une lecture attrayante à plus d'une facette. Historique, romantique et psychologique. Car l'auteure, qui n'en est pas à sa première expérience d'écriture, a intelligemment évité les écueils du genre (biographique), en dressant le portrait d'un homme et non d'un héros sublimé. Un homme avec ses rêves, ses échecs, ses désillusions, mais aussi ses bonheurs, son amour, ses expériences et sa préscience. Décédé deux ans avant le début des événements au Liban, qu'il redoutait, il avait alerté sa fille: «La pire des guerres est la guerre civile parce qu'on ne connaît pas son ennemi!»
* À partir de 17h00, imm. an-Nahar, place des Martyrs. Tél. : 01/973797.


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