Rechercher
Rechercher

Liban

Un débat sur la diversité de disciplines dans des espaces géographiques variés

Le quatrième colloque international qui a été organisé la semaine dernière par l'Université des pères antonins, à Baabda, a été marqué par des débats animés et des échanges intenses qui ont reflété une sorte de fascinante conversation ininterrompue qui s'est étalée sur quatre jours. Une des thématiques principales abordée fut bien sûr les technologies au cœur des formations, les débats ayant porté sur les outils à caractère pédagogique tels que les technologies mobiles, le traitement automatique de la parole, la technologie 3D, les blogs, les dictionnaires électroniques, etc. Les participants ont évoqué de nombreux retours d'expériences présentant différentes applications de ces outils à l'apprentissage, comme le support visuel 3D pour apprendre l'anatomie, l'utilisation d'agents intelligents pour permettre une aide personnalisée à l'apprenant, les « serious games », la plate-forme EMaEval pour l'évaluation et la certification des compétences en enseignement supérieur dans le cadre de la formation des enseignants, la plate-forme TCAO pour le travail collaboratif, le simulateur Pyvot pour l'acquisition des compétences en mécanique et l'Arbre des connaissances pour permettre d'identifier les compétences d'un collectif.
Ces outils et ces applications furent présentés et discutés dans une diversité de disciplines (sciences, mécanique, médecine, sciences de la santé, sciences humaines, langue maternelle, seconde et étrangère), dans des espaces géographiques très variés, tels que la Tunisie, la Syrie, le Maroc, l'Algérie, le Canada, le Liban, le Tchad, la France, le Brésil, l'Espagne, etc.
Mais cette vision « photographique » sur les outils, les usages et les applications fut aussi discutée dans une perspective « vidéographique » pour reprendre le terme de Jacques Tardif, puisque la réflexion s'est aussi portée sur l'évolution des technologies, de ses usages, de ses usagers et des perceptions de ses usagers sur les TICE (technologies de l'information et de la communication appliquées à l'enseignement). Le titre du colloque annonçait déjà cette perspective évolutive « Se préparer à relever les défis du XXIe siècle », ainsi que le titre de la première conférence plénière de Philippe Dumas « L'enseignant, un chercheur entre conservatisme et futurisme ». Perspective évolutive illustrée aussi par une des communications présentant un rapport d'actions mises en place depuis le dernier colloque didactique et TICE dans un département de l'Université libanaise où l'intégration des TICE dans le fonctionnement du département, la gestion des enseignements, des évaluations et de la communication interne a eu un impact tellement transformateur dans les comportements des enseignants et des étudiants que l'exposé mentionne l'instauration d'une culture informatique dans tout le département.
Il y a donc eu toute une réflexion sur l'évolution des usages des TICE, hier perçues comme simples outils technologiques favorisant la diversification des ressources pour l'apprentissage, aujourd'hui identifiées comme outils pédagogiques essentiels pour faciliter le travail collaboratif et la communication entre apprenants et enseignants. Une étude note ainsi une plus grande sensibilisation, chez les enseignants, aux questions pédagogiques dans l'intégration des TICE à un programme de formation. Un regard évolutif sur les usagers eux-mêmes a été posé grâce à deux études traitant de la lecture sur écran et l'émergence d'un « nouveau lecteur » qui, à travers le parcours de lecture de son choix, construit sa propre interprétation du texte. Une autre étude a évoqué le défi de la gestion du saut générationnel dans l'appropriation des technologies entre les « natifs numériques » et les « immigrants numériques ».

Un rôle de « créateur »
Ce qui a marqué les débats dans cette perspective évolutive fut la constance de certaines questions sur la valeur ajoutée des TICE dans l'enseignement, questions que l'on se posait hier, et que l'on se pose toujours aujourd'hui, comme par exemple, « les outils TICE sont-ils un but ou un moyen pédagogique ? ». À ce questionnement s'est ajoutée l'expression d'un besoin pressant et récurrent d'une formation adéquate aux TICE pour les enseignants. Les discussions à ce sujet ont permis de faire une distinction intéressante et importante entre les notions de formation et d'accompagnement des enseignants et des tuteurs dans leur compréhension des TICE et de leur utilisation, un accompagnement étant situé beaucoup plus dans une logique de résolution de problème face à un défi pédagogique pouvant trouver sa solution dans l'apport des outils technologiques.
Cette réflexion a permis aussi de restituer l'enseignant dans son rôle de « créateur » de situations d'apprentissage, notion extrêmement bien cadrée par l'exposé de Daniel Peraya, nous amenant à redéfinir les rôles de l'enseignant à l'ère des TICE. L'enseignant, expert disciplinaire au départ, se transforme en effet aujourd'hui en expert pédagogue ainsi qu'en expert TICE, tout en développant une attitude de chercheur en action pour évaluer l'impact des innovations apportées dans ses programmes. Cette transformation dans ses rôles amène une modification de son identité professionnelle qui le met dans une posture inconfortable et qui explique peut-être pourquoi, quinze ou vingt ans après, la résistance aux TICE est toujours présente chez certains, et que le besoin d'un accompagnement à l'intégration des technologies dans les formations est toujours aussi pressant.
Il semble intéressant de relier cette question de la formation à celle de la question de l'évaluation des enseignements débattue lors de la dernière journée du colloque, puisqu'elle nous ramène encore une fois à une préoccupation exprimée à plusieurs reprises durant ces quatre jours : la formation pédagogique des enseignants, plus particulièrement au niveau universitaire. Une formation pédagogique systématique des enseignants universitaires aiderait non seulement à assurer une intégration pédagogique justifiée des TICE dans les programmes, perçues alors comme une vraie valeur ajoutée, mais situerait aussi cette pratique de l'évaluation des enseignements et des enseignants dans toute sa dimension formative : l'évaluation permettant à l'enseignant de réfléchir sur son enseignement, de le repenser, avec l'aide de conseillers pédagogiques et de concepteurs pédagogiques.
Certains modèles de formation et consultation pédagogique universitaire développés en Belgique, en Suisse, au Canada, aux USA, en Australie sont intéressants à explorer, où le concept et la pratique du portfolio d'enseignement forcent un regard autoévaluatif et autorégulateur chez les enseignants.
Mais toutes ces discussions nous ramènent à l'élément central des programmes développés : l'apprentissage et l'apprenant. Jacques Tardif le rappelait brillamment dans son exposé sur l'approche par compétences où le parcours de développement de l'apprentissage est au cœur du processus. Une telle approche demande de la part de l'enseignant et de l'institution une remise en question majeure des représentations de l'espace et de la relation pédagogique, de l'organisation physique et temporelle du travail d'enseignement, de l'évaluation des acquis, des rôles et des comportements de chacun des acteurs participant à ce processus d'apprentissage.
Enseigner avec ou sans TICE, c'est en fait une constante remise en question...
Le quatrième colloque international qui a été organisé la semaine dernière par l'Université des pères antonins, à Baabda, a été marqué par des débats animés et des échanges intenses qui ont reflété une sorte de fascinante conversation ininterrompue qui s'est étalée sur quatre jours. Une des thématiques principales abordée fut bien sûr les technologies au cœur des formations, les débats ayant porté sur les outils à caractère pédagogique tels que les technologies mobiles, le traitement automatique de la parole, la technologie 3D, les blogs, les dictionnaires électroniques, etc. Les participants ont évoqué de nombreux retours...
commentaires (0) Commenter

Commentaires (0)

Retour en haut