Gannoun, qui a achevé ses études de théâtre à la Sorbonne en 1980, est le restaurateur légitime de l'ancien espace d'art et de théâtre à Tunis appelé al-Hamra. C'est là que le verbe et le geste se conjuguent pour donner naissance à de nombreuses créations théâtrales qui ont fait la fierté de la Tunisie.
En noir et blanc
Si dans Ekher Sa'aa, il s'agit d'abord de Nejmeh, cette jeune femme qui reçoit un ultimatum de la Grande Faucheuse, Ezzedine Gannoun a saisi l'occasion pour dresser, à travers le thème de la mort, le bilan désastreux du monde arabe contemporain.
Plus que 60 minutes à vivre et la mort viendra chercher la jeune femme. Il vaut mieux donc qu'elle soit prête. Annuler les rendez-vous, préparer l'épitaphe (par SMS), la cérémonie et les plats à offrir ; autant de premiers gestes qui viennent à l'esprit pour quelqu'un qui n'a pas beaucoup de temps. Puis c'est au tour des souvenirs de ressurgir, de s'inviter et même de s'incruster.
Alors, pour cette morte en sursis tout revient en vrac, en désordre, les bons et les mauvais souvenirs, les moments de plaisir, de joie mais aussi de pleurs. Il y a là une farandole d'émotions qui mêle à la fois les morts et les vivants, faisant des allers-retours entre le passé et le présent en emportant le public dans un univers amer, mais totalement déjanté et drôle. Avec un humour caustique, l'auteur pleure l'Orient et sa politique de moutons de Panurge, mais également l'Occident et ses mensonges. Cet ultimatum que la mort vient donner ne serait-il pas à la fois un rappel à l'ordre à l'humanité. Laquelle n'a plus le temps. Laquelle doit mettre les choses en ordre avant qu'un tsunami de haine et de violence ne l'emporte ?
Les comédiens sont à la fois musiciens, chorégraphes, danseurs et acrobates. Une interprétation physique et dynamique, une mise en scène épurée donnent à cette pièce un effet marathonien de haut niveau. Cependant on ne peut que reprocher aux textes riches d'être trop denses, au point de s'éparpiller et d'en perdre la force de frappe. En effet, le public a eu l'impression que le tandem auteur et metteur en scène a voulu évoquer tous les problèmes de notre monde contemporain en ce laps de temps. Il était donc plus judicieux que le temps réel de la pièce s'adapte au temps invoqué par la mort dans la narration. Malgré ces petits griefs qui ont probablement causé la défection de certains (dommage pour eux), le public n'est pas prêt d'oublier cette sublime Ekher Sa'aa.


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