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Nos lecteurs ont la parole

Ketermaya, silence on tue

Dr Carine CHAMOUN-CHAMMAS
J'écris aujourd'hui pour ne pas m'étouffer de toute l'horreur vue et de celle que je devine enfouie bien au-delà de ce qui a été montré.
J'écris pour demander pourquoi ce que moi j'ai perçu comme l'horreur absolue n'a suscité que des réactions timides et discrètes. J'ai ouvert des discussions à tout bout de champ pour n'obtenir comme réponse que des satisfecit et des « bien fait pour lui. Il n'a eu que ce qu'il mérite ». Au-delà de la vérité crue exprimée par ces leitmotiv, au-delà de la logique que je ne pourrais contester tant le crime originel était affreux, pourquoi me suis-je sentie bien seule à défendre la justice et le droit. Pourquoi le ministre de l'Intérieur - celui-là même qui a entamé sa carrière dans la défense des droits de l'homme, celui-là même qui, de l'aveu de tous, est irréprochable dans sa gestion des dossiers en sa possession, celui qui est le modèle de toute une jeunesse revenue des politiciens véreux et féodaux, celui-là même dont dépendent les hommes qui étaient censés assurer la protection de l'assassin - est resté bien timoré dans sa réaction ?
On s'évertue à reconstruire un pays. On rase le passé et sur ses ruines on bâtit des tours qui rêvent de monter au ciel. On bâtit dans la fange et dans la boue du Moyen Âge.
Pourquoi la foule s'est-elle ruée sur l'assassin sans attendre la loi et l'ordre et l'État ? Parce qu'on n'est jamais mieux servi que par soi-même. Parce que l'assassin d'un ancien président coule des jours heureux et prospères quelque part sur cette terre. Parce que l'assassin des deux Ziad a été escamoté pour des raisons politiciennes. Parce que le capitaine Hanna n'est tombé que sous les balles d'un homme jugé instable mentalement, mais apparemment pas assez pour porter des armes ! Tout simplement parce que l'État de droit n'existe pas. Et que le peuple le réclame. Sauvagement, ignoblement mais de la manière la plus efficace qui soit pour réveiller les torpeurs de la classe politicienne.
Une autre question me taraude. Où s'arrête la liberté de la presse ? Les images passées en boucle à la télévision à une heure de grande écoute, cet étalage morbide et sanguinolent, les photos étalées dans les quotidiens étaient-elles à leur place ? Avaient-elles pour but de choquer ou de calmer ? Le poids des mots n'aurait-il pas été plus efficace que le choc des photos ? Dans cette ère du visuel où la presse trash tend à gagner du terrain, rien n'est moins sûr.
Moi, j'ai eu honte. Et peur. Et j'étais bien seule !

Dr Carine CHAMOUN-CHAMMAS
J'écris aujourd'hui pour ne pas m'étouffer de toute l'horreur vue et de celle que je devine enfouie bien au-delà de ce qui a été montré. J'écris pour demander pourquoi ce que moi j'ai perçu comme l'horreur absolue n'a suscité que des réactions timides et discrètes. J'ai ouvert des discussions à tout bout de champ pour n'obtenir comme réponse que des satisfecit et des « bien fait pour lui. Il n'a eu que ce qu'il mérite ». Au-delà de la vérité crue exprimée par ces leitmotiv, au-delà de la logique que je ne pourrais contester tant le crime originel était affreux, pourquoi me suis-je sentie bien seule à défendre la justice et le droit. Pourquoi le ministre de...
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