Le chef de la Délégation européenne durant sa conférence de presse hier. Photo Marwan Assaf
Selon ce rapport, l'année 2009 a été caractérisée par un événement majeur, à savoir les élections législatives. Ce processus électoral et le temps pris pour la formation du gouvernement ont eu un impact très substantiel sur le rythme des réformes politiques, sociales et économiques dans le pays.
L'UE a néanmoins loué le déroulement du scrutin, qui constitue une avancée importante en matière de réforme électorale, alors que le Conseil constitutionnel a été rétabli avant les élections. Le rapport précise en outre que le Liban a été l'un des deux pays de la région sud du voisinage à inviter et recevoir une mission d'observation des élections de l'UE.
D'autre part, « l'UE a donné son plein soutien au nouveau gouvernement d'union nationale et à son plan de réformes tel qu'il a été adopté par la déclaration gouvernementale du 10 décembre 2009 », affirme M. Laurent, ajoutant qu'il « s'agit d'une déclaration bien charpentée, peut-être l'une des meilleures qu'a faite le Liban ».
Toutefois en 2009, « l'agenda des réformes a marqué le pas dans de nombreux domaines, puisqu'il y a un paquet de 69 actes législatifs adoptés durant la période de crise politique entre novembre 2006 et mai 2008, du temps du Premier ministre Fouad Siniora, et qui sont toujours bloqués au Parlement libanais ». Il s'agit d'un point très spécifique qui bloque l'avancement des réformes au Liban, selon M. Laurent, qui « encourage de manière très forte le déblocage et l'adoption par les députés de cette législation ». Une partie spécifique de ce paquet législatif est liée à l'accession du Liban à l'OMC (Organisation mondiale du commerce), or l'UE soutient pleinement cette ambition.
Bon point pour l'économie
D'autre part, le rapport d'avancement loue la situation économique libanaise qui a obtenu de solides résultats, en dépit de la crise financière mondiale. Ainsi selon les estimations non définitives, la croissance du PIB en 2009 a atteint environ 7 %, sans oublier l'arrivée massive de liquidités étrangères. « Le Liban a une réponse curieusement contre-cyclique. C'est peut-être le seul pays au monde qui a réagi positivement face à la crise financière », précise Patrick Laurent. Cette situation est un atout pour le Liban, estime-t-il, ajoutant qu'il faut « faire le meilleur usage de ces résultats pour introduire des réformes économiques et financières substantielles, afin de faire face efficacement au problème de la dette qui représente environ 156 % du PIB fin 2009 ».
Droits de l'homme
Concernant les droits de l'homme, l'UE a noté que le Liban a maintenu de facto le moratoire sur la peine capitale. Toutefois, plusieurs condamnations à mort ont été prononcées en 2009. Parallèlement, le ministère de la Justice a lancé une campagne visant à obtenir le soutien du gouvernement et de l'opinion publique pour l'abolition de la peine de mort. « L'UE soutient ainsi d'une manière très forte l'abolition formelle de la peine de mort telle que proposée par le ministère de la Justice », précise M. Laurent.
Le chef de la Délégation européenne revient sur la déclaration ministérielle de 2009 qui a mentionné la nécessité d'améliorer les droits économiques et sociaux des réfugiés palestiniens au Liban. « C'est une bonne chose, mais force est de reconnaître que la situation des Palestiniens en 2009 est restée fondamentalement la même », affirme-t-il, tout en appelant le gouvernement libanais à prendre des initiatives pour régler le problème de ces réfugiés, sans préjudice de la solution qui sera trouvée dans le cadre du processus de paix régional.
Liban-Syrie
Par ailleurs, le rapport se penche sur la poursuite de la normalisation des relations entre le Liban et la Syrie, avec la nomination d'ambassadeurs, l'ouverture d'ambassades et plusieurs visites officielles de responsables libanais à Damas. « Les relations de bon voisinage entre les partenaires de l'UE sont importantes pour nous, et nous encourageons ces deux pays à avoir des relations le plus normales possible d'État à État », précise M. Laurent.
En ce qui concerne la mise en œuvre des résolutions du Conseil de sécurité et en particulier de la 1701, Patrick Laurent affirme qu'il s'agit toujours d'une priorité pour la stabilité au Liban et dans la région. « À cet égard, nous avons noté un certain progrès dans le domaine de la gestion des frontières et nous attendons avec beaucoup d'intérêt la finalisation de la stratégie intégrée de gestion des frontières à laquelle l'UE a déjà contribué », ajoute-t-il. Pour le chef de la Délégation européenne, la gestion des frontières libanaises s'inscrit dans le cadre des efforts de l'État pour consolider sa souveraineté.
L'UE ne contraint personne à faire des réformes
Reprenant enfin une formule utilisée dans le rapport, M. Laurent affirme « que l'année 2009 pour le Liban est une année quasiment creuse ». Mais répondant à une question, il réfute tout impact négatif entre l'UE et le Liban, soulignant que « l'UE ne contraint personne à faire des réformes ». Selon lui, le menu des réformes a été choisi par chaque pays partenaire en s'appropriant la politique de voisinage qui est une politique de transfert institutionnel et de rapprochement de l'UE sous différents angles. Il y a des pays qui se sont donné le moyen de ce rapprochement, comme le Maroc et la Jordanie. « Or, le Liban est, en théorie, extrêmement équipé pour s'approprier les réformes de l'UE. Et on constate qu'il n'y a pas d'appropriation par la partie libanaise », regrette M. Laurent, concluant : « Le message que nous passons au Liban ne consiste pas à dire que nous allons cesser de vous aider financièrement. Au contraire, nous voulons que ce pays monte dans le train des réformes plus vite, plus efficacement, plus substantiellement, car il y va de l'intérêt du Liban. »


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