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Culture - Théâtre

L’enfer tragi-comique des « Deux immigrants » de Mrozek

Un sous-sol délabré pour « Les Deux immigrants » de Slawomir Mrozek qui s'adonne à un déballage spectaculaire, cruel et émouvant. Un intellectuel et un bouffon, dans la misère la plus totale, s'entre-déchirent dans les bas-fonds du théâtre Tournesol.

L’amitié et la détestation de deux hommes aux caractères opposés. (DR)

Critique acerbe d'une société totalitaire et répressive pour les rêves perdus et la liberté bafouée. Oppressant, un peu démodé, mais excellent jeu de mots et d'acteurs venus de Syrie.
Dans le cadre du Festival du printemps au théâtre Tournesol, une œuvre dramaturgique intense, grave, insolite et forte. Pour être au plus près du réalisme à la Gorki, Les deux immigrants du Polonais Slawomir Mrozek, traduite en arabe, mise en scène et interprétée par Samer Omran (ainsi que de Mohammad al-Rashi), est donnée dans le sous-sol du théâtre avec, pour tout décor, une forêt de tuyauteries, des robinets qui gargouillent et suintent, des lampes borgnes et les poussières d'un béton brut qui montre vertement ses craquelures et son abandon... Et pour le public, réparti sur des chaises en plastique, encerclant les acteurs, pour une véritable chambre d'ouvriers en chantier de construction.
Trois heures ininterrompues pour une représentation mettant en scène deux personnages loqueteux, pétris de haine l'un pour l'autre, mais aussi liés par un besoin de fraternité humaine, dans le plus grand dénuement et la plus haute des solitudes.
Huis clos étouffant de deux immigrants fuyant leur pays pour différentes raisons et vivant emmurés dans la misère la plus noire, dans une soupente encombrée de bricoles insignifiantes et de vieilleries de déchetterie.
Un intellectuel raté qui cite Hegel et Schopenhauer et un prolétaire primaire naïf s'affrontent dans un duel verbal délirant et fou. Satire féroce d'une société qui prive l'être de ses rêves et dévoie la notion de désirs et de liberté. Dialogue de sourds et murs infranchissables qui se muent en corrida corsée et risible entre deux êtres formant un couple de compagnons difformes et infernaux.
L'humour, l'ironie, le sarcasme, la cocasserie, l'absurde, la fantaisie et même une certaine poésie nimbent ce paquet de paroles (avec un savoureux accent syrien) qui raillent les valeurs consacrées, les pouvoirs établis, les us et les coutumes dans un jeu subtil, finement dosé, un curieux mélange de bizarre, de réalisme et
d'insolite.
Regard impitoyable et observation sans faille ni concession pour un humour dévastateur et corrosif à la Zochtchenko. Et ce n'est guère un hasard si Mrozek, dramaturge qui eut ses heures de gloire dans les années 1970, reçut le Prix de l'humour noir pour son talent de dessinateur humoristique.
Théâtre à la fois actuel et intemporel par son caractère allégorique, mais aussi surréaliste par cette histoire abracadabrante, entre amitié et détestation de deux hommes aux tempéraments et à la formation opposés, narrée avec des envolées inimaginables, des réparties déconcertantes et un réalisme cru. Entre absurde et réalisme un lien étroit pour le vécu des systèmes répressifs où angoisse, peur et terreur dominent le citoyen.
Une atmosphère kafkaïenne, une hystérie à la Dostoïevski, un rire ionescien... tel est le cocktail explosif, ne craignant guère de s'approcher d'un certain grotesque, de cette fable politique, de cet enfer tragi-comique des pauvres, des pouilleux, des déracinés, des exclus de la société.
Très longue prestation (avec trois quarts d'heure à la seule lueur d'une bougie !) pour des acteurs qui ne ménagent pas leurs efforts pour être au plus près de la vérité (il faudrait leur décerner un prix d'excellence, notamment Mohammad al-Rashi pour son interprétation magistrale), comme le public, dans une salle sombre et sans aération, vissé trois heures durant sur des sièges
inconfortables.
Mais le spectacle est quand même prenant, même si le rideau de fer est tombé depuis un bon moment et les temps ne sont plus (hélas, les esprits tortionnaires persistent toujours) ce qu'ils étaient...
Critique acerbe d'une société totalitaire et répressive pour les rêves perdus et la liberté bafouée. Oppressant, un peu démodé, mais excellent jeu de mots et d'acteurs venus de Syrie.Dans le cadre du Festival du printemps au théâtre Tournesol, une œuvre dramaturgique intense, grave, insolite et forte. Pour être au plus près du réalisme à la Gorki, Les deux immigrants du Polonais Slawomir Mrozek, traduite en arabe, mise en scène et interprétée par Samer Omran (ainsi que de Mohammad al-Rashi), est donnée dans le sous-sol du théâtre avec, pour tout décor, une forêt de tuyauteries, des robinets qui gargouillent et suintent, des lampes borgnes et les poussières d'un béton brut...
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