Rechercher
Rechercher

Nos lecteurs ont la parole

La fin du capitalisme et la libanisation du monde

Peter GERMANOS
Aussi surprenant que cela puisse paraître, le capitalisme est effectivement aujourd'hui un colosse aux pieds d'argile qui commence à se fissurer de toutes parts. Et ce constat n'est pas uniquement partagé par ses opposants, mais aussi par certains de ces plus ardents défenseurs.
La moitié de la richesse mondiale serait détenue par les 2 % les plus riches du monde, et les 1 % d'adultes les plus riches du monde possèdent à eux seuls 40 % des biens mondiaux, selon l'étude novatrice de l'Institut mondial de recherche sur l'économie du développement de l'Université des Nations unies (UNU-Wider) à Helsinki.
Nous sommes entrés actuellement dans la dernière partie d'une phase B de Nicolas Kondratieff, lorsque le déclin virtuel devient réel et que les bulles explosent les unes après les autres : les faillites (mêmes celles des États) se multiplient, la concentration du capital augmente, le chômage progresse et l'économie connaît une situation de déflation réelle. En effet, nous vivons actuellement la phase terminale du système capitaliste. Le capitalisme ne parvient plus à « faire système » puisque, quand un système, biologique, chimique ou social, dévie trop et trop souvent de sa situation de stabilité, il ne parvient plus à retrouver l'équilibre. L'on assiste alors à une bifurcation. La situation devient chaotique, incontrôlable pour les forces qui la dominaient jusqu'alors et l'on voit émerger une lutte, non plus entre les tenants et les adversaires du système, mais entre tous les acteurs pour déterminer ce qui va le remplacer. Eh bien, nous sommes en pleine crise et le capitalisme touche à sa fin.
Le capitalisme, comble des calamités, a engendré un manque à plus ou moins long terme de certaines ressources naturelles qui fera croître des risques géopolitiques et financiers. Les ressources convoitées à terme, comme le pétrole et l'eau, feront naître des frictions entre les États. On peut citer à titre d'exemple l'intérêt des Américains pour les eaux de la baie de l'Hudson au Canada, ainsi que la région des Grands Lacs. Les matières premières telles que les énergies fossiles constitueront également un point de tension entre les pays. Les ravages occasionnés à la forêt amazonienne démontrent l'impact néfaste d'une économie basée sur la surconsommation et la recherche des profits au maximum. Le niveau de pollution étant proportionnel au niveau de la consommation de biens et services dans le mode de vie capitaliste, cela a entraîné des dysfonctionnements sur le plan écologique. L'un des plus importants étant le phénomène des Gaz à effet de serre (GES). Finalement et c'est peut-être l'un des points les plus inquiétants, l'accès à la nourriture : en 2008, les Homo sapiens ont tué 83 milliards d'animaux juste pour se nourrir. Qu'en sera-t-il en 2030 ?
Il ne s'agit pas de ce qu'on peut souhaiter ou abhorrer, mais de la réalité internationale. Cela dit, certains critiquent de telles assertions et s'imaginent qu'il n'y a eu qu'un incident technique mal géré et que presque rien ne changera, ce qui est tout à fait irrationnel. Il y aura une récession gravissime, mais aussi des famines et des émeutes sans doute, un renversement du rapport de forces entre capital et travail, une refondation des institutions au moins, avec l'émergence d'une économie immatérielle hors salariat, le déclin du dollar roi et de l'hégémonie américaine... Enfin, une nouvelle « Grande Transformation », sinon une vraie révolution.
Que nous réserve l'avenir ? Ma réponse est simple : un retour à un communautarisme, mais cette fois technologique. Prenons l'exemple libanais combiné aux nouvelles technologies et projetons-le à un niveau planétaire.
Le communautarisme est en effet un terme créé aux États-Unis dans les années 1980 pour désigner une philosophie dite « communautarienne » qui affirme que l'individu n'existe pas indépendamment de ses appartenances, qu'elles soient culturelles, ethniques, religieuses, politiques ou sociales. La chute du capitalisme, la disparition de l'individualisme, la faiblesse des États et l'insécurité qui en suivra vont entraîner un retour au communautarisme primaire, et les nouvelles technologies feront de sorte que les regroupements se feront au-delà des frontières étatiques. Une sorte de communautarisme transnational. J'appelle ce nouveau système « la société techno moyenâgeuse ». En tout état de cause, une libanisation du modèle planétaire vaudrait peut-être mieux qu'une société à la Mad Max, le film de science-fiction australien réalisé par George Miller en 1979.

Peter GERMANOS
Docteur en droit, juge à
la chambre d'accusation et auteur de plusieurs ouvrages

Aussi surprenant que cela puisse paraître, le capitalisme est effectivement aujourd'hui un colosse aux pieds d'argile qui commence à se fissurer de toutes parts. Et ce constat n'est pas uniquement partagé par ses opposants, mais aussi par certains de ces plus ardents défenseurs.La moitié de la richesse mondiale serait détenue par les 2 % les plus riches du monde, et les 1 % d'adultes les plus riches du monde possèdent à eux seuls 40 % des biens mondiaux, selon l'étude novatrice de l'Institut mondial de recherche sur l'économie du développement de l'Université des Nations unies (UNU-Wider) à Helsinki. Nous sommes entrés actuellement dans la dernière partie d'une phase B de Nicolas Kondratieff, lorsque le déclin virtuel devient...
commentaires (0) Commenter

Commentaires (0)

Retour en haut