C'est en effet Carmen plein les écouteurs que je tapote sur mon clavier pendant que mon fils, treize printemps, tue et meurt à gogo sur sa console de jeu préférée. Saura-t-il un jour, prématurément peut-être, comme avec la génération des inconsolables, qu'on ne meurt qu'une seule fois, sans gloire aucune, toujours tout seul, toujours trop tôt ? Priant et pleurant pour une minute de plus, une étreinte, un baiser impossibles ? Qu'on ne vit qu'une seule vie, jamais assez pleine, jamais assez mûrie ? Que notre devoir d'êtres humains dominant le monde vivant est de célébrer justement la vie ? De progresser, cultiver, contribuer, améliorer et perfectionner notre monde, en commençant par soi-même, élargissant autour de soi, encore plus loin, jusqu'aux confins de la ville, du pays, de la race humaine ?
Et comment pourrais-je blâmer sa naïve ignorance, sa verte, non, sa blanche inexpérience, quand des hommes, des femmes parmi les plus sages, les plus honorables, ceux qui s'autoproclament divins mesurent l'apogée humaine par sa capacité de violence, sa virulence meurtrière en se cachant des autres, en s'en vantant ? Quand la meilleure ruse face à un adversaire sanguinaire est de cacher ses armes de guerre parmi les enfants ? Quand on procède au viol culturel, politique et militaire de toute une population, un pays et son armée, ceux-ci étant la véritable ambition cachée depuis toujours, fait que seul ce même adversaire a su mettre à jour à travers sa guerre de 2006 ?
Pour ceux-là, la situation approche de l'idéal. Les maîtres d'œuvre à l'est et au-delà de l'est sont plus impliqués et engagés que jamais, faisant fi de toutes les sommations (il est vrai à blanc) de ce monde entier dont précisément la nature pacifique, libertaire et démocratique constitue une menace. La capacité à la violence est à son paroxysme, contre tous les réfractaires, ennemis désignés. Le but ultime, contrôler notre cher pays et le transformer en plate-forme de lancement de missiles, de terreur et d'idéologie, est tout près d'être atteint. La stratégie de longue haleine, machiavélique de simplicité, « créer le chaos et accuser les autres », a porté ses fruits. La guerre psychologique et la résilience du négatif ont porté. La phagocytose progressive et insidieuse des institutions étatiques, armée en tête, est presque complète. Le cirque est plein. Plein de ces missiles, de ces combattants, de spectateurs et même d'admirateurs qui ignorent que l'arène entière flambera, que le spectacle, c'est eux, que ce ne sera pas simplement un taureau hors du toril, mais que le cirque sera plein de sang. Nos confrères, amis, proches, voisins, concitoyens qui ont choisi, pour des raisons fausses ou faussées, le camp de la mort, se réveilleront-ils un jour ? Réalisent-ils que les dizaines de milliers de missiles, et autant de combattants, ces tonnes d'armes et de haine que l'Iran et la Syrie envoient, ces « atouts »-là ne peuvent que se retourner contre eux ? Qu'il n'y a pas de victoire possible dans une hécatombe générale ? Que la force du Liban, c'est l'union derrière l'État de droit, la Constitution et une armée saine, purifiée de toute ingérence néfaste ? Que les dictatures qui « fossoient » parmi les leurs pour assurer leur survie n'hésitent pas à offrir le sang des autres ? Que les armes (légales !) devraient protéger les gens et non le contraire. Qu'une stratégie de défense nationale, c'est un modèle opérationnel de préservation des intérêts stratégiques nationaux, vies humaines en tête, mais aussi biens matériels ? Comprennent-ils ceux-là qu'une faillite évidente et prouvée à ces niveaux n'est donc que celle du modèle choisi ?
Et à ceux qui croient que ces mots sortent d'un esprit soumis, nous disons : ne vous méprenez pas, nous haïssons la mort, nous glorifions la vie. Nous craignons Dieu, nous craignons pour le Cèdre et nous craignons de faillir à notre devoir envers les deux. Nous ne nous laisserons pas faire. Nous resterons là, nous nous battrons, nous vaincrons. Le Bien finira par vaincre le Mal.


L'Iran ripostera de façon « décisive » à toute attaque, avertit son négociateur en chef