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Liban - En Dents De Scie

L’arme à l’œil

Dix-huitième semaine de 2010.
Il n'y a pas de hasard.Il y a deux ans jour pour jour, Beyrouth commençait à comprendre dans sa chair qu'elle allait être violée, souillée en profondeur. Et elle l'a effectivement été, le lendemain et de la pire des manières, en ce 9 mai qui restera pour une immense partie des Beyrouthins le jour de la mise à mort par le Hezbollah de tout ce qui ressemble de près ou de loin à la loi, à la démocratie, à la coexistence. Deux ans après, jour pour jour, et tout en continuant à panser cette plaie laissée béante et purulente par le criminel affront d'un parti auto-investi de mille et un droits divins, Beyrouth va voter pour élire son conseil municipal et ses moukhtars, mue par son attachement viscéral à cette sainte trinité sans laquelle le Liban est mort : la loi, la démocratie, la coexistence. Ce scrutin, le Hezbollah a décidé de ne pas y participer en signe de fraternité, pour le moins timide et extrêmement ambiguë, avec Michel Aoun qui a choisi, lui, le boycottage pur et dur - timide et ambiguë parce que, s'il avait vraiment voulu jouer à fond la carte de la solidarité avec le CPL, il n'aurait fallu au Hezb qu'un mot à peine pour contraindre son vassal politique, le mouvement Amal de Nabih Berry, à retirer tout aussi publiquement son candidat. Le fait est que si le parti de Hassan Nasrallah a férocement et stratégiquement besoin de la dimension nationale que lui confère depuis l'accord de Mar Mikhaïl le très maronite CPL, il n'en reste pas moins qu'il a compris, de par les objurgations très claires pour l'instant de Téhéran, qu'il ne peut dévier d'un millimètre d'une tactique vitale : préserver coûte que coûte ce statu quo, cette guerre froide qui règne depuis mai 2008 entre les chiites et les sunnites du Liban.
Cette intelligence, ce bon sens, aussi conjoncturels soient-ils, ne sont aucunement partagés par Michel Aoun, qui a visiblement décidé de mettre au dernier rang de ses soucis cette très hypothétique mise en communauté des intérêts christiano-chrétiens : toujours engoncé dans le chemin bourbeux de sa mégalomanie politique, l'ex-commandant en chef de l'armée ne vit que pour ces batailles intestines. Il ne vit d'ailleurs, politiquement bien sûr, que pour les batailles : lui qui n'en a jamais raté la moindre, aussi déplacée et chimérique fût-elle, a pourtant décidé, surprenant tout le monde, de ne pas livrer celle du conseil municipal de Beyrouth, ni celle de Zahlé, se contentant donc de cette lutte fratricide, démocratique certes mais totalement surréelle, pour les postes de... moukhtars. Voilà donc à quoi en est réduit Michel Aoun : batailler pour les moukhtars, une fonction éminemment utile et honorable, mais qui ne méritait en aucun cas une telle politisation, de tels enjeux, autant de haine. Surtout quand on se souvient à quel point même le conseil municipal ne dispose de pratiquement aucun pouvoir exécutif et que tout reste entre les mains du mohafez - deux outils qui étaient durant l'occupation syrienne aux mains de feu Rafic Hariri et que son héritier serait fort inspiré de démocratiser davantage et bien plus clairement.
Ce scrutin est en réalité l'ironique théâtre d'un cruel vaudeville, duquel Michel Aoun en sort en arroseur méchamment arrosé. Lâché par ses alliés - ont-ils réellement besoin de lui avant 2013, et encore ?... N'en pouvant plus de voir son tsunami de 2005 ressembler de plus en plus à une vaguelette et ne supportant plus, surtout, de voir l'alliance Courant du futur-Forces libanaises gagner, d'échéance en échéance, en solidité, en naturel et en harmonie, il a imposé seul la politisation de ce scrutin 2010 : il a perdu, sur le plan politique, au Mont-Liban, et s'il réédite cet exploit demain dimanche, il ne lui restera plus que ses yeux pour pleurer.

PS 1 : Les électeurs de Bteghrine ont naturellement reconduit à la tête de leur municipalité Myrna Murr Aboucharaf, dont on connaît et apprécie l'intégrité, notamment morale. Les Libanais attendent vivement d'elle, donc, qu'elle ordonne au plus vite le retrait de cet étendard infamant pour la réputation de son fief comme pour celle du Liban, ce drapeau allemand frappé d'une sinistre croix gammée (certains Libanais ne comprendront donc jamais rien...) et qui trône, comme l'a relevé David Hury dans ses Chroniques beyrouthines (http ://chroniquesbeyrouthines. 20minutes-blogs.fr/archive/2010/05/05/heil-lebanon.html), en plein cœur de Bteghrine, une sale tumeur.

PS 2 : Les autorités libanaises auront donc arrêté deux suspects dans le lynchage à Ketermaya de l'Égyptien Mohammad Moslem le 29 avril dernier. Ceci est une grave erreur. Comme précédemment souhaité dans ces mêmes colonnes et comme conseillé par un des habitants de la municipalité, c'est le village tout entier qui doit être interpellé et interrogé jusqu'à ce que les coupables du crime soient identifiés puis jugés. Le président de la municipalité de Ketermaya a, là, une sacrée responsabilité.
Dix-huitième semaine de 2010.Il n'y a pas de hasard.Il y a deux ans jour pour jour, Beyrouth commençait à comprendre dans sa chair qu'elle allait être violée, souillée en profondeur. Et elle l'a effectivement été, le lendemain et de la pire des manières, en ce 9 mai qui restera pour une immense partie des Beyrouthins le jour de la mise à mort par le Hezbollah de tout ce qui ressemble de près ou de loin à la loi, à la démocratie, à la coexistence. Deux ans après, jour pour jour, et tout en continuant à panser cette plaie laissée béante et purulente par le criminel affront d'un parti auto-investi de mille et un droits divins, Beyrouth va voter pour élire son conseil municipal et ses moukhtars, mue par...
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