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Culture - Spectacle

« Mon œil ! », un ovni (théâtral) à Beyrouth

Dans le cadre du festival Utopie(s), organisé par la MCFL, un ovni poétique et drôle du collectif français « Aïe, aïe, aïe », intitulé « Mon œil ! ». Le spectateur y assiste, en effet, tout yeux, tout oreilles.

Julien Mellano, maître ès bidouillage. (Photo Hussam Mchaimech)

Un grand type un peu maladroit, un peu coincé, cheveux gominés et lunettes en écailles noires, tranche au milieu de la petite foule branchée du Théâtre de Beyrouth. Alors que quelques spectateurs grillent une cigarette sur le trottoir, d'autres engloutissent à la hâte de gros sandwiches (il paraît que le snack d'à côté en confectionne de succulents) et d'autres encore sont accostés, justement, par cet hurluberlu trop chic en chemise blanche, gilet et cravate. « Bonsoir », dit-il sur un ton dégoulinant de politesse. Après quelques mots d'usage, il distribue aux uns et aux autres de petits billets sur lesquels sont collées des étiquettes en fonction de la taille de chacun : S, M, L et XL. Monsieur Benoît (il s'est présenté, courtois comme il est) hausse les épaules et chuchote, sur le ton de la confidence : « Nous attendons le mari de madame. Il est en train de garer sa voiture. » Info réelle ou intox, nul ne le saura. Mais cette entrée en matière, qui s'est déroulée dans le hall, donne déjà le ton du spectacle qui, semble-t-il, avait déjà commencé sans que les spectateurs ne s'en rendent compte.
Sommés par le maître de cérémonie, ces derniers se mettent à la queue leu leu, en fonction de leurs tailles respectives, et font ainsi leur entrée par la porte des coulisses, pour débarquer directement sur les planches du théâtre.
La salle est plongée dans le noir. Le temps que les yeux s'habituent à la pénombre... Sur la scène, quelques gradins. Les Small s'installent au premier. Les Medium au second, les Large au troisième et les XL sont au quatrième et dernier rang. Une trentaine de places en tout.
En face, entre quat'z yeux, une espèce de machine à coudre posée sur une table croulant sous un capharnaüm de bric et de broc. De fil en aiguille, un couturier (en pantalon de pyjama !) tisse sur sa table de travail tout un monde de créatures étranges et kitch. Reconnaissables : une grenouille, un globe oculaire, un animal rampant, un monstre à cinq têtes... Ou peut-être pas.
L'on s'imagine également devant un chef cuisinier s'affairant avec délicatesse sur une masse spongieuse, ou assistant à la dissection d'un corps non identifié par un médecin légiste.
Des objets recyclés, sans parole, sont sur le devant de la scène. Ils prennent vie, s'animent et incarnent de véritables personnages. En suivant les péripéties d'une lampe de bureau, de dés à coudre ou encore de bouts de chiffons cousus main, les spectateurs embarquent pour un monde empreint de poésie qui éveille leur imaginaire. Séduits de bout en bout par l'ingéniosité de Julien Mellano, maître ès bidouillage. Également vidéaste, graphiste, plasticien, metteur en scène, acteur et marionnettiste, évidemment.
Ce bricoleur ingénieux, qui a concocté ce spectacle avec Benoît Hattet (tous deux du collectif Aïe, aïe, aïe), manipule ses petites mécaniques avec une joie évidente, voire sadique. Accompagné, comme bruit de fond, par des émissions radiophoniques sorties d'une autre époque.
« Mon œil ! » est une expression qui traduit l'incrédulité. Le collectif a intitulé ainsi son spectacle. « Pour ne pas en rater une miette, disent-ils. Au bout du compte, lorsque c'est (déjà) fini, on s'aperçoit qu'on est un peu plus qu'au début du spectacle les uns sur les autres, les uns avec les autres. Utopie(s) de l'intimité ? »
Il serait donc là question de « proximité, de détournement d'objet et de jeux de simulacres... ».
Surpris, amusé ou carrément scotché, le public adhère sans aucune réserve.
Un grand type un peu maladroit, un peu coincé, cheveux gominés et lunettes en écailles noires, tranche au milieu de la petite foule branchée du Théâtre de Beyrouth. Alors que quelques spectateurs grillent une cigarette sur le trottoir, d'autres engloutissent à la hâte de gros sandwiches (il paraît que le snack d'à côté en confectionne de succulents) et d'autres encore sont accostés, justement, par cet hurluberlu trop chic en chemise blanche, gilet et cravate. « Bonsoir », dit-il sur un ton dégoulinant de politesse. Après quelques mots d'usage, il distribue aux uns et aux autres de petits billets sur lesquels sont collées des étiquettes en fonction de la taille de chacun : S, M, L et XL. Monsieur...
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