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Nos lecteurs ont la parole

Revenir, repartir…

Mia HOCHAR
Quand on vit à l'étranger, partir est toujours difficile. Depuis quatre ans, l'aéroport est un endroit à deux faces. C'est un lieu de retrouvailles. Je sens mon cœur battre en traversant la région « Rien à déclarer », parce que je sais que derrière cette porte les personnes que je suis impatiente de voir m'attendent les bras croisés, avec la même impatience. L'arrivée à Beyrouth est toujours très joyeuse. Le festin, le beau temps, la famille, les amis, le premier coucher de soleil à couper le souffle... C'est comme si je n'étais jamais partie. Quand je roule dans les rues de mon quartier, que je vois les autobus de mon école, les immeubles dans lesquels vivent mes anciens camarades de classe, je ne peux m'empêcher de me demander où est passé le temps et pourquoi ma mère avait encore raison de me dire que ces jours allaient me manquer.
Les premiers jours, il faut répondre aux mêmes questions : « Tu es contente là-bas ? », « Le Liban, ça ne te manque pas ? », « Tu termines tes études bientôt, tu vas rentrer au Liban n'est-ce pas ? On a besoin de ton aide ici ! ». Comment est-ce que je pourrais aider le Liban ? Vous en avez déjà vu, vous, des pays où même la police ne respecte pas la loi. Ils sont toujours au téléphone, en train de manger ou de draguer les jolies Libanaises, alors que juste derrière leur dos, les gens se garent n'importe où, jettent leurs saletés dans la rue et conduisent comme des fous. Ils ne sont même pas capables de s'imposer devant les conducteurs, affolés par les embouteillages interminables. Mais attention de leur faire une remarque, ils acceptent très mal les critiques.
Je regarde autour de moi et je me demande ce que je fais là. C'est peut-être toutes les promesses politiques demeurées sans lendemain... Mais je m'attends toujours à beaucoup trop de mes concitoyens : les hommes n'ont pas appris le respect des femmes et lorsqu'on observe les femmes, on comprend pourquoi ; personne ne respecte la file, tout est permis. Les jours passent et je ne connais toujours pas les réponses à ces questions que l'on me pose. Soudain, il est déjà temps de rentrer.
En route vers l'aéroport, j'aperçois les fêtards en train de quitter le B-018. Dans les ruelles désertes de Beyrouth, j'ai du mal à imaginer la masse de voitures et de monde qui s'y retrouveront dans quelques heures. Et quand il est temps de se dire au revoir, dans cet aéroport qui soudain n'est plus si joyeux, il n'y a rien de plus difficile que les yeux de mon père qui me demandent pourquoi j'ai grandi aussi vite et les efforts de ma mère pour rester forte. Je pense à mon petit frère, devenu un jeune homme, et je regrette d'avoir manqué sa transformation. Je pense à mes grands-parents, à mes cousins. C'est toujours difficile de partir, surtout lorsque je réalise que toutes les choses que je déteste au Liban sont des choses qui me manquent aussi.

Mia HOCHAR
Quand on vit à l'étranger, partir est toujours difficile. Depuis quatre ans, l'aéroport est un endroit à deux faces. C'est un lieu de retrouvailles. Je sens mon cœur battre en traversant la région « Rien à déclarer », parce que je sais que derrière cette porte les personnes que je suis impatiente de voir m'attendent les bras croisés, avec la même impatience. L'arrivée à Beyrouth est toujours très joyeuse. Le festin, le beau temps, la famille, les amis, le premier coucher de soleil à couper le souffle... C'est comme si je n'étais jamais partie. Quand je roule dans les rues de mon quartier, que je vois les autobus de mon école, les immeubles dans lesquels vivent mes anciens camarades de classe, je ne...
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