L'idée en vogue est de mettre à l'ordre du jour les dispositions de Taëf sur l'abolition du confessionnalisme dit « politique », en commençant par la mise en place d'une structure d'étude à cet effet. Un état des lieux de la situation aujourd'hui nous montre cependant qu'en dépit des imperfections et des difficultés vécues, la formule actuelle a permis aux diverses confessions religieuses de cohabiter sans s'effacer et en respectant leurs particularités ; notamment en matière d'état civil et de succession. De par ce fait, seul pays de la région n'ayant pas de religion d'État stipulée dans les textes et maintenant un tel équilibre de coopération, quoique instable, le Liban est l'unique modèle de coexistence quand cette dernière est en porte-à-faux partout ailleurs dans le monde (conflits ethniques, exodes de populations : Irak, Yougoslavie, Caucase, Chypre, etc.) ; force est de le constater ! Loin de nous en culpabiliser, nous positivons en considérant la moitié pleine du verre plutôt que de focaliser sur sa moitié vide. Car, après tout, quel est le but de toute manœuvre ou initiative dans ce sens si ce n'est l'amalgame intercommunautaire du pays et la garantie contre l'exclusion ? Vu de ce côté, le vide de cette seconde moitié serait sans doute en lui-même une garantie.
Si noble soit-il, le projet est ambitieux et les embûches sont nombreuses. Comme prérequis par exemple, il faudrait avoir la certitude qu'aucun groupuscule ne pourra mettre en cause l'acceptation mutuelle des communautés telles qu'elles sont ; car, que de fois dans l'histoire, un groupuscule n'a-t-il pas été à l'origine d'une vague qui a emporté la masse, laissant les plus raisonnables impuissants face à la dynamique du déferlement ! Un autre exemple est l'échec de l'instauration du mariage civil, même facultatif, dans les années 96/97, bien qu'envisagé par le Conseil des ministres : il en dit long sur les difficultés du parcours vers la perfection d'un État laïc. Car, ne nous leurrons pas, la loi du nombre sans voix à la communauté ne pourrait répondre au but recherché que si le système est entièrement laïc, séparant totalement la religion de l'État. Or ce fait ne saurait être réalisé contre le gré d'une seule des communautés du pays et sans égard aux positions des instances religieuses dont le poids moral est indiscutable. Si l'on veut donc instaurer cette loi du nombre aujourd'hui sans unifier la réglementation relative à l'état civil, à la succession et aux autres particularités, comme le suggère la simple suppression du confessionnalisme politique, on risquerait de consacrer un état de fait qui éliminerait toute garantie et barrerait à jamais la route vers la laïcité, condition essentielle de la logique du nombre. En conséquence, on ne peut se reprocher de veiller au maintien de l'apport communautaire dans tout projet d'avenir.


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