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Lifestyle - Nostalgie

Une brioche au parfum du passé

L'enseigne n'a pas changé, fidèle aux années 50, de même que la vitrine, avec ses petites figurines en porcelaine, son ours kitch qui présente un plateau de meringues, ses dentelles et cette petite indication, pour ne pas oublier : Pâtisserie la Brioche, Alfred Knechtle, 347 614.

Mimi dans son antre parfumé. Photo Vinnie Volkerijk

La rue Hamra est animée, bruyante, poussiéreuse à cette heure de la journée. Il est midi. L'heure avant et après. L'heure au centre. Les parkings et les immeubles en destruction ou en construction se bousculent les derniers espaces, transformant à jamais ce qui fut le cœur de la ville en une cité sans âme.
Devant la vitrine de la Pâtisserie la Brioche, tous les bruits s'arrêtent brusquement. La laideur du paysage urbain se fige. Le temps suspend sa course folle.
Puis l'on pousse lentement la porte, petit tintement du carillon, et l'on pénètre dans les années 50. Le doux arôme des inoubliables viennoiseries de la Pâtisserie la Brioche, les couleurs pâles du passé saisissent la mémoire. Boules au rhum, au Grand Marinier, croissants, tartes au citron, semelles au beurre, Apple Strudel, les « spécialités de la maison » n'ont pas changé. Pas plus que la maison.
Dans cette pâtisserie au goût de l'enfance, comme si le présent retenait son souffle un instant, les objets et les souvenirs sont au même endroit, depuis que Alfred et Aminé Knetchtle, Mimi pour les intimes, s'y sont installés en 1950. La caisse, la balance, le téléphone, les présentoirs, les tables, les bancs en cuir, les emblèmes des cantons suisses, les petits vases avec leurs fleurs des champs, la frise aux murs. Et même les assiettes avec le petit drapeau suisse, le « bon appétit messieurs-dames » et la distante politesse de notre hôte.

Tendres souvenirs
« À notre chère clientèle, peut-on lire, écrit à la main, veuillez, s'il vous plaît, passer la commande des spécialités 3 jours à l'avance. » 60 ans plus tard, les consignes qui ont fait la réputation de la pâtisserie sont encore imprimées dans les souvenirs de ceux qui ont connu cette période de grâce. Toute la société libanaise, jusqu'aux présidents de la République, Émile Eddé, Béchara el-Khoury et Camille Chamoun, ont succombé aux délices de la Pâtisserie la Brioche. Au savoir-faire d'Alfred Knetchtle, à l'énergie optimiste de son épouse, à son franc-parler toujours courtois.
Ils s'étaient connus en 1941, à l'hôtel Risli. Elle, Aminé Challita, fille de Qartaba, l'aînée d'une famille de 14 enfants, obligée de travailler dès l'âge de 10 ans et qui ne rêvait que d'une chose : « voyager ». Lui, originaire de Fribourg, jeune Suisse enrôlé dans la légion étrangère, « un garçon honnête, droit, courageux », cuisinier auprès des généraux. « Huit jours plus tard, nous étions mariés et embarqués pour l'Algérie. J'avais vingt ans et un jour », se souvient-elle.
En 1945, le couple rentre au Liban. Monsieur Alfred fait ses premiers pas professionnels et culinaires au Saint-Georges puis au Bristol. Lorsqu'il décide d'installer sa propre enseigne dans cette rue de Hamra, « il n'y avait que des renards et de la boue ! » précise Mimi. C'est elle qui a repris le flambeau au décès d'Alfred, il y a 20 ans. « Avant, j'étais à la caisse. » Elle qui, à « nonante ans » très bientôt, perpétue les recettes du maître. « Les enfants sont en Suisse, partis pour leurs études depuis des années. Mon fils est chocolatier en Suisse. C'est tout ce qu'elle a fait, cette guerre, laisser partir les braves gens... » Elle qui se réveille tous les jours à 3 heures du matin, allume son four, laisse lever la pâte des croissants, part pour une petite marche, puis revient les mettre à cuire et ouvre à 7 heures trente. « À 18 heures, je ferme. À 20 heures, je dors, » précise-t-elle. Le carillon de la porte accompagne l'arrivée d'un client qui demande 45 croissants. « Vous plaisantez! » s'exclame-t-elle dans un bel éclat de rire. Et de confier, après l'avoir raccompagné : » C'est un ancien client. Oh lala comme il a vieilli... Je me rappelle de lui. Les visages, ça reste, ne me demandez pas les noms. »
Dans cet endroit plein de nostalgie, la dame n'en a aucune. « J'ai été heureuse avec Alfred, il est mort en faisant la chose qu'il aimait le plus au monde, pêcher le saumon. » Puis elle ajoute, sans regret : « Maintenant, je commence à me fatiguer. » Aminé, devenue Fideli chez les Suisses, les mains usées, le regard encore vif, n'est pourtant pas prête de rendre son tablier qu'elle ne quitte pas, comme une deuxième peau. « Je m'ennuierais vite ! »
Alors on se raccroche à cette dame charmante, à ses pâtisseries au goût particulier, ces « jamais plus » qui font partie d'une autre époque. Et l'on se promet de revenir, pour se souvenir.
La rue Hamra est animée, bruyante, poussiéreuse à cette heure de la journée. Il est midi. L'heure avant et après. L'heure au centre. Les parkings et les immeubles en destruction ou en construction se bousculent les derniers espaces, transformant à jamais ce qui fut le cœur de la ville en une cité sans âme. Devant la vitrine de la Pâtisserie la Brioche, tous les bruits s'arrêtent brusquement. La laideur du paysage urbain se fige. Le temps suspend sa course folle. Puis l'on pousse lentement la porte, petit tintement du carillon, et l'on pénètre dans les années 50. Le doux arôme des inoubliables viennoiseries de la Pâtisserie la Brioche, les couleurs pâles du passé saisissent la mémoire. Boules au rhum, au Grand...
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