D'ailleurs, de l'aveu même des producteurs de Dynastie (Aaron Spelling en tête), le but de la série qui empruntait beaucoup à son concurrent Dallas était de faire passer les Ewing pour des « ploucs » en leur opposant la fortune extravagante et surtout bien plus ostentatoire des Carrington, fortune acquise pourtant dans la même branche, le pétrole. Le ton était lancé. À part le champagne qui était en fait une boisson gazeuse au gingembre (personne n'aurait voulu que les acteurs soient bourrés durant le tournage), tout était « vrai » dans Dynasty. Du grand art. Béluga, fleurs en provenance de Beverly Hills, garde-robe hallucinante (mode de l'époque) qui n'avait rien à envier à celle de Sex and the City, Dynasty c'était l'apologie du luxe sur neuf saisons. Neuf années où se sont aimés, haïs, réconciliés des veufs, des ex, des jeunes, des salopes, des blacks et surtout des homos. Steven Carrington fut un des pionniers en la matière. Il était homo. Et ça, personne n'avait osé le faire auparavant.
Évidemment, 30 ans après, quand on regarde The L World, on ne trouve pas ça très audacieux. Mais à l'époque... Ce qu'il y avait d'extraordinaire dans Dynasty, ce n'était pas seulement les histoires d'amour, de trahison ou de fric. Non, ce qui était magistral dans la série, c'était le second degré assumé, le kitsch léger, le « camp » de certains des personnages. Joan Collins, celle qui sauva la série de son naufrage en début de diffusion, était le personnage le plus sublime de tous. Cette « bitch » de première classe, capable de tous les coups bas, de toutes les perfidies, celle qui « catfighta » plusieurs fois avec sa rivale Kystle, qui détestait tout le monde (sauf Dex, notre Michael Nader national - une fierté) avait le don de se réveiller tous les matins, le brushing à la lionne impeccable, le gloss qui brillait et l'œil impeccablement fardé. Jamais, au grand jamais, Alexis Morell Carrington Colby Dexter Rowan n'aurait pu se lever du lit avec une haleine de chacal, le cheveu en pétard et la mine avachie. Alexis c'était le chic/vulgaire jusqu'au bout des ongles, le bling bling eighties par excellence.
Toute pétasse, requin dans les affaires, mangeuse d'hommes, arriviste sans scrupule, est une Alexis en puissance. Une brune incendiaire qui en a fait voir de toutes les couleurs à la gentille blonde à frange et à tous les membres de sa famille. Voilà ce qu'était Dynasty, une série basée sur un manichéisme à deux balles, sur des coups fourrés parfois non résolus et où les protagonistes nous faisaient rêver comme jamais personne depuis... Certes, on fantasme sur Mister Big et les Manolo Blahnik de Carrie, on tripe sur le Doctor Sheperd, on se voudrait Kitty, Justin ou Sarah Walker, on s'imagine une vie plan-plan à Wisteria Lane ou à Melrose Place... Mais y'a plus de glamour. Plus de robes longues pailletées, ni de champagne bu dans un jacuzzi ou de whiskey autour d'un contrat, ni de magnat du pétrole, ni de soirées à 250 000 dollars, ni de Henry Kissinger qui débarque silencieux aux côtés de la Collins, ni de blond vénitien ou de penthouse au sommet d'une tour, ni de Ferrari flamboyante ou de promenade équestre.
Dynasty, c'était tout ça dans un seul épisode. Pas de trash, que du glam. Du vrai. Du pur. Black Carrington est mort et toute une dynastie avec lui. Celle des eighties.

