Danse sur un mur. Photo Wassim Daou
Les questions posées là sont évidemment sérieuses. Dramatiques même. Mais elles sont traitées avec une telle légèreté et une pluie d'images poétiques et surréalistes qui font mouche, que Zweiland devient finalement une parabole débordante d'humour et de tendresse. Et, à un moment donné, il ne s'agit plus d'un spectacle sur l'Allemagne divisée, mais d'une réflexion sur les distorsions qui travaillent nos sociétés contemporaines. Les clichés et les stéréotypes, traités avec un humour irrésistible - parfois grinçant - présentent des personnages prisonniers de leur structure sociale, de leur vie... mais tellement touchants et émouvants... Il y a dans cette pièce un peu de chacun de nous.
Avec Waltz, le langage est expressif, émouvant, sensuel même, mais il garde une part d'abstrait qui le rend parfois assez hermétique. Dans Zweiland, il n'y a pas vraiment d'histoire qui se tienne de bout en bout. C'est plutôt un monde de bric et de broc qui se fait et se défait à chaque instant sous nos yeux. Des personnages hauts en couleur s'y croisent. Ils souffrent et se tapent dessus, pètent les plombs, valsent sur des airs vieillots de disques rayés. Les corps s'emmêlent et se démêlent - des prostituées, des travailleurs immigrés, des soldats, de simples passants et... un ange triste qui fait penser à Wim Wenders, un autre Berlinois jusqu'aux tréfonds de son âme.
La chorégraphe allemande a recours à toutes les ressources du théâtre : une grande variété d'accessoires, de costumes et de lumières créées par Martin Hauk. Sa danse est énergique, ludique, vivifiante et exécutée avec précision par sept interprètes d'origines diverses. Les mouvements des danseurs sont souvent nerveux, cocasses. Les corps mettent physiquement à l'épreuve leur environnement, le décor, les objets... et les talons vertigineux (que les danseuses ne quittent pas d'une semelle !). Les interprètes utilisent leur voix, dialoguent, chantent.
Il y a là de la poésie, du burlesque, de la tendresse. Mais aussi des affrontements, de la violence, de l'incompréhension, de la peur.
Les frontières physiques se déplacent, les divisions intérieures, elles, ne s'effacent pas. Et les murs sont toujours dans nos têtes. Une performance émouvante, virevoltant entre humour, chaos et poésie, qui laisse les pensées et souvenirs du spectateur aller et venir en toute liberté.


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