« Al-khitim (tampon), Omar Hassan Ahmad el-Béchir », dit d'une voix monocorde un employé de la commission électorale nationale, Mukhtar, montrant le verso d'un bulletin de vote tamponné par la commission puis le recto signé d'un crochet dans la case du président sortant. Dans une salle de classe d'une école à Khartoum convertie en bureau de vote, il montre chaque bulletin à une dizaine de personnes - des représentants des partis politiques et observateurs locaux - avant d'additionner les voix dans des piles distinctes. Un membre d'un parti conteste le décompte d'un vote, prétextant que le crochet n'est pas conforme à la loi électorale. Tout le monde se plonge dans sa bible électorale, lit les consignes, le vote est finalement annulé.
Le président sortant domine le décompte, devançant de loin Hatim al-Sirr, candidat du Parti unioniste démocrate, devenu son principal rival après le retrait des deux principaux opposants Yasser Arman et Sadek al-Mahdi, qui accusent le parti au pouvoir de M. Béchir d'avoir truqué le scrutin.
« Yasser Arman », lance Mukhtar présentant un rare bulletin coché de l'ex-candidat et critique acerbe de M. Béchir. Les représentants des partis sont interloqués : le retrait des candidatures de MM. Arman et Mahdi a été annoncé après l'impression des bulletins, et des électeurs ont donc pu voter pour ces ex-candidats.
« Des employés ont fait une pause pour aller à la prière du vendredi pendant que d'autres gardent les urnes », souligne Khaled al-Hajj, directeur d'un bureau de vote à Omdurman, ville jumelle de la capitale Khartoum. Dans d'autres bureaux, des employés n'ont pas pris de pause. En fin de journée hier, des scrutateurs terminaient le dépouillement des votes à la présidentielle. Suivront les décomptes des bulletins pour les postes de gouverneurs d'État, de députés pour l'Assemblée nationale, d'élus de l'Assemblée d'État.
Quelque 16 millions de Soudanais ont été appelés à voter pour ces premières élections - législatives, régionales et présidentielle - multipartites depuis 1986. La participation est « supérieure à 60 % », a noté hier la commission électorale qui doit en principe annoncer les résultats mardi.
Si les élections en tant que telles n'ont pas été marquées par d'importants problèmes d'insécurité, l'annonce des résultats pourra l'être, notamment dans des régions sensibles du Sud-Soudan, où des candidats indépendants ont contesté la domination locale des ex-rebelles sudistes. Le scrutin devrait reconduire au pouvoir M. Béchir, en quête de légitimité par les urnes après le mandat d'arrêt à son encontre de la Cour pénale internationale qui l'accuse de crimes de guerre et contre l'humanité au Darfour.

