Cet imposant lieu artistique - plus étendu, avec ses 39 000 m2, que la place de la République, où l'on peut « coucher la tour Eiffel » - trône dans un faubourg populaire du nord de Paris, au 104 rue d'Aubervilliers (XIXe).
Malgré sa monumentale et magnifique prestance, le « 104 » n'attire pas les foules depuis son ouverture il y a un an et demi, alors que le maire socialiste Bertrand Delanoë pronostiquait « un signal fort à la communauté artistique mondiale ».
« Il faut garder en tête que Bertrand Delanoë et le maire du XIXe ont sauvé ce lieu de la démolition. Il n'y a dans le monde aucun établissement culturel de cette taille. Donc il n'y a aucun moyen de comparer ou de s'inspirer », explique à l'AFP Christophe Girard, adjoint (PS) à la Culture et président du conseil d'administration du 104.
Cet ensemble avait été édifié en 1873, notamment par Baltard. En 1905, il a hébergé le service municipal des pompes funèbres. 27 000 corbillards partaient chaque année du 104.
Chargé d'histoire, il a été protégé et réhabilité par la ville de Paris et magnifiquement restauré par l'Atelier Novembre (budget : 100 millions d'euros, puis 11 millions de fonctionnement, dont 8 de subvention de la mairie).
Aujourd'hui, il fonctionne comme une rue. On entre dans cette « cathédrale » par la rue d'Aubervilliers pour ressortir rue Curial. Sur le parcours, des ateliers d'artistes (200 artistes en résidence), deux salles de spectacles dans la nef centrale, 1 000 m2 de commerces (librairie, bric à brac Emmaüs, et bientôt un restaurant).
« La maison des petits ne désemplit pas », argumente la mairie, citant de nombreux événements culturels qui ont « très bien marché ».
Le premier jury avait choisi deux hommes de théâtre pour diriger le 104, Robert Cantarella et Frédéric Fisbach. Au bout d'un an, ils ont jeté l'éponge.
« Comme toute équipe qui démarre, ils ont essuyé les plâtres », tempère M. Girard, selon qui « le lieu n'a pas encore totalement ouvert ».
Mais voilà, nombreux sont les visiteurs qui se sentent « perdus » dans cette grande bâtisse. On ne voit pas les artistes et, quand il fait froid, un vent glacial balaie la nef.
Spécialiste de culture et journaliste à Rue 89, Jean-Pierre Thibaudat avait parlé dès le début de « temple de glace qui jette un froid ».
De même, un groupe d'artistes et d'intellectuels, emmenés par Jean-Marc Adolphe, directeur de la revue Mouvement, a tenté depuis une semaine un « putsch » symbolique et sans violence, en occupant des salles ou le hall.
Ce collectif veut interroger la mairie sur l'avenir du 104 et déplore un « gâchis » : « Comment se fait-il qu'un an après son ouverture, on arrive à cette situation ? On veut entreprendre nous-mêmes une inspection du 104 et comprendre comment on peut en arriver là », dit à l'AFP Jean-Marc Adolphe.
La nouvelle direction aura justement à charge, répond indirectement M. Girard, de ne pas en faire un « lieu parisien élitiste ». Il faudra que « la présence des artistes soit mieux partagée, qu'on les voit, qu'on les rencontre ».
Quant au froid, « il faut trouver un moyen de réaménager cette halle » pendant les mois rigoureux, a-t-il ajouté.
Le lauréat choisi parmi les 56 candidats - une petite quinzaine a déjà été auditionnée - devra donc réinventer le « 104 ».


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