Comme c'est facile pour ceux qui ne manquent de rien, vautrés dans des résidences somptueuses, de préconiser le respect des échéances ! Qu'ils jettent seulement un simple regard sur tous ceux qui, avec leurs familles, n'ont d'autre choix que de vivre au milieu des détritus, de la pollution mortelle et de la misère pour comprendre que leur devoir eut peut-être été de se ranger du côté des victimes, des plus faibles et des plus nécessiteux plutôt que de se prêter aux calculs de l'égoïsme.
Notre misère morale, si j'ose dire, aurait-elle atteint de nouveaux sommets avec cette décision, à la limite cruelle, de refuser l'espoir à une population aux abois, avide de changement ? Un report « technique » de 3 ou 4 mois des élections municipales, comme l'a suggéré courageusement et avec pertinence Walid Joumblatt au président de la République, aurait-il été la fin du monde ? Il aurait au moins permis d'ouvrir le débat sur les quelques réformes possibles et accessibles pouvant apporter un sang neuf et un souffle nouveau à des conseils municipaux, dans bien des cas, stériles, séniles, décadents et peu vertueux. N'aurait-ce pas été rendre droit à une population orpheline et désabusée qui aspire à de meilleures conditions de vie ? Le peuple libanais, dans toutes ses variantes, ne mérite-t-il pas un peu mieux que ce qui lui est jeté en pâture ?
Un report qualifié de « technique » se justifierait par :
1- le retard de cinq mois et demi dans la formation du gouvernement.
Par analogie, on pourrait rappeler que des moratoires sont parfois accordés afin de permettre à des débiteurs, victimes de circonstances exceptionnelles, de reporter le paiement de leurs créances ;
2- un minimum de respect dû tant à l'électeur qu'aux candidats, tous maintenus depuis plusieurs mois dans l'incertitude sur le point de savoir si les élections vont ou ne vont pas se tenir et sur base de quelle loi (proportionnelle ou autre ?) ;
3- l'égalité de chances entre candidats, l'incertitude ne pouvant qu'avantager les candidats en place en ne permettant pas aux nouveaux candidats de se préparer valablement à peine quelques semaines avant la tenue des élections, ce qui est une aberration proprement libanaise. Certains candidats déclarent n'avoir même plus le temps d'imprimer leurs affiches en prévision des élections. Peut-on encore parler de campagne électorale dans ce contexte de précipitation non justifiée ? Sans compter l'inégalité entre les différentes régions, certaines d'entre elles comme le Mont-Liban ne disposant que de 3 semaines alors que d'autres auraient un délai plus long pour se préparer...
4- des conseils municipaux choisis pour 6 ans (ce qui est énorme) dans le calme et la réflexion plutôt que dans la hâte et la précipitation ne seraient-ils pas bien plus adéquats, plus efficaces et bien sûr plus qualifiés pour le développement des localités ?
5- Selon quelle logique peut-on affirmer, avec autant de véhémence, que « le respect des délais » doit absolument primer, sans recours possible, sur un minimum de réformes comme le droit légitime des populations d'élire directement leurs président et vice-président, ou celui des femmes mariées de se porter candidates dans leurs localités d'origine ou autres amendements utiles, ne serait-ce qu'à la loi en vigueur ? Le respect de ces délais justifierait-t-il à lui seul que l'on piétine les règles, non moins constitutionnelles, d'égalité entre les candidats, de respect de l'électeur, et les principes de bonne gestion municipale et de gouvernance locale adaptée ? Certes, dans un contexte normal, le respect des échéances est une nécessité absolue. Nul ne songerait à le contester. Mais sommes-nous vraiment dans un contexte de normalité ? Qui donc oserait le prétendre ? En conséquence, est-ce à l'humain d'être au service de la loi ou à la loi d'être au service de l'humain ?
6- Un report limité de 3 ou 4 mois ne permettrait-il pas de concilier tous les points de vue en adoptant une position médiane juste, humaine et rationnelle ?
Il n'est jamais trop tard pour bien faire, surtout lorsque l'on œuvre pour la justice et le bien-être des populations, et, à ce stade, avec un acte de courage citoyen, tout peut encore être sauvé ! Mais encore faudra-t-il trouver les sauveteurs intrépides qui voudront bien se mouiller pour que triomphe le changement.
Marie-Claude HÉLOU SAADÉ
Présidente de l'ALDL


L'Iran ripostera de façon « décisive » à toute attaque, avertit son négociateur en chef