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Culture - Spectacle

La fête aux mots avec Jacques Bonnaffé

Durant deux soirées jubilatoires de charivari et de sprint linguistique, Jacques Bonnaffé a présenté « L'Oral et Hardi » au théâtre Monnot. Jongleur, trapéziste, contorsionniste de la langue de Molière, le comédien a injecté à l'assistance une formidable dose d'adrénaline verbale.

Un acrobate de la langue qui se joue des césures, moque les alexandrins guindés et fait voler en éclats les hémistiches. (Marwan Assaf)

Il aurait pu être Cicéron pour les Romains, Isée pour les Grecs, Bossuet pour les Français. Mais aussi poète (car c'en est bien un) rimbaldien, verlainien ou «verlanien» (de ce verlan qu'il maîtrisera à merveille). Rappeur, slameur, chanteur, danseur, il peut encore être à loisir (le sien et le nôtre) fils à Prévert, à Jacques Brel, à Claude Nougaro, à Bourvil ou à Raymond Devos. Jacques Bonnaffé est tout cela confondu, un comédien - et qui dit «comediante», suppose «tragediante» - qui, seul sur scène - ou étaient-ils plusieurs, tous ces poètes disparus et ressuscités? -, a empoigné avec hardiesse les mots.
En leur donnant son souffle, son énergie musclée, l'artiste a fait abattre sur l'audience une tempête de borborygmes juteux, de charabias mi-bruegeliens, mi-rabelaisiens. Un cyclone de rimes folles et hystériques. Dans cet ouragan de syntaxes déconstruites, schismatiques, sismiques puis reconstruites, l'acrobate de la langue se joue des césures, moque les alexandrins bien guindés, fait voler en éclats les hémistiches. Avec son audience, il engage des joutes oratoires débridées, assouvit les affamés et abreuve les assoiffés de mots. «Osez, Osez, hurle-t-il. Engagez-vous dans le "langagement"» et cette demande prend l'allure d'un cri d'amour adressé à la langue française qu'il souhaite large, ouverte, embrassant le Nord et le Sud.
Le comédien a emprunté à Jean-Pierre Verheggen, cet autre grand poète contemporain belge, des extraits de ses textes étonnants, «de ses harangues, odes homériques ou discours manifestes au souffle épique», comme les décrit Bonnaffé, pour les mettre en scène, les offrir comme au jour de la Cène pascale. Offrir en partage cette aventure de «l'Ouissance, à la fois jouissance de l'oreille et par l'oreille», selon André Velter, ainsi que cette langue que l'acteur prend à bras-le-corps pour ne plus en faire une langue morte, de bois, comme un bois sec, mais une langue bien vivante, charnue, délicieuse à croquer, à savourer.

De la truculence...
Formé au Conservatoire de Lille, Jacques Bonnaffé a pratiqué dès son jeune âge le théâtre amateur et d'intervention de rue. Plus tard, de la scène théâtrale au cinéma, il choisira de travailler avec les auteurs exigeants soit dans l'écriture, soit dans la réalisation. De Jean-Luc Godard à Jacques Rivette, en passant par Philippe Garel, Tony Marshall, Edwin Baily ou Costa Natsis, le comédien poursuit parallèlement sa carrière théâtrale ainsi que ses lectures poétiques publiques. Au détour de chaque spectacle, son héros fétiche, Cafougnette, surgit pour témoigner de son attachement à sa région natale. Créé en 2007 à la Maison de la poésie, L'Oral et Hardi s'est vu décerner en 2009 un Molière pour la Compagnie Faisan (production). Par ailleurs, deux nominations pour Seul en Scène (2008) et meilleur comédien avaient couronné le travail de l'artiste.
«Oxygénons-nous sans gêne... Défonce de fumer. Docteur Clitoris Causa; Absinthe Marie; Rotule as-tu du genou? Manu militari, ou le manuel des tarés; Tout dire, tout parler, tout oser, tout échouer». Et j'en passe, car c'est une averse torrentielle de lapsus et de sons qui s'abat sur l'audience, la laissant pantoise, hébétée mais réjouie.
Jacques Bonnaffé aura fait siens les mots de Verheggen. Avec sa mise en scène dynamique, peuplée de tartes à la crème, de bouteilles colorées cliquetantes, de haut-parleurs diffusant la musique de Louis Sclavis, de tintamarre (dont on n'a jamais marre), d'ambiance de fête foraine qui n'est en fait que la fête aux mots, le comédien aura donné un bon coup de plumeau à la langue française.
Comme une douche bien froide d'où l'on sort rafraîchi et revigoré.
Il aurait pu être Cicéron pour les Romains, Isée pour les Grecs, Bossuet pour les Français. Mais aussi poète (car c'en est bien un) rimbaldien, verlainien ou «verlanien» (de ce verlan qu'il maîtrisera à merveille). Rappeur, slameur, chanteur, danseur, il peut encore être à loisir (le sien et le nôtre) fils à Prévert, à Jacques Brel, à Claude Nougaro, à Bourvil ou à Raymond Devos. Jacques Bonnaffé est tout cela confondu, un comédien - et qui dit «comediante», suppose «tragediante» - qui, seul sur scène - ou étaient-ils plusieurs, tous ces poètes disparus et ressuscités? -, a empoigné avec hardiesse les mots. En leur donnant son souffle, son...
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