Comme toujours, les loyalistes accusent leurs vis-à-vis de servir les desseins de l'axe syro-iranien, pour contrer les projets US au Liban comme dans la région. Ce qui induit, localement, qu'il faut s'attaquer à une majorité qui, sans être à la solde des Américains, ne leur est pas hostile. D'où la campagne au sujet de l'accord FSI-ambassade US, ou l'exploitation de l'incident de Ouyoun Orghoche, site du jurd présenté par les médias des prosyriens comme servant de base paramilitaire, de camp d'entraînement pour les FL.
Les majoritaires soulignent que ces deux dossiers s'inscrivent dans le droit-fil d'une offensive qui a englobé, tout récemment encore, les irréductibles du 14 Mars, Geagea et Siniora notamment, mais aussi le centrisme et même la présidence de la République. Sans oublier d'égratigner au passage le Premier ministre, Saad Hariri.
Ce battage obéit à trois motivations, du reste complémentaires. D'une part, contrer l'Amérique. Puis protéger l'armement du Hezbollah. Enfin, étouffer dans l'œuf toute velléité d'émergence d'un État libanais digne de ce nom, imperméable à l'influence de l'axe syro-iranien, maître de son territoire et des armes.
Un détail qui reflète la détermination extrême des opposants : ils prennent acte du repositionnement de Walid Joumblatt en faveur de la Résistance et de sa réconciliation avec Assad, mais ils ne lui en reprochent pas moins de ne pas aller jusqu'au bout de sa démarche en rejoignant carrément les rangs du 8 Mars. Ou, encore, et surtout, de se contenter d'une timide contestation, guère combative, du projet américain.
Les prosyriens ne cachent pas qu'un de leurs objectifs tactiques est de porter Saad Hariri, en sa qualité de président du Conseil, à afficher une stricte neutralité politique interne. Donc de se démarquer nettement du 14 Mars, de son secrétariat général, ainsi que de Geagea. Pour se mettre sur la même ligne que Joumblatt, en espérant qu'elle aboutisse, d'une manière encore plus complète, à Damas. Mais, justement, il n'est plus si certain que Hariri se rende une deuxième fois dans la capitale syrienne. Car, à l'occasion des nouvelles tensions locales, il répète que seule la mort peut le séparer de la révolution du Cèdre, synonyme pour lui de fidélité à la mémoire de son père martyr.
À ce propos, les visiteurs de Damas indiquent que le régime syrien se montre agacé par l'attitude de Hariri. En jugeant qu'elle ne favorise ni la détente intérieure libanaise ni, par voie de conséquence, le rapprochement avec une Syrie qui ne peut que prendre fait et cause pour ses alliés du cru. Ces témoins assurent que les Syriens ont fait parvenir à Hariri divers messages lui demandant de s'éloigner ouvertement du 14 Mars et, surtout, des FL, pour faire tandem avec Joumblatt.
Du côté des loyalistes, on répond qu'après la visite de Hariri à Damas, la majorité a déjà mis suffisamment d'eau dans son vin. En répétant qu'elle est déterminée à établir de saines relations avec la Syrie, pour peu que cette dernière y mette du sien et consente à se comporter avec le Liban comme avec un État indépendant. Ils rappellent que lors du meeting des FL, Geagea a tenu un discours sensiblement arabiste, en s'abstenant d'attaquer Damas de front. Ce qui, selon les proches de Hariri, a été bien apprécié à Koraytem où l'on pense qu'il faut essayer, malgré les attaques, de promouvoir la détente dans les rapports avec Damas comme sur la scène intérieure.
Mais diverses franges du 14 Mars estiment qu'il ne faut pas trop tendre l'autre joue. En soulignant que, contrairement à ce que Hariri souhaite, le camp des prosyriens continue à refléter une ligne axée sur les rapports de force, avec la menace de l'armement du Hezbollah en arrière-plan.
Du côté du 8 Mars, on affirme que Hariri ne peut pas se rendre de nouveau à Damas s'il ne parvient pas à convaincre ses alliés du 14 Mars de se ranger à ses côtés sur une ligne prosyrienne, ou à tout le moins centriste, genre Joumblatt.


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