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Nos lecteurs ont la parole

C’est par là qu’il faut commencer

Nadim GEMAYEL
Les fêtes de Pâques ont été, cette année, célébrées à la même date par les chrétiens, catholiques et orthodoxes. L'Orient et l'Occident, qui trouvent leur convergence au Liban, célèbrent ensemble ces jours sacrés. Le Liban a, en outre, consacré un jour de célébration œcuménique : le 25 mars. Chrétiens et musulmans ont, par cette démarche, rappelé que le Liban est un pays mission. Il s'agit là d'un petit pas, mais tout reste à faire.
En ces moments empreints d'une grande spiritualité, il conviendrait de s'interroger sur le positionnement des citoyens à l'égard des valeurs qui doivent servir de fondement à l'action publique ou privée.
Il est incontestable que le débat politique, concernant l'organisation constitutionnelle du Liban, est essentiel. Il est évident que l'organisation d'une décentralisation, la création d'un sénat ou la promulgation d'une loi électorale qui garantisse une représentation juste et réelle sont déterminantes ; mais un retour des Libanais en général et des chrétiens en particulier à une réflexion sur les valeurs qui doivent servir de fondement à leur action est un préalable nécessaire à toute démarche future.
Les valeurs, dont l'origine peut être aussi bien religieuse qu'humaniste ou sociale, constituent la base de la vie en commun et de la dignité de l'homme. Des normes constitutionnelles adaptées ou des compromis trouvés ne sont que des mécanismes stériles si la conscience individuelle ou collective n'impose pas à chacun de nous un besoin d'intégrité et de respect des principes fondamentaux que nous devons respecter.
Il existe aujourd'hui, hélas, une perte de repères sur le plan individuel et sur le plan national. Le civisme, la souveraineté, le respect du droit et des libertés publiques, l'intégrité, la droiture et la probité, l'intérêt collectif et la solidarité sont autant de valeurs trop souvent ignorées.
Ces principes, qui devraient fixer le cadre de toutes nos orientations sur le plan individuel ou national, sont bafoués et celui qui a l'audace de les rappeler est soupçonné de candeur ou de naïveté.
Il apparaît clairement que les générations qui se succèdent risquent de s'accommoder de la perversion de ces principes au lieu de s'insurger contre les atteintes qui leur sont faites.
Non, la politique ne conduit pas nécessairement à la compromission.
Non, le monde des affaires ne justifie pas la corruption.
Non, la duplicité et l'intelligence ne sont pas synonymes.
Non, la fin ne justifie pas toujours les moyens.
Non, le succès matériel, aussi respectable soit-il, n'est pas le critère d'une vie réussie.
Un exemple assez frappant en politique est révélé par l'utilisation du mot realpolitik. Ce terme, à l'origine, a été utilisé par Ludwig von Rochan et consistait à rechercher un équilibre entre les nations européennes afin d'éviter la guerre. Très vite la référence à la realpolitik est devenue une justification pour toutes sortes de trahison des valeurs en politique.
Si un appel à un retour aux principes fondamentaux est perçu comme un acte inutile et une preuve d'angélisme, si un appel au respect des valeurs est perçu comme une preuve d'absence de maturité ou de réalisme, c'est bien parce que nos sociétés ont transformé les abus en normes et que les principes se sont vus confinés dans l'espace laissé à la simple théorie.
C'est donc par la reconquête de ces valeurs qu'il faut commencer pour être en mesure d'assurer un avenir prospère pour le Liban et pour ses différentes communautés.
Le temps presse et il nous faut agir. Chacun de nous doit retrouver la voie de ces valeurs que les circonstances ont renvoyées au seul monde de l'utopie. Chacun de nous doit retrouver l'esprit de contestation à chaque fois que ces principes sont violés.
Défendre les principes et les causes justes doit être le point de départ de l'action politique et du comportement individuel. Les valeurs doivent constituer les fondations de toute construction constitutionnelle. À défaut, rien de solide ne sera bâti.
Pour ma part, j'inviterai, dans les prochains jours, des associations, des professeurs d'écoles, des parents, des membres du clergé et, surtout, des groupes de jeunes à une réflexion commune sur nos valeurs afin de paver le chemin qui doit les ramener au centre de notre société.

Nadim GEMAYEL
Député
Les fêtes de Pâques ont été, cette année, célébrées à la même date par les chrétiens, catholiques et orthodoxes. L'Orient et l'Occident, qui trouvent leur convergence au Liban, célèbrent ensemble ces jours sacrés. Le Liban a, en outre, consacré un jour de célébration œcuménique : le 25 mars. Chrétiens et musulmans ont, par cette démarche, rappelé que le Liban est un pays mission. Il s'agit là d'un petit pas, mais tout reste à faire.En ces moments empreints d'une grande spiritualité, il conviendrait de s'interroger sur le positionnement des citoyens à l'égard des valeurs qui doivent servir de fondement à l'action publique ou privée.Il est...
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