Rechercher
Rechercher

Moyen Orient et Monde

La liberté est bâillonnée au Venezuela

De Vaclav HAVEL, Mikhaïl KASYANOV, Francisco BERMUDEZ, Garry KASPAROV, Javier LOAIZA et Don McKINNON*

L'arrestation d'Oswaldo Alvarez Paz, un ancien président de la Chambre des députés du Venezuela, gouverneur de l'État vénézuélien de Zulia et candidat à la présidence, doit faire réagir le monde entier car elle démontre à quel point le régime du président Hugo Chavez est prêt à s'écarter des pratiques démocratiques. Rester silencieux alors que la démocratie s'affaiblit au Venezuela est non seulement immoral, mais devient de plus en plus dangereux pour tous les Vénézuéliens.
Alvarez Paz est connu partout comme un homme honorable, attaché aux principes démocratiques. Il a courageusement cherché à alerter le monde au sujet des persécutions dont sont constamment victimes les opposants à Chavez et à son régime et du déclin de la démocratie dans son pays depuis la dizaine d'années que Chavez est au pouvoir. Son arrestation le 22 mars confirme ses dires quant à la nature du régime et des dangers qu'il représente pour les Vénézuéliens, systématiquement dépouillés de leurs libertés, et plus généralement pour les Latino-Américains - Chavez pouvant servir d'exemple aux autres dictateurs en puissance.
L'arrestation d'Alvarez Paz semble avoir été déclenchée par ses déclarations lors d'un talk-show, Aló Ciudadano (Salut les citoyens), sur la chaîne privée Globovision. Évoquant une résolution de la Cour nationale espagnole (Audiencia Nacional de España) concernant des accusations de relations entre le gouvernement du Venezuela, les FARC (le groupe de guérilla colombien) et les terroristes espagnols de l'ETA, il a déclaré à juste titre que ces accusations devaient faire l'objet d'une enquête.
Mais après avoir simplement demandé l'application de la loi et l'ouverture d'une enquête concernant des agissements illégaux, il a été arrêté pour conspiration, diffusion d'informations mensongères et incitation à la haine, ce qui pourrait lui valoir jusqu'à 15 ans de prison.
Son arrestation met en évidence le détournement de la loi par Chavez et ses fonctionnaires pour persécuter, intimider et réduire au silence ceux qui critiquent son gouvernement. Elle confirme les rapports publiés par des organisations et des institutions internationales comme la Cour interaméricaine des droits de l'homme, Human Rights Watch et Freedom House quant aux atteintes croissantes portées aux libertés civiques au Venezuela.
Chavez a institué dans le pays une forme radicale de non-droit sous l'égide de l'État. On pourrait dire que le Venezuela a légalisé l'état de non-droit, conduisant à un système politique dans lequel ceux qui font la loi ou l'interprètent ne s'estiment nullement tenus de respecter l'esprit de justice qui les sous-tend.
L'idée d'un pouvoir arbitraire exercé par un dirigeant ou un mouvement politique, même s'il prétend représenter les pauvres et les déshérités - ainsi que le proclame Chavez -, est étranger à tous les concepts de liberté. Il s'agit là du légalisme des barbares et de la philosophie politique instinctive de ceux qui refusent un comportement démocratique.
La communauté internationale doit exiger la libération immédiate d'Alvarez Paz. L'Organisation des États américains (OEA) et les autres organes régionaux doivent appeler avec toute la vigueur possible à la restauration effective de l'État de droit au Venezuela. Ce n'est qu'ainsi qu'ils peuvent défendre les principes inscrits dans la charte démocratique interaméricaine. L'OEA doit agir rapidement, car les élections législatives vénézuéliennes auront lieu en septembre.
L'année dernière Chavez a remporté un référendum destiné à supprimer la limitation du nombre de mandats du président et des autres principaux dirigeants élus. Les sondages révèlent maintenant un niveau de mécontentement sans précédent en raison de la criminalité, de l'inflation et des coupures d'eau et d'électricité. De grandes manifestations contre le gouvernement ont eu lieu à Caracas après la fermeture par les autorités d'une chaîne de TV privée diffusée sur le câble, RCTV. Les Vénézuéliens semblent être prêts à arrêter la dérive dictatoriale de leur pays, ce qui pourrait aussi expliquer l'arrestation d'Alvarez Paz.
Tous ceux qui croient à la vague démocratique qui a balayé l'Amérique latine après la chute du communisme en Europe et la soutiennent doivent réaffirmer leur engagement de surveiller la situation du Venezuela en termes de liberté d'expression et de gouvernance démocratique. Il n'est pas trop tard pour ramener le Venezuela dans le camp des pays libres et démocratiques. Défendre la liberté d'Alvarez Paz, c'est défendre la liberté de tous les Vénézuéliens !

*Václav Havel est ancien président de la République tchèque ; Mikhaïl Kasyanov est ancien Premier ministre de Russie ; Francisco Bermudez est ancien ministre de la Défense du Guatemala ; Garry Kasparov est ancien champion du monde d'échecs, il est aujourd'hui militant politique d'opposition ; Javier Loaiza est consultant et analyste politique en Colombie ; Don McKinnon est ancien secrétaire général du Commonwealth.

© Project Syndicate, 2010.
Traduit de l'anglais par Patrice Horovitz.
De Vaclav HAVEL, Mikhaïl KASYANOV, Francisco BERMUDEZ, Garry KASPAROV, Javier LOAIZA et Don McKINNON* L'arrestation d'Oswaldo Alvarez Paz, un ancien président de la Chambre des députés du Venezuela, gouverneur de l'État vénézuélien de Zulia et candidat à la présidence, doit faire réagir le monde entier car elle démontre à quel point le régime du président Hugo Chavez est prêt à s'écarter des pratiques démocratiques. Rester silencieux alors que la démocratie s'affaiblit au Venezuela est non seulement immoral, mais devient de plus en plus dangereux pour tous les Vénézuéliens.Alvarez Paz est connu partout comme un homme honorable, attaché aux principes démocratiques. Il a...
commentaires (0) Commenter

Commentaires (0)

Retour en haut