Ce que le valet préfère, c'est la voiture de sport. « Chouette ! » se dit-il, en jouant des coudes avec ses confrères valets, pour vous rejoindre en premier et se vanter ensuite d'avoir conduit tel ou tel bolide.
Sauf que conduire n'est pas tout à fait le verbe qu'il faut employer pour décrire la manière dont le valet traite votre voiture. Il en profite parfois pour faire un petit tour, histoire de voir si l'aiguille du compteur de vitesse peut atteindre la limite du cadran... dans les ruelles d'Achrafieh.
Rien ne l'effraie, ce brave valet, surtout pas la hauteur du trottoir sur lequel il va faire grimper votre voiture tous pneus crissant.
Il n'y a pas de sot métier. Le valet aurait mille fois préféré être à votre place, laisser nonchalamment son véhicule en pleine chaussée et se pavaner en rejoignant sereinement la table qui l'attend dans le dernier restaurant en vogue, au milieu des klaxons incessants de quelques rustres restés en plan. Peut-être même qu'il vous en veut un peu, pauvre valet, vu la manière dont il traite votre symbole de réussite.
Le phénomène « valet parking » n'est pas récent, ni particulier au Liban. Pourtant, comme pour beaucoup de choses, c'est au Liban que cette manifestation urbaine et bourgeoise, devenue business, prend ses formes les plus vicieuses. Il y a quelques années, le livre Guinness des records inscrivait le Liban comme le seul pays au monde où la plus connue des enseignes de fast-food américaines propose des services de valets parking. C'est effectivement un record d'avoir transformé l'antre de la restauration rapide et pas chère en lieu de rencontre de la jeunesse dorée qui n'a pas le temps de trouver une place pour se garer et préfère déléguer cette tâche subalterne.
Désormais, les valets ont gagné en puissance. Ils s'organisent ; certains pionniers ont flairé le filon et se trouvent aujourd'hui à la tête de sociétés en bonne et due forme, proposant des services complets de voiturier, avec des valets en uniformes plus ou moins rutilants. Ils vous tendent des tickets colorés au verso desquels il est stipulé que la direction n'est, bien entendu, pas responsable des dégâts qui pourraient être causés à Titine, sans vraiment proposer de place pour la caser.
Nos amis valets s'installent donc en nombre et occupent le territoire. Essayez de vous garer sur l'une ou l'autre des rues animées de Beyrouth où se bousculent les valets, et vous ne manquerez pas d'avoir affaire à leur courtoisie légendaire. Les voilà qui vous somment de déplacer votre véhicule sous peine de retrouver vos pneus crevés. Vous protestez ou vous cédez, selon votre humeur. Après tout, vous êtes là pour vous amuser ; les valets, eux, travaillent. C'est peut-être le seul mérite qu'ils ont, mais il vaut la peine de penser enfin à trouver un modus vivendi avec ces extrémistes de la voie publique.
En ce temps de préparation aux élections municipales, peut-être pourrions-nous en profiter pour exiger de nos futurs élus une solution à ce problème ?


L'Iran ripostera de façon « décisive » à toute attaque, avertit son négociateur en chef