Il n'y a vraiment plus de juste milieu entre la femme ménagère et celle qui se pomponne du matin au soir devant son miroir.
Les rues sont pleines de publicité qui n'ont plus ni queue ni tête. Avec des slogans niais, mais niais...
Il faut être vraiment aveugle pour ne pas se rendre compte du niveau intellectuel que nous sommes en train d'atteindre. Et la barre, croyez-moi, est au plus bas. Et entre niais et bas, il n'y a qu'un degré de ridicule. Il faut dire que notre cortex nous repousse vers l'homme de Cro-Magnon. Le Neandertal est bien loin...
Qu'un bijou soit le symbole d'une promesse, d'accord. Une fleur aussi peut être une promesse. Roméo et Juliette en édition limitée aussi. Mais un droit ?...
Dois-je me limiter en tant que femme à un bijou ? Dois-je préparer les banderoles et manifester pour un caillou, qui certes va coûter les yeux de la tête et descendre dans les rues pour réclamer ce droit ?
« Moi, vouloir bijou, sinon, moi pas repasser le linge qui s'entasse dans le bac. »
Ça ferait un bon slogan non ?
Vous ne croyez pas ?
Parce que descendre dans la rue et parler de droits, et je dis bien droits, n'est manifestement pas notre priorité. Des droits à crier, des droits à réclamer. Des droits.
Le droit de donner ma nationalité à mes enfants, qu'ils soient Libanais à part entière. Qu'ils puissent avoir les mêmes droits civiques que n'importe quel citoyen. Ne pas devoir prendre un avion pour accoucher au Canada.
Leur donner des papiers, parce que sans papiers d'identité on n'existe pas.
Leur léguer le droit de vote, le droit de s'exprimer.
Je serai fière de dire que mes enfants sont Libanais.
Ça c'est un droit et c'est toute une campagne qu'il faut lancer sur tout le territoire libanais. Ce n'est pas une rivière de diamant autour de mon cou, ni le dernier Moulinex. C'est protéger l'avenir.
Le droit de me défendre si je subis une violence conjugale. Le droit de ranger mes bagages et de trouver refuge au sein d'organisations gouvernementales, avant de me tourner vers les associations. Ne pas devoir justifier les coups de cet homme et subir les sarcasmes d'officiers en uniforme qui répliquent toujours de la même manière : « Si tu t'es fais battre poulette, c'est que tu le mérites. »
Et pourquoi ?
Parce que je suis une femme.
Parce qu'être une femme se réduit à servir l'homme. Ou, mieux, à être asservie. Jusque dans les os.
À être soumise jusque dans les tripes.
À être une femme tout court, réduite au silence.
Ou alors, être une femme, c'est être accessoire. Comme la dernière table signée Starck.
« Tu es juste là pour faire jolie et tu te tais. Tu n'as pas le cortex ni l'intelligence d'un homme. Tu manges ta petite salade et tu évites de prendre un gramme, parce que tu sais, ma chérie, je t'ai épousée pour qu'on soit beaux dans la photo de Mondanité. »
Le droit de dire non quand je veux, le droit de faire des études, le droit de regarder n'importe quel homme en face, le droit de crier à l'injustice, le droit de décider par moi-même pour qui je vote, le droit de manifester, le droit d'être l'égale d'un homme aux yeux de la loi.
Et la liste ne fait que commencer.
Entre un fer à repasser et un bijou, il y a un schisme social bien évident.
Entre mon droit légitime, et une parure, il y a un océan de révolutions.
Entre ma vie de femme et mon indépendance, il y a encore un long chemin à parcourir.
Entre mon droit, et ma gauche. Je fais mon choix.
Je suis une femme.
Avant tout.


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