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Culture - Scène

Grand Corps Malade, un slameur sachant « slamer »

Voix grave, talent et sincérité. Voilà en trois mots Fabien Marsaud, alias Grand Corps Malade, « slameur », poète des temps modernes et « tisseur de lien social » qui a offert, l'espace d'une soirée au Music Hall, un réjouissant concert de slam. 

Au Music Hall, un soirée de slam vivifiante. (Hassan Assal)

Dans la pénombre du Music Hall, une voix s'élève, grave, très grave, clamant, déclamant, scandant: «Le soleil éclaire notre papier qu'on avait gratté dans l'ombre pendant toute la nuit. La chaleur fait couler l'encre, nos mots quittent nos cahiers, nos voix sortent de l'ennui. Alors nous allons prendre la parole, monter sur scène pour un moment (...)» C'est par ces mots que Grand Corps Malade fait son entrée sur scène. Longue silhouette prenant appui sur une canne, en jeans et polo noir imprimé de sa devise en verlan «Ça peut chémar» (ça peut marcher), il avance parmi ses musiciens déjà installés pour entamer droit debout, face à un public déjà conquis, l'avant-dernier concert de la tournée de lancement de son deuxième album, Enfant de la ville.
Il avait «hâte de rencontrer les gens de Beyrouth, curieux de découvrir le public libanais, avec le sentiment d'avoir à relever un défi, en interprétant mes textes dans un pays francophone, certes, mais où mon CD n'est pas disponible», avait confié Grand Corps Malade à L'Orient-Le Jour, la veille de son concert.
Il n'aura pas été déçu. C'est un accueil d'un enthousiasme inégalé que lui a réservé une salle bondée de jeunes et de moins jeunes assis, debout, agglutinés même dans les allées parallèles et l'applaudissant à tout rompre.
Il faut dire que, de son côté, Grand Corps Malade s'est révélé un homme de scène d'envergure. Et cela n'a rien à voir avec son mètre quatre-vingt dix!
La recette est à chercher plutôt dans un savant dosage de sensibilité, d'humour et de présence (on comprend qu'il ait décroché la révélation scène aux Victoires de la musique en 2007!), ainsi que d'une indéniable complicité avec ses musiciens: un pianiste «libanais», Élie Chemali, qui a eu droit aux faveurs du public; un guitariste (Yakeen); un bassiste (Xavier Zoli) et un percussionniste, Mr. Feedback, qui est aussi le réalisateur musical de son deuxième album.
Et puis il y a cette sincérité du personnage, cette vérité toute simple que l'on retrouve dans les textes, mêlant figures de style et clins d'œil facétieux, de Grand Corps Malade. Des textes qui racontent sa vie, sa ville, ses sentiments... Et sa découverte du slam, «dans un bar, un soir d'octobre 2003». Une révélation pour ce jeune homme amoureux des mots, qui travaille alors dans l'événementiel sportif et qui, depuis, ira «à la recherche de ces ambiances/ Dans tout Paris je vais zoner/ C'est décidé ma voix est libre/ Et son timbre va résonner», clame-t-il dans J'écris à l'oral.
Des mots qui célèbrent la banlieue d'où il vient, Saint-Denis, à laquelle ce poète du bitume consacre plusieurs hommages, comme dans Je viens de là. «Je viens de là où on échange/ Je viens de là où on se mélange/ Moi c'est l'absence de bruit et d'odeur qui me dérange», scande-t-il, dans un magnifique appel à la tolérance et la convivialité sous le ton revendicateur.
Dans cet esprit, il invitera d'ailleurs quatre jeunes rappeurs libanais, Eddy de Fareeq el-Atrash, Karimbo, Ramses et Yazan de Khat Ahmar, à se produire en intermède de son concert.

Mental de résistant
Concerné par l'état du monde, ce grand jeune homme de 32 ans pose son regard bleu limpide sur l'environnement, les ravages des terrorismes, la misère, les famines... pour ciseler un morceau d'une sensible acuité intitulé Le Blues de l'instituteur.
Cette sensibilité tout en pudeur que l'on retrouve dans ses slams sur l'amour, ces longs Voyages en trains qui finiront par le mener à destination vers «la» rencontre avec celle qui est entrée dans sa vie Comme une évidence.
Et si le spleen enrobe parfois ses inspirations nocturnes, comme dans La nuit, si la philosophie nourrit ses réflexions sur l'existence, ses étapes et ses Quatre saisons, Grand Corps Malade n'en garde pas moins un Mental de résistant (celui-là même qui lui a permis de se remettre d'un accident qui aurait dû le laisser cloué dans son fauteuil roulant), un regard positif et plein de malice sur les choses de la vie... Et de l'humour, beaucoup d'humour distillé, sous cape, dans des textes récités parfois a cappella comme L'appartement de célibataire ou, en accompagnement musical, comme Ma tête, mon cœur, mes c.... Mais toujours «slamés» avec une électrisante convivialité!
D'où les applaudissements en standing ovation d'un public sorti de ce concert de mots littéralement vivifié.
Respects GCM !
Dans la pénombre du Music Hall, une voix s'élève, grave, très grave, clamant, déclamant, scandant: «Le soleil éclaire notre papier qu'on avait gratté dans l'ombre pendant toute la nuit. La chaleur fait couler l'encre, nos mots quittent nos cahiers, nos voix sortent de l'ennui. Alors nous allons prendre la parole, monter sur scène pour un moment (...)» C'est par ces mots que Grand Corps Malade fait son entrée sur scène. Longue silhouette prenant appui sur une canne, en jeans et polo noir imprimé de sa devise en verlan «Ça peut chémar» (ça peut marcher), il avance parmi ses musiciens déjà installés pour entamer droit debout, face à un public déjà conquis, l'avant-dernier concert...
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