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Nos lecteurs ont la parole

Lettre à ma compagne

G. A. EDDÉ
Voilà plus de 43 ans, la compagne de ma vie me harcèle pour écrire. Il est vrai que très jeune encore, cet exercice était pour moi d'une facilité précoce ; je rédigeais mes rédactions françaises directement sans brouillon, inventant des citations garnies de guillemets et qui me paraissaient raisonnables. Même au baccalauréat, j'ai fait de même. Dans ce domaine donc, j'avais toujours récolté de l'estime... Mais tout cela date de près de 60 ans. C'est dire !
Tout au long de cette plus que quadragénaire union (que j'espère plus que centenaire), ma compagne aimante mais tenace me harcèle « Écris, écris. » Oui, mais pour le faire, que  fallait-il écrire ? Je n'ai pas d'idées, facteur essentiel de motivation, j'ai perdu mes relations avec l'orthographe et les conjugaisons. Enfin, un tas de petits problèmes. En plus écrire avec le dictionnaire sous la main ? Tout cela empêche l'élan de la plume. Et puis commencer à écrire dévoile l'auteur. Cela m'agaçait, je n'étais pas assez mûr pour m'y risquer (le suis-je maintenant) ?
Elle sans cesse « Écris, écris n'importe quoi , mais écris, je sais que tu peux , tu dois. » Contre vents et marées, constante dans son incessant harcèlement, elle continue, parfois humiliante (« Tu ne feras jamais rien ! Un raté , j'ai épousé un raté bluffé par la fougue de son amour, et sa jeunesse - j'ai dix ans de moins qu'elle, mais le centenaire se constate - Je suis une imbécile »).  
Maintenant, j'écris ce billet pour elle. Elle est là derrière moi, déchiffrant, la main tendrement sur mon épaule, penchée. Je me retourne légèrement pour constater son air triomphant, le petit verre en main, tendre sourire ironique. Elle a gagné. Elle a gagné. Oui, j'ai commencé à écrire un tas de choses rapidement comme je sens à la va-vite. Peut-être qu'un jour publiés ?
Satisfait de son combat, elle a un peu changé. Peut-être en mieux. Elle si critique (mais quand même très amoureuse) à mon égard, elle est devenue sereine. Elle ne sort plus, refuse de voir quiconque que nous trois, moi et les deux jeunes femmes à notre service. Elle régente tout comme d'habitude. Tout le monde est devenu docile à ses commandes (alors qu'avant, c'était trois chicaneuses). Il faut dire qu'elle a toujours raison : c'est un cerveau avec du cœur !
Elle ne sort plus, reste à la maison, invisible aux visiteurs, heureuse, heureuse dans son coin particulier : mon cœur. Et ce depuis le 27 mars dernier, date étrange coïncidant avec celle de la disparition de mon père en 42, même date, même jour, même heure.
À bientôt, ma compagne adorée. Tu me redonnes le bonheur et la joie de vivre avec toi.

G. A. EDDÉ 
Voilà plus de 43 ans, la compagne de ma vie me harcèle pour écrire. Il est vrai que très jeune encore, cet exercice était pour moi d'une facilité précoce ; je rédigeais mes rédactions françaises directement sans brouillon, inventant des citations garnies de guillemets et qui me paraissaient raisonnables. Même au baccalauréat, j'ai fait de même. Dans ce domaine donc, j'avais toujours récolté de l'estime... Mais tout cela date de près de 60 ans. C'est dire !Tout au long de cette plus que quadragénaire union (que j'espère plus que centenaire), ma compagne aimante mais tenace me harcèle « Écris, écris. » Oui, mais pour le faire, que  fallait-il...
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