« Après son meurtre, j'étais mû par la volonté de maintenir les liens nationaux et panarabes entre le Mont-Liban, le Liban et leur profondeur naturelle qu'est la Syrie. Après le quarantième, je suis allé saluer le président Hafez el-Assad. Ce fut dès lors une relation personnelle et politique de longue haleine qui a duré jusqu'à sa disparition en 2000 », a-t-il dit.
« Nous avons eu avec lui, avec la direction syrienne, le peuple et l'armée, des luttes et des épopées communes pour la sauvegarde de l'arabité du Liban et le maintien du lien objectif libano-syrien face à Israël. »
« Aujourd'hui, je vais en terminer avec cette phase. À l'époque, j'avais dit : je pardonne, mais je n'oublie pas. À présent, je pardonne et j'oublie. Je ne désire pas léguer des haines aux futures générations ou à celui qui va me succéder à la tête de cette maison, et ce sera probablement Taymour », a poursuivi M. Joumblatt.
« Mardi 16 mars à Moukhtara (demain), il n'y aura rien. Je chargerai le lieutenant-colonel Charif Fayad (haut responsable au sein du PSP) d'aller avec Taymour déposer une fleur (sur la tombe de Kamal Joumblatt), de refermer cette blessure et d'entrer dans l'oubli. Je ne veux plus y penser. L'affaire est close. »
« Taymour aura la tâche de mettre fin à une phase et, le moment opportun, sera en charge d'ouvrir une autre et avec lui, le parti », a-t-il dit.
« À cette occasion, et étant donné qu'il s'agit ici d'un lien renoué entre le Liban et la Syrie, entre les druzes arabes et la Syrie, je voudrais dire ceci : à un moment de colère, j'ai tenu des propos indécents et illogiques à l'adresse du président Bachar el-Assad. C'était un moment de grande tension intérieure et sectaire au Liban, de formidable division. C'était, comme disent les sages druzes, un moment d'abandon où j'ai glissé du domaine du public vers le privé. »
« Pour la consolidation des relations libano-syriennes, entre les deux peuples et les deux États, et entre les druzes arabes au Liban et en Syrie, le président syrien pourra-t-il surmonter cet instant-là et ouvrir une nouvelle page ? Je ne le sais pas. En tout état de cause, voilà ce que j'avais à dire à l'occasion du 16 mars », a-t-il ajouté.
« De quoi sera fait le futur ? Je ne le sais pas. J'espère qu'il sera meilleur. Kamal Joumblatt aspirait à un Orient nouveau. J'espère que Taymour pourra connaître cet Orient nouveau auquel rêvait son grand-père, un Orient arabe, démocratique, laïc, non confessionnel. »
Au sujet de la nouvelle phase dans les relations libano-syriennes, il a indiqué voir ces relations « dans les cadres que nous avions posés ensemble après nos sacrifices communs avec le président Hafez el-Assad, et qui ont été couronnés par l'accord de Taëf ».
Cet accord « stipule clairement que le Liban ne conclura pas de paix ni d'arrangement quelconque avec Israël, à l'exception de la clause relative à l'armistice, et ce jusqu'à la solution globale et le retour du Liban des réfugiés palestiniens, et entretiendra d'autre part des relations privilégiées avec la Syrie ».
« Dans l'intérêt des druzes et de cette relation, je le répète : sont-ils prêts à tourner la page ? » s'est-il encore interrogé.
La révolution du Cèdre a « réalisé des rêves »
« Les fondements de la confrontation n'ont pas changé. L'agression contre la terre arabe et islamique est israélienne, occidentale et américaine et elle prend à chaque instant des formes différentes. C'est pourquoi la confrontation reste nécessaire dans les limites de ce qui est possible dans ce petit pays qu'est le Liban », a poursuivi le chef du PSP.
Tout en se prononçant pour l'option de la « confrontation » et de la « résistance », il a dit : « Dans le même temps, j'ai le droit de me poser la question de savoir si nous serons seuls, nous Libanais, à combattre et à résister. Une partie des Libanais ont des craintes à ce sujet et veulent savoir de quoi sera fait l'avenir. Je suis un politicien chevronné, comme on dit. Je suis familier des coups durs comme des victoires et le réalisme doit souvent l'emporter. Mais une partie des Libanais restent accrochés à un seuil minimal. »
Pour lui, « il n'y a pas de contradiction entre indépendance et relation privilégiée avec la Syrie ou avec la résistance, l'arabité et la Palestine ».
« Hélas, nous ne sommes pas parvenus, dans le dialogue, à concilier ceux qui défendent à juste titre la résistance et ceux qui réclament que l'État soit le résistant. Comment unir les deux ? » s'est-il encore demandé.
« Lorsque le moment sera opportun, il vaudra mieux que la résistance soit intégrée progressivement et de manière responsable dans l'État et l'armée. Il y a aujourd'hui un fait accompli que nous acceptons, nous dialoguons pour dégager un seuil minimal d'entente, nous attendons et nous consolidons la scène intérieure jusqu'au jour où les circonstances permettront d'instaurer un État fort et ferme », a-t-il insisté.
Niant avoir attaqué le peuple syrien, comme l'en a accusé le journal al-Watan, il a repris : « Aujourd'hui, je dis à tout le peuple syrien que notre destin est commun. Nous sommes deux peuples sur une même terre, mais dans le cadre de deux États. C'est pourquoi, il nous faut des relations politiques et économiques. »
« Je ne suis pas en mesure de déterminer si ma visite auprès de la direction syrienne aura lieu ou pas. S'ils m'invitent, je n'y verrai aucun inconvénient. Je crois que mes propos sont suffisants », a encore dit M. Joumblatt.
Affirmant qu'il entend garder l'option « centriste » et qu'il n'y a pas d'alternative au dialogue, il a lancé : « Nous avons le droit de rêver d'un État fort. La révolution du Cèdre a réalisé beaucoup de rêves. »
Et de conclure sur un rappel de la réconciliation de la Montagne en 2001, sous le parrainage du patriarche Nasrallah Sfeir et de lui-même, et d'un hommage aux « martyrs innocents » (chrétiens) tombés dans le Chouf dans la foulée de l'assassinat de Kamal Joumblatt.


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