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Liban - Diaspora

Pèlerinage aux sources pour Carlos Slim, l’homme aux 52,5 milliards

Le grand homme d'affaires Carlos Slim, première fortune mondiale selon « Forbes », était hier l'hôte de Bkerké et de la Fondation maronite dans le monde.

Il est normal que le capital aille aux capitaux. Mais le cœur aussi a des lieux qu'il doit visiter. Il faut insérer la visite de Carlos Slim au Liban dans un contexte plus large que celui d'un magnat venu voir comment il peut élargir sa fortune. Initiée par la Fondation maronite dans le monde, cette visite s'insère dans une dynamique plus humaine : intéresser les Libanais de la diaspora à la mère patrie, provoquer un mouvement de reflux vers le Liban de cette grande vague d'émigration qui les a portés vers le monde. Il s'agit de rapatrier le cœur, avant le portefeuille. De montrer aux maronites combien il importe de rester en contact avec le berceau de leur Église, combien il importe que le Liban continue d'adhérer à ce modèle de pluralisme qui lui a été donné par l'histoire comme destin et vocation, et combien à cet égard la présence chrétienne est déterminante.
C'est le véritable sens de la visite que Carlos Slim, l'homme le plus riche du monde selon le magazine Forbes, qui estime sa fortune à plus de 52,5 milliards de dollars, effectue en ce moment au Liban. Elle a pour but d'abord de permettre à cet ingénieur et homme d'affaires, qui possède 70 % du secteur des télécoms au Mexique, de renouer avec ses racines et son identité, ou plutôt celle de son père, puisque lui-même est né au Mexique. Hier, ce descendant de maronites a, pour la première fois, mis les pieds au siège patriarcal de Bkerké, où une messe à ses intentions et un déjeuner en son honneur ont été organisés par la Fondation.
Ce n'était pas le premier contact de Carlos Slim avec le patriarche, qu'il a rencontré au Mexique, lors d'un de ses voyages pastoraux en Amérique, et ce n'était pas non plus son premier voyage au Liban, où il est venu une première fois en 1964. Mais l'homme, selon ses proches, « avait mis une croix sur le Liban », importuné et harcelé par des sollicitations qui n'étaient pas toujours transparentes. La présente visite est donc pour lui un nouveau départ. Elle paverait la voie à des contacts ultérieurs, plus concrets.
Dans son homélie, le patriarche s'est dit particulièrement heureux d'accueillir à Bkerké Carlos Slim, affirmant que « l'Église maronite est fière de l'avoir pour fils », avant de rappeler que « la richesse selon le monde n'est rien », si elle ne se double d'une « richesse selon Dieu ». Cette sobre parole est également tombée dans les oreilles de deux autres prestigieux hommes d'affaires qui se trouvaient là : Gilbert Chaghouri et Carlos Ghosn, PDG de Renault et Nissan, qui s'est arrêté à Beyrouth pour l'occasion, sur son chemin vers Tokyo, ainsi que dans celles de l'ambassadeur du Mexique et de dizaines de prestigieuses personnalités maronites membres de la Fondation. Un grand absent, le président de cette Fondation, Michel Eddé, retenu aux États-Unis.
À l'issue de la messe, au cours d'un déjeuner offert en son honneur, Carlos Slim a brièvement pris la parole pour dire sa joie et sa fierté d'être accueilli si chaleureusement « dans un pays que son père aimait tant ». Il a également relevé cette marque si caractéristique de la culture libanaise qu'est le sens de l'hospitalité et celui de la famille. Enfin, il s'est dit confiant que le Liban, un pays « plein d'énergie », saura prendre le chemin du développement économique, grâce aux liens qui pourraient se tisser entre les communautés résidente et émigrée.

Un modèle de réussite
Le vice-président de la Fondation maronite dans le monde, Nehmat Frem, a ensuite prononcé un mot de bienvenue, explicitant par ailleurs le sens de l'invitation adressée à Carlos Slim.
« Nous avons devant nous l'un des modèles les plus brillants de la réussite des Libanais d'outre-mer », a-t-il commencé par dire, avant de rendre hommage aussi bien au sens de l'entreprise de son hôte qu'à son engagement dans la création d'emplois et une large variété d'actions humanitaires « qui a rendu célèbre sa générosité anonyme ».
Et de poursuivre : « Le Liban figure en tête des pays comptant sur les virements de ses expatriés. L'économie locale compte de façon significative sur les 7 milliards de dollars virés annuellement vers le Liban par les émigrés, un montant qui représente environ 20 % du PIB. »
« Hélas, a-t-il ajouté, avec le temps, les descendants d'émigrés libanais ont perdu le contact avec leur patrie. » Et de prendre en exemple les registres officiels qui montrent que 75 % des Libanais sont toujours célibataires.
« Ce qui veut dire, a-t-il commenté, que des centaines de milliers de mariages contractés à l'étranger n'ont pas été enregistrés au Liban. »
« En tant que Fondation maronite dans le monde, nous sommes hautement concernés par ces chiffres. Nous pensons qu'un équilibre délicat entre les communautés au Liban est essentiel à l'existence et à l'harmonie interne du Liban, et percevons donc l'émigration des maronites et des autres chrétiens comme un danger immédiat pour l'existence du Liban. »
« Nous estimons que le Liban doit être considéré non seulement comme un message de liberté, mais aussi comme un exemple viable d'une société pluraliste et multiculturelle prospérant dans la paix et l'harmonie (...). Nous pensons que la diaspora doit participer au quotidien à notre activité économique, sociale, culturelle et politique (...). Il y a un rêve libanais et il doit être perpétué. »
Après Bkerké, Carlos Slim a été reçu à la nonciature apostolique, avant de se rendre au couvent d'Annaya, où il a visité la tombe de saint Charbel, et où une relique du saint lui a été remise, ainsi qu'à son fils, Patrick, dont la dévotion à l'ermite d'Annaya est grande.
Aujourd'hui et demain, Carlos Slim et la délégation qui l'accompagne seront, respectivement, à Jezzine, son village natal, et dans la région des Cèdres et de Kannoubine. L'homme d'affaires quitte le Liban mercredi.
Il est normal que le capital aille aux capitaux. Mais le cœur aussi a des lieux qu'il doit visiter. Il faut insérer la visite de Carlos Slim au Liban dans un contexte plus large que celui d'un magnat venu voir comment il peut élargir sa fortune. Initiée par la Fondation maronite dans le monde, cette visite s'insère dans une dynamique plus humaine : intéresser les Libanais de la diaspora à la mère patrie, provoquer un mouvement de reflux vers le Liban de cette grande vague d'émigration qui les a portés vers le monde. Il s'agit de rapatrier le cœur, avant le portefeuille. De montrer aux maronites combien il importe de rester en contact avec le berceau de leur Église, combien il importe que le Liban continue d'adhérer à ce modèle de...
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