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Culture - Festival Al-Bustan

«Romeo and Juliet», ou la version jubilatoire de l’underground new-yorkais

La troupe du Nature Theater of Oklahoma a présenté à la LAU, dans le cadre du Festival al-Bustan, une version très décalée de « Romeo and Juliet ». Résultat : une « tragédie » de Shakespeare joyeusement foutraque, qui met sens dessus dessous les conventions et les pratiques sociales du théâtre.

Qui connaît l’histoire, toute l’histoire, de Roméo et Juliette ? (DR)

Si tout le monde connaît ou croit connaître Romeo and Juliet, la plus célèbre histoire d'amour tragique, pas si sûr que chacun en ait retenu la même chose. C'est à partir de cette simple constatation que Kelly Cooper et Pavol Liska, qui ont conçu et mis en scène ce spectacle, ont eu un trait de génie: interviewer des gens de leur entourage en leur demandant de raconter la fameuse tragédie shakespearienne. Bien sûr, tout dérape. Bien sûr, c'est drôle. Et bien sûr, on rigole de bon cœur. Mais pourquoi sommes-nous sortis de cette première soirée avec un pincement au cœur? Parce que le public (ou plutôt la majeure partie des étudiants ici présents) n'a pas complètement saisi ce spectacle au second degré? Que certains aient quitté en pleine séance ne peut être discutable car relevant des pratiques démocratiques. Mais ce qui est regrettable et ne saurait être toléré en aucune circonstance, c'est le manque de respect total, manifesté à la fin de la pièce, envers des acteurs qui récitaient un extrait de la fameuse scène du balcon. Rigolades, chuchotements, bousculades pour sortir... Certains se sont même «amusés» à éclairer la scène plongée dans le noir. Excédé, le metteur en scène est apparu, au final, pour demander à cette horde d'irrévérencieux de sortir de la salle s'ils ne voulaient pas assister à la discussion avec la troupe qui devait suivre la représentation.
Mais revenons à l'essentiel, c'est-à-dire à nos fameux amoureux de Vérone. C'était bien Vérone, n'est-ce pas? Qui se rappelle des noms des familles et personnages qui entourent le célèbre couple? Au fait, qui est empoisonné, qui est poignardé? L'union des deux amoureux a-t-elle été consommée? Autant de questions soulevées au cours du spectacle. Le spectateur, intrigué, sollicité, réalise avec amusement que ce n'est pas évident, en effet, de faire un résumé cohérent de l'intrigue au pied levé.
La pièce est en fait un montage des réponses données par les interviewés. À tour de rôle, Juliette (Élisabeth Conner) et Roméo (Robert M. Johanson), ou tout du moins des comédiens habillés à la manière des célèbres héros (justaucorps à jabot pour lui, robe romantique et couronne de fleurs pour elle), viennent jouer de façon élisabéthaine ces témoignages contemporains sur la pièce. Les bribes de récits, entrecoupées de trous de mémoire, sont restituées avec force de mimiques stéréotypées par les acteurs qui écoutent ces curieuses conversations par oreillettes. En effet, et il s'agit là d'une particularité de la troupe, le jeu repose sur un dispositif par lequel les acteurs entendent leur texte préenregistré. «Ce dispositif projette la parole dans le présent en court-circuitant le processus de remémoration et surtout - ce qui est plus gênant - son corollaire: la dissimulation de cet effort», indiquent les metteurs en scène. On ne peut que rire à l'écoute de ces récits mêlant des citations issues de mémoires qui flanchent, des parallèles improbables (y compris avec les événements du 11-Septembre), ou des confessions personnelles (l'amour porté à l'étudiante qui lisait Roméo et Juliette en salle de gym...). À notre propre étonnement, peu à peu, émerge de tout cela la véritable histoire des Montaigu et des Capulet.
Sous un aspect ludique, nous sommes donc conviés à une réflexion sur le théâtre, le pouvoir des histoires, la mémoire collective et, bien sûr, l'amour.
 «Ce qui nous intéressait était la relation que chacun entretient avec cette fable, les attentes, les images, les interprétations qu'elle suscite. Ce spectacle s'inscrit dans une recherche que nous menons sur la tradition orale», précisent encore les fondateurs de la troupe dont le nom est né du rêve de Kafka dans son dernier roman, laissé inachevé. «Rêve d'un espace et d'une dramaturgie théâtrale qui décloisonnent scène et salle, théâtre et ville, où intérieur et extérieur cohabitent dans un espace continu et unique», raconte Pavol Liska.
On l'aura compris, cette troupe qui nous vient de la Grosse Pomme, du Off-Off Broadway, entend renouer avec l'essentiel, c'est-à-dire la tradition orale du spectacle, sans effets de manche ni strass et paillettes. Non conformiste, elle propose des performances étonnantes de fraîcheur et de provocation sous la direction de Pavol Liska et Kelly Copper. Elle est américaine, lui vient de Slovaquie. Tous deux ont été formés au Dartmouth College, puis ont migré à New York. Kelly Copper a fait partie de la MaMa Experimental Theater et Pavol Liska a joué avec Richard Foreman. La compagnie s'est forgé une excellente réputation aux States comme en Europe, dans sa manière underground de trouver des angles d'attaque originaux où la vie quotidienne, la culture populaire et des sources littéraires jouent souvent un rôle et se combinent de façon surprenante.
Minimaliste dans la forme, audacieuse dans le fond, la pièce repose sur un jeu très physique, qui met l'accent sur la voix et le corps. Entre pastiche kitsch du théâtre amateur, sitcom de télévision et performance «arty» de l'underground new-yorkais. Ou bien encore vertigineuse mise en abîme de tout cela...
Si tout le monde connaît ou croit connaître Romeo and Juliet, la plus célèbre histoire d'amour tragique, pas si sûr que chacun en ait retenu la même chose. C'est à partir de cette simple constatation que Kelly Cooper et Pavol Liska, qui ont conçu et mis en scène ce spectacle, ont eu un trait de génie: interviewer des gens de leur entourage en leur demandant de raconter la fameuse tragédie shakespearienne. Bien sûr, tout dérape. Bien sûr, c'est drôle. Et bien sûr, on rigole de bon cœur. Mais pourquoi sommes-nous sortis de cette première soirée avec un pincement au cœur? Parce que le public (ou plutôt la majeure partie des étudiants ici présents) n'a pas complètement saisi ce spectacle...
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