À la table de dialogue comme en dehors d'elle, les positions des deux camps en présence restent diamétralement opposées. Et celui qui l'a exprimé le plus clairement, hier, c'est l'ancien ministre Wi'am Wahhab, qui s'est déchaîné à partir du domicile du président Émile Lahoud, à Yarzé, contre une rencontre qualifiée par lui de « carnavalesque ».
Est-ce parce qu'il n'y a pas été convié ? Peut-être. Toujours est-il que Wahhab a lucidement diagnostiqué le mal : entre les deux camps en présence, a-t-il dit, il existe « des divisons politiques, culturelles et idéologiques ». Bien dit !
Après avoir vertement critiqué les critères retenus par le chef de l'État pour choisir les 18 membres de la conférence de dialogue - une « grave erreur » selon lui -, M. Wahhab a estimé que les divisions entre les deux camps sont irréductibles et que la conférence de dialogue « ne donnera rien, ni aujourd'hui, di demain, ni dans cent ans ».
« Il existe, a dit - sur un ton un peu réducteur -, l'ancien ministre, deux projets antinomiques : celui d'un Liban fort et celui d'un Liban soumis aux Israéliens. Ces deux projets ne se rencontreront jamais. »
Avec la verdeur de langage qu'on lui connaît, M. Wahhab a également mis en doute les motivations qui ont poussé le chef de l'État à convoquer la conférence du dialogue national. « Il faut le lui demander, a-t-il lancé aux journalistes qui l'interrogeaient à ce sujet. Il faut que vous voyiez les appels et communications qui viennent de jour et de nuit de certaines capitales. »
M. Assem Kanso, également reçu par M. Lahoud, n'a pas été en reste. C'est « à la demande des Américains et de Ban Ki-moon que le chef de l'État a convoqué la table de dialogue, selon ce député membre dirigeant du parti Baas.
La conférence de dialogue, a-t-il estimé « est mort-née (...) ; elle porte en elle ses propres contradictions ».
Contre-pied
Prenant le contre-pied de ces jugements sans nuance, le député Antoine Zahra (Forces libanaises) a approuvé hier des propos confiés par le chef de l'État à un quotidien saoudien, affirmant que « la tâche fondamentale de la défense des frontières du Liban appartient à l'armée, sauf si elle a le dessous, alors tout Libanais peut devenir une résistance pour faire face à l'agression ».
Pour Zahra, « le mode de présence des armes du Hezbollah empêche le relèvement de l'État ; il possède un rôle régional qui a émergé à diverses occasions ».
« Les armes du Hezbollah sont une excellente ressource défensive, a ajouté M. Zahra, mais de pareilles ressources doivent être placées sous le commandement des autorités constitutionnelles ; c'est là un point de nature stratégique. »
Pour prévenir une agression, a-t-il ajouté, il est d'autres arguments que celui des armes, et notamment « les relations arabes et internationales » du Liban.
Entre-temps, il existe, sur le plan interne, « un camp qui s'impose aux autres par la force », a averti M. Zahra, avant d'ajouter : « Nul ne peut, au Liban, se faire l'illusion de croire qu'il pourra traiter de haut avec les autres, sans jeter tous les Libanais dans une crise. »
Pour sa part, le député Ammar Houry (Courant du futur) a de nouveau insisté hier sur la nécessité d'un parrainage de la Ligue arabe pour la conférence du dialogue national.


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