Je me permets une réflexion au sujet brûlant des armes de la Résistance. Une question difficile à résoudre car, pour bien la comprendre, il faut retourner aux années soixante-dix du siècle passé. La communauté qui détient exclusivement aujourd'hui ces armes avait vécu à ses dépens l'accord du Caire et ses conséquences néfastes sur la population chiite du Liban-Sud. Je me rappelle très bien que ces régions, villes et villages, prés et champs, subissaient alors les bombardements sauvages de l'aviation ennemie, tandis que nous, Libanais de l'au-delà du Litani, continuions notre train de vie dans une indifférence totale à Beyrouth ou n'importe où ailleurs. C'était comme si ce qui se passait au sud du pays ne nous touchait que fort peu.
Remettons aujourd'hui, et après plusieurs décennies, cette situation dans son contexte actuel. Chaque Libanais chiite du Sud a le droit de se poser la question : devrais-je déposer les armes et revivre l'enfer qu'ont vécu mes parents et me voir tuer, me réfugier ou démunir de mes droits sur cette partie du Liban ? Ajoutons à cela un devoir religieux de résistance contre un ennemi dont l'anéantissement ouvrira la voie au retour des prophètes et messie, d'où l'établissement du règne définitif de la justice divine sur notre planète. Une situation de défi pour toutes les autres composantes communautaires du pays. Des communautés non armées à la recherche d'un État de droit englobant toutes les composantes du pays.
Quelle solution devrons-nous envisager pour le pays si cette situation devait se perpétuer ? Ne serait-ce pas dans l'application textuelle de la clause déguisée de la fédération communautaire dans la Constitution de Taëf appelée pudiquement « décentralisation poussée de la société libanaise » ?


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