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Liban - Conférence

Les élèves du public défavorisés dans l’apprentissage du français au préscolaire

L'apprentissage du français au préscolaire est un processus long et progressif. L'erreur, elle, est une nécessité pour bien intégrer le processus d'apprentissage et ne doit pas être source de brimades de la part des enseignants.

Les automatismes de construction d’une phrase ne s’acquièrent qu’à l’oral.

À l'heure où le recul de la langue française au Liban fait débat, un séminaire sur « le français au préscolaire » a réuni le service de coopération et d'action culturelle de l'ambassade de France, le Centre de recherche et de développement pédagogique (CRDP) et le ministère de l'Éducation et de l'Enseignement supérieur.
L'état des lieux du français au préscolaire au Liban est loin d'être homogène. La réalité diffère de l'école publique à l'école privée. Elle diffère aussi d'une région à une autre du pays, ou d'un milieu socio-économique à un autre. La différence commence à l'âge de la scolarisation, qui n'est pas le même dans les deux secteurs. Car à l'école privée, les enfants sont scolarisés dès l'âge de trois ans, en petite maternelle, alors que dans le secteur public, ce n'est qu'à partir de quatre ans que les enfants ont accès à l'école, en grande maternelle. Sans compter que nombre d'écoles publiques n'ont toujours pas de classes maternelles. Une carence que le ministère de l'Éducation envisage de combler, dans une réforme annoncée.

Inégalité des chances  
« Le français bénéficie officiellement et en surface d'un statut précoce et privilégié au Liban, mais en réalité, une grande catégorie de la population souffre d'inégalité voire d'injustice dans l'apprentissage de cette langue », constate la responsable du département de français au CRDP, Marcelle Khorassandjian. « Dès leur plus jeune âge, les enfants libanais n'ont pas tous les mêmes chances d'apprendre le français », affirme-t-elle. Elle précise, à titre d'exemple qu'à l'école publique, l'éducatrice du préscolaire n'a aucune contrainte concernant l'usage de la langue française, mais qu'elle est libre, depuis la réforme, de passer à sa guise de l'arabe au français ou à l'anglais. « Une éducatrice mal à l'aise en français évitera de s'adresser aux enfants dans cette langue », déplore-t-elle. Et d'observer qu'il n'en est pas de même dans l'enseignement privé, où « le choix des langues est fonction de la politique de chaque établissement ».
Au Liban, comme ailleurs, l'apprentissage des langues à l'école est un facteur de reconnaissance de la qualité de l'établissement scolaire. « Un enfant qui parle deux langues de manière précoce a davantage les capacités pour l'apprentissage d'une troisième langue », affirme Juliette Bonnefond, conseillère pédagogique auprès de l'ambassade de France. Elle précise que l'enfant, même celui qui présente des difficultés scolaires, bénéficie d'une souplesse auditive, d'une capacité d'imitation et de mémorisation, lui permettant l'apprentissage d'une langue étrangère, sans le moindre blocage. Mme Bonnefond insiste aussi sur l'importance du préscolaire, dont la tâche essentielle est de « développer le langage de l'enfant ». Placé au sein d'activités, ce langage devient un instrument de communication.

Apprendre avec plaisir
Se basant sur les statistiques du CRDP, elle estime que le secteur préscolaire doit être consolidé. Selon les chiffres de 2007-2008, on comptait
29 553 élèves dans le secteur préscolaire public, alors que les besoins effectifs se chiffraient déjà à 40 000 places. Par ailleurs, sur 4 974 enseignantes du préscolaire public, seulement
1 336 étaient diplômées. D'où la nécessité « d'ouvrir de nouvelles classes et d'embaucher des enseignantes diplômées ». La conseillère pédagogique met aussi en garde contre le danger que le préscolaire ne ressemble trop à l'école primaire, alors qu'il marque juste le début de l'apprentissage. « L'enfant de 4 ans ne peut pas se concentrer trop longtemps sur une même tâche », affirme-t-elle à ce propos.
Si le bilinguisme précoce est matière à débat pour certains, « l'acquisition d'une langue étrangère au préscolaire contribue à la réussite scolaire », affirme Marisa Cavalli, chercheuse à l'ancien institut de recherche éducative du Val d'Aoste, région autonome d'Italie qui revendique son bilinguisme. Mme Cavalli ajoute que l'apprentissage précoce d'une langue étrangère est non seulement « compatible avec la maîtrise de la langue maternelle, mais qu'elle favorise celle-ci ». « Cet apprentissage développe les capacités d'éveil de l'enfant et son agilité intellectuelle. Il élargit son horizon culturel », note-t-elle, tout en invitant les enseignants à ne pas se contenter d'une seule langue. « Tous les enfants doivent bénéficier du bilinguisme et non seulement ceux appartenant à une élite », souligne-t-elle.
La chercheuse déconseille le cloisonnement des langues et estime « nécessaire de tisser des passerelles entre l'enseignement de la langue maternelle et celui d'une langue étrangère ». Mme Cavalli juge aussi nécessaire « d'encourager et de motiver l'enfant à l'apprentissage des langues ». Elle observe que le français est une langue exigeante, et met les enseignants en garde contre la démotivation des enfants, par les brimades ou l'exigence de la perfection. « Les langues doivent être apprises avec plaisir et l'enfant doit avoir envie de pratiquer une langue », insiste la chercheuse, ajoutant qu'il est important de consacrer le temps adéquat à l'apprentissage d'une langue étrangère. Et d'inviter les enseignants à dédramatiser la notion d'erreur, pour permettre à l'élève de prendre des risques.

L'erreur, une nécessité
Car « l'erreur de l'enfant est une nécessité pour un bon apprentissage », renchérit Gilbert Dalgalian, psycholinguiste et ancien directeur pédagogique de l'Alliance française de Paris. Il affirme que « c'est en prenant la parole que l'enfant deviendra parleur ». « Sans passage à l'acte, il n'y a pas d'apprentissage. D'approximation en approximation, il améliorera ses performances », explique-t-il, précisant que l'acquisition par approximation permet à l'enfant d'optimiser progressivement sa performance jusqu'à trouver le bon mot. « C'est un long processus, observe M. Dalgalian. Il est nécessaire de motiver l'enfant, de l'amener à passer à l'acte et à s'exprimer par le jeu, par des activités, par des chansons, par des séances de marionnettes ». « Il prendra ainsi davantage confiance à chaque passage à l'acte », note-t-il, tout en insistant sur le fait que « le bain linguistique doit être intensif et quotidien ». Et de préciser que les automatismes de construction d'une phrase ne s'acquièrent qu'à l'oral.
Le linguiste tient aussi à faire la différence entre la compréhension et l'apprentissage. « Comprendre n'est pas apprendre », souligne-t-il, indiquant que la compréhension n'est que le début du processus d'apprentissage. Rejoignant les affirmations des autres spécialistes sur la qualité des enseignements, M. Daglalian affirme qu'enseigner n'est pas la garantie que l'enfant apprenne. « Si le discours magistral est parfois nécessaire, il est souvent abusif et excessif », estime-t-il. Et de conclure sur cette affirmation que « le maître doit savoir se mettre en retrait pour encourager l'initiative de l'élève et la concrétisation de ses savoirs linguistiques dans des produits ».
Dans l'espoir que l'école libanaise saura tirer profit de ces quelques conseils judicieux...
À l'heure où le recul de la langue française au Liban fait débat, un séminaire sur « le français au préscolaire » a réuni le service de coopération et d'action culturelle de l'ambassade de France, le Centre de recherche et de développement pédagogique (CRDP) et le ministère de l'Éducation et de l'Enseignement supérieur. L'état des lieux du français au préscolaire au Liban est loin d'être homogène. La réalité diffère de l'école publique à l'école privée. Elle diffère aussi d'une région à une autre du pays, ou d'un milieu socio-économique à un autre. La différence commence à l'âge de la...
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