Forts mais mortels
Je suis une personne qui n'adhère à aucune équation, à aucune formule.
Vers où va ce monde?
Je suis X, j'ai mes pouvoirs, j'ai de la notoriété, je suis libre, j'agis librement, je fous la pagaille.
Je suis Y, j'ai des gardes du corps, je m'impose en société, je suis fort.
Je suis Z, j'ai des armes, je sème la terreur.
Et nous, les a, b, c, d, e, f, g..., les jeunes qui cherchons à vivre, à réussir modestement, qui investissons dans l'avenir et croyons en notre pays ?
Malheureusement, de nos jours, l'arme la plus forte n'est plus l'éducation, l'honnêteté, la responsabilité, le respect de soi et des autres, mais qui est le plus fort. Dis-moi ce que tu as en quantité (pas en qualité) et je te dirai qui je suis. Telle est la devise de nos jours.
Ça suffit! Justice devrait être faite, sans piston.
Et on se demande pourquoi notre jeunesse s'en va vers d'autres cieux... Pourquoi ? Tout simplement parce que nous sommes entourés de X, Y, Z qui pensent et croient qu'ils sont les plus forts. Mais ce qu'ils ignorent, c'est qu'ils ne sont pas immortels.
Fils et filles de famille
Deux fois au cours de ma vie, je me suis prévalue d'être la fille de mon père. La première fois, ma brillante interlocutrice me fit remarquer, à juste titre, qu'elle avait eu - elle aussi - un père exceptionnel. La seconde fois, ce fut devant le ministre de la Justice qui m'infligea une superbe leçon d'humilité... Je pris alors conscience que je n'avais en rien contribué à la réussite de mon père et que sa disparition prématurée ne me rendait en rien responsable de sa succession. Au nom de quelle éthique doit-on cloner la vie de ses parents et se revendiquer d'eux pour justifier notre légitimité d'exister ? Les êtres libres n'ont-ils pas la décence de ne se prévaloir de leurs origines que pour rendre hommage au capital spirituel qui leur a été transmis en héritage, à savoir cette culture de la pauvreté qui rend à chaque être humain son espace de reconnaissance ? Nos fâcheuses habitudes orientales de transmission abusive des héritages politiques, économiques et professionnels auront-elles raison du mérite des plus humbles - mû par un noble désir d'humanité et non par une quelconque velléité de gratification ou de notoriété - d'être en paix avec eux-mêmes et debout devant Dieu, dans le respect de l'altérité ? Ne sommes-nous pas tous « des fils et des filles », nécessairement nés d'un père et d'une mère suffisamment généreux pour nous avoir transmis la vie et suffisamment aimants pour nous avoir donné la liberté de choisir ce que nous voulons en faire ?
Deux exemples récents, l'un à la Maison-Blanche de Washington et l'autre à la Maison Blanche de Sodeco, nous ont montré que la dignité humaine n'est pas une affaire d'héritage : c'est une disposition de l'âme et de l'esprit à reconnaître à l'autre le droit d'exister dans sa différence et à se rendre à l'évidence que l'on ne peut nier l'autre sans se nier soi-même. Que deviendrait un roi sans ses sujets ou un élu sans ses électeurs ? Que deviendraient les fils et les filles de famille sans une forte dose d'humilité ?...
Mauvaise pioche
Démolir... la pierre, la mémoire, le passé. Démolir. Finalement, pourquoi pas ? Faire tabula rasa. Remettre les compteurs à zéro. Ne plus pleurer sur des arcades, des vies passées, des architectures dépassées. Doter la ville de béton, d'aluminium, de bling bling, d'argent et oublier les couleurs ocre et jaunes, beurk ! Faire de la ville une destination shopping, night life, yachts, champagne, show off et clinquant, et laisser tomber le patrimoine, la mémoire, termes éculés. Pourquoi s'embêter à défendre de vieilles pierres ? Refondre le paysage. Remodeler la ville. Arracher les arbres qui font de l'ombre au béton. Être avant-gardistes, modernes. Devenir les rois des tours et de l'artificiel. Que les pioches entrent en action ! Allez, plus vite que cela ! Il reste encore quelques petits palais branlants qui font tache, quelques détails architecturaux de jadis qui dérangent. Acheter encore des pioches. Ne surtout pas oublier de faire disparaître les musées, les endroits où la mémoire et la poussière s'accumulent.
Hier, sous les démolisseurs, le Studio Baalbeck, studio mythique du cinéma libanais, a disparu avec toutes ses archives, ses vieilles affiches, des dizaines d'années d'histoires et d'histoire. Quelques illuminés ont eu mal, ils auraient préféré voir l'endroit devenir un musée du cinéma. Un musée ? Quelle idée saugrenue dans une ville sans âme !


L'Iran ripostera de façon « décisive » à toute attaque, avertit son négociateur en chef