Le ministre de l'Information Tarek Mitri a participé hier à un colloque organisé au palais de l'Unesco à l'occasion du coup d'envoi du projet « Freedom Messengers Network » (« réseau des apôtres de la liberté »).
M. Mitri a notamment souligné que l'intérêt accordé aux droits de l'homme a pour conséquence de rehausser le niveau de l'information pour qu'elle défende le bien public, plutôt que de se laisser engluer dans les rivalités politiques et confessionnelles. « L'intérêt accordé aux droits de l'homme contribue à placer la vie politique libanaise dans le cadre du droit, afin que cette vie politique ne se réduise pas à une simple rivalité ou à un conflit de pouvoir mettant en jeu des fanatismes ou des inimitiés personnelles ou collectives », a notamment déclaré M. Mitri.
« En réalité, les moyens d'information qui se préoccupent des droits de l'homme contribuent à former une opinion publique, a souligné M. Mitri. Je ne vous cache pas qu'au Liban, il n'y a pas d'opinion publique, dans toute l'acception du terme. L'opinion publique n'est pas le public des partisans, des suiveurs ou ceux qui débordent d'enthousiasme. L'opinion publique n'est pas un public déterminé. Les moyens d'information qui accordent un intérêt aux droits de l'homme contribuent à former une opinion publique dont la fonction est de réclamer des comptes aux politiciens et aux organismes de l'État au nom de certaines valeurs. Ces valeurs, nous pouvons les nommer des valeurs universelles, mais elles sont aussi des valeurs nationales. Elles sont stipulées clairement dans la Déclaration universelle des droits de l'homme et dans les accords qui en découlent et qui ont été avalisés par le Liban. »
Et M. Mitri d'ajouter : « Le fait de réclamer des comptes aux politiciens et aux services étatiques au nom de ces valeurs et au nom de la Charte des droits de l'homme et de ce qui en découle revient à faire prévaloir la critique sur les insultes, en évitant que ces valeurs ne soient exploitées pour diaboliser l'adversaire. Nul n'ignore que nombre de moyens d'information chez nous agissent suivant une logique partisane, sans pour autant relever d'un quelconque parti. Pour les propriétaires de ces médias, les prises de position prennent le dessus sur le respect du droit des citoyens à la connaissance et au respect d'autrui, ces citoyens devant être considérés comme des individus à part entière et non pas comme une partie d'un public donné. »
« Tout le monde est d'accord sur le fait que l'information au Liban est libre et diversifiée, mais elle n'est pas indépendante, a poursuivi M. Mitri. Tout le monde sait qu'un travail professionnel sérieux nécessite une certaine indépendance. L'intérêt porté aux droits de l'homme augmente les possibilités d'indépendance. Parallèlement à l'indépendance, il est nécessaire de respecter des règles professionnelles strictes qui empêcheraient les journalistes de dévier de leur fonction sous le poids de la politique, dans le sens traditionnel du terme. L'une des principales règles à respecter est de faire preuve de rigueur dans l'exposé des faits, indépendamment des opinions, des préférences ou des préjugés. L'une des règles à suivre est de respecter la dignité des personnes, d'éviter de semer le doute, de nuire à la réputation des personnes et d'exercer la violence morale qui est intimement liée à la violence effective. La rivalité politique ne justifie nullement la violence morale. »
Après avoir souligné que « l'une des règles à suivre dans le domaine des droits de l'homme est de ne pas confondre les critères et les concepts », M. Mitri a déploré « l'excès de politisation dont le Liban est le théâtre », en ce sens qu'une portée politique réelle ou non, effective ou démesurée, est attribuée à tout événement, « de sorte que la dénonciation d'une erreur professionnelle est considérée comme une atteinte à la liberté d'expression, ou la défense des droits humains et civils des Palestiniens et des Irakiens résidant au Liban est considérée comme une menace d'implantation ou une atteinte aux intérêts des Libanais ».
Et M. Mitri de conclure : « L'une des règles professionnelles qu'il est également nécessaire de respecter est de ne pas dépasser le cadre de la fonction professionnelle en tant que telle, en ce sens qu'un journaliste n'est pas un juge qui rend des verdicts. Il est appelé à jouer un rôle critique de manière à permettre à l'opinion publique, au juge et l'administrateur de remplir à bien leur mission. »
Il convient d'indiquer sur un tout autre plan que M. Mitri a conféré hier avec l'ancien ministre Ibrahim Chamseddine.


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