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Liban - Éclairage

L’inertie gouvernementale, entre le dossier irano-occidental et le mécontentement syrien…

En dépit de la réunion du gouvernement samedi, les milieux politiques semblent ne plus avoir beaucoup d'espoirs dans la tenue des élections municipales à la date prévue. Le test de lundi au Parlement a donné une idée concrète de la paralysie des institutions et de leur incapacité à réaliser des réformes en dépit de la bonne volonté évidente du ministre de l'Intérieur Ziyad Baroud. Quel que soit le prétexte avancé, le résultat sera le même : un report programmé des élections pour ne pas « troubler le climat d'entente » qui règne actuellement. Lequel climat d'entente ne va pas jusqu'à parvenir à un accord sur la formation de la commission de contrôle des banques, pour ne citer que ce dossier.
De plus en plus de questions se posent sur ce qui est en train d'être appelé pudiquement « l'inertie gouvernementale ». Après tout, les bonnes fées saoudiennes et syriennes s'étaient bien penchées sur le berceau du gouvernement d'entente nationale. Alors pourquoi tarde-t-il à prendre les décisions de fond que le pays attend depuis des années ?
Selon des sources politiques « centristes », des raisons différentes entravent l'action du gouvernement. Pour certains, il s'agit essentiellement de ne rien entreprendre d'important avant de suivre les développements régionaux et notamment le dossier irano-occidental. Pour les partisans de cette théorie, l'assassinat du membre du Hamas Mohammad Mabhouh à Dubaï par des agents présumés du Mossad, selon l'ensemble de la presse occidentale, constitue un nouveau rebondissement dans les relations irano-occidentales. S'il est vrai que Mabhouh était un cadre important du Hamas (certains vont même jusqu'à le qualifier de Moghniyé du Hamas), il était aussi un des contacts entre l'organisation palestinienne et les Iraniens. De plus, son assassinat à Dubaï est aussi un coup porté au rôle de cet émirat qui constitue en quelque sorte « la fenêtre de l'Iran sur le monde arabe ». Quatre millions et cent mille Iraniens vivent dans le Golfe et les investissements iraniens dans cette région s'élèvent à 300 milliards de dollars. Quant aux échanges commerciaux entre l'Iran et Dubaï, ils s'élevaient l'an dernier à 11 milliards de dollars. Ce qui signifie que cet émirat est une place stratégique pour l'Iran, et la remise en cause de sa stabilité en le transformant en terrain d'action du Mossad est forcément un coup porté à l'Iran. Ajouté au projet de nouvelles sanctions, il mettrait sérieusement en difficulté le régime de la République islamique. Or c'est justement pour montrer que toutes ces mesures ne l'affectent pas que le président iranien Ahmadinajad s'est rendu hier à Damas, dans une visite assez spectaculaire, au timing important. Tout en reconnaissant l'existence de divergences sur certains dossiers, les dirigeants des deux pays ont répondu ainsi aux menaces israéliennes et occidentales en faisant front et cause commune. En affirmant se préparer à l'éventualité d'une guerre, les deux pays tiennent à rappeler que toute agression entraînera cette fois un affrontement total, et donc très coûteux. Pour les uns, il s'agit d'écarter ainsi toute possibilité de guerre, pour les autres, au contraire, ce ton est annonciateur d'une explosion certaine. En tout cas, certaines parties expliquent l'inertie du gouvernement par la volonté d'attendre l'issue du bras de fer entre l'Occident et l'Iran.
Pour d'autres, l'explication serait ailleurs. Elle résiderait dans le fait que contrairement à ce qui se dit dans les milieux officiels, la Syrie aurait des réserves sur l'attitude et la politique du Premier ministre Saad Hariri, et elle ne serait donc pas décidée à lui faciliter la tâche. À ce sujet, des sources libanaises proches de la Syrie révèlent que l'émir saoudien Moqren, qui s'était rendu récemment à Beyrouth, serait venu en fait demander au Premier ministre Saad Hariri de fixer un plafond aux discours des partenaires du 14 Mars à la cérémonie du 14 février. Saad Hariri a d'ailleurs personnellement tenu un discours d'ouverture, tout en restant fidèle aux principes défendus depuis 2005. Par contre, les mêmes sources affirment que les dirigeants syriens n'ont pas compris pourquoi l'ancien Premier ministre Fouad Siniora a pris la parole et ils ont estimé que son discours ne correspondait pas aux nouvelles données politiques. Les dirigeants syriens auraient ainsi, selon les sources libanaises, le sentiment d'avoir fait ce qu'il fallait pour montrer leur changement d'attitude à l'égard du Liban, mais du côté du 14 Mars, rien n'a changé dans le fond. D'autant que les personnalités chrétiennes du 14 Mars continuent de tenir le même discours à l'égard de la Syrie. Dans ce contexte, celle-ci ne serait plus intéressée à pousser vers une accélération du fonctionnement des institutions libanaises. Et, pour elle, il ne s'agit même pas d'exercer des pressions pour empêcher l'entente entre les parties, mais de les laisser faire et elles se débrouilleront seules pour ne rien entreprendre...
Que la cause de la paralysie actuelle réside dans l'attente des développements régionaux ou dans le mécontentement de la Syrie (elle est peut-être aussi dans ces deux interprétations à la fois), la situation actuelle reste confuse et la scène aussi bien régionale que locale semble ouverte à une nouvelle redistribution des cartes.
En dépit de la réunion du gouvernement samedi, les milieux politiques semblent ne plus avoir beaucoup d'espoirs dans la tenue des élections municipales à la date prévue. Le test de lundi au Parlement a donné une idée concrète de la paralysie des institutions et de leur incapacité à réaliser des réformes en dépit de la bonne volonté évidente du ministre de l'Intérieur Ziyad Baroud. Quel que soit le prétexte avancé, le résultat sera le même : un report programmé des élections pour ne pas « troubler le climat d'entente » qui règne actuellement. Lequel climat d'entente ne va pas jusqu'à parvenir à un accord sur la formation de la commission de...
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