Mar Mikhaël a surtout bénéficié dernièrement d'un certain essoufflement de la rue Gouraud qui est saturée de cafés et restaurants, et dont l'accès et l'encombrement sont devenus un enfer. Le filon de Gemmayzé s'épuisant, les investisseurs ont porté leur dévolu sur Mar Mikhaël qui n'est que le prolongement géographique de son voisin Gemmayzé.
La multiplication des cafés, des restaurants bio, des activités artistiques, la hausse des prix de l'immobilier et l'arrivée d'une certaine élite socioprofessionnelle dans un quartier dit populaire sont des signes qui ne trompent pas : Mar Mikhaël peut devenir le quartier bobo (bourgeois-bohème) de Beyrouth.
Il est vrai que le quartier, qui s'étire de l'immeuble de l'EDL à l'ancienne gare ferroviaire, ne manque pas d'atouts : proximité du centre-ville, du port et du cœur d'Achrafieh, accès facile, bonne connexion autoroutière et faible densité urbaine. De plus, la préservation de quelques immeubles anciens de 2-3 étages le long de la rue du Fleuve, l'esprit « village » et « vieillot » lui donnent un charme spécifique capable de séduire les nostalgiques du Beyrouth d'antan.
Premier témoignage des mutations actuelles, le paysage commercial de Mar Mikhaël se restructure. Les fonctions initiales telles que les petits artisans et les activités liées à l'automobile sont poussées vers la sortie devant les demandes des enseignes de restauration. Dans la continuité de la rue Gouraud, le quartier séduit de plus en plus les professionnels du secteur à la recherche d'adresses bon marché. Les loyers sont sous pression. Il n'y a plus rien à moins de 200 dollars le m2 annuel.
Sur le plan résidentiel, une petite poignée d'immeubles sont en cours, souvent dessinés par des architectes locaux de renom. Si le nombre de projets est limité, l'intérêt des promoteurs est réel. Beaucoup prospectent à la recherche de la parcelle idéale. Mais les disponibilités restent rares. En définitive, le quartier Mar Mikhaël s'avère idéal pour de petits logements d'une à deux chambres à coucher de 120 à 250 m2. Les clients visés sont les cadres célibataires ou séparés, les expatriés habitués aux quartiers bobo des capitales occidentales et les nouveaux mariés. Les logements neufs se négocient sur plan de 2 800 à 3 000 dollars le m2. C'est 30 à 50 % moins cher que dans les beaux quartiers d'Achrafieh. À moyen terme, la rénovation du stock ancien serait l'investissement intelligent pour séduire des locataires étrangers naturellement attirés par ce type de quartier atypique.
Ainsi, le processus de régénération et de revalorisation de Mar Mikhaël est en marche. Toutefois, le mouvement va prendre du temps, freiné par la rareté des biens fonciers disponibles et la structure marchande existante qui n'est pas encore prête à céder sa place aussi facilement.
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