Selon un diplomate, en se rendant au Vatican, le chef du gouvernement a voulu mettre en relief le rôle que le Liban ambitionne le plus et le mieux, celui de creuset de dialogue mondial entretenu dans un centre, un siège social, que les Nations unies établiraient à Beyrouth. Un projet fermement défendu par le chef de l'État, le président Michel Sleiman.
En raison de liens séculaires étroits, le Liban compte donc sur le concours et l'entregent international du Saint-Siège. Dont on se remémore les multiples initiatives d'apaisement et d'assistance durant les sombres années de guerre, d'occupation et de tutelles que notre pays a endurées. La sollicitude vaticane a été jusqu'à désigner un émissaire spécial, installé à Jezzine, aux fins de mettre l'accent sur le soutien aux chrétiens du Sud-Liban. Depuis Jean-Paul II et les synodes la papauté ne cesse de répéter son attachement au modèle de coexistence libanais et à la mission de trait d'union que notre pays devrait assumer constamment.
Avant la visite du président Hariri au Vatican, le Conseil des ministres a décrété le jour de l'Annonciation, le 25 mars, comme fête nationale islamo-chrétienne. Pour faire écho à la conception papale d'un Liban-message et pour promouvoir, également par ricochet, l'idée d'un centre international de dialogue entre les religions, comme entre les cultures ou les civilisations, établi à Beyrouth.
Interrogé par le pape sur les célébrations prévues, le président Hariri lui a indiqué que le 25 mars, il y aurait des prières spéciales dédiées à la Sainte Vierge aussi bien dans les mosquées que dans les églises, ainsi que des colloques et autres rassemblements ou activités mettant en relief le partenariat islamo-chrétien. Il a ajouté qu'en avant-propos, le 14 février à 12 heures tapantes, les cloches ont sonné et l'appel des muezzins a retenti, tandis que des chœurs entonnaient un Ave et des versets du Coran. Le pape l'a alors prié de lui faire envoyer un enregistrement de l'événement, qui traduit bien la vocation du Liban. Ajoutant qu'il éprouve des appréhensions au sujet de ce que notre pays pourrait encore subir suite aux conflits qui déchirent le Moyen-Orient.
Selon un membre de la délégation libanaise, le Vatican a eu une vue extrêmement claire du tableau régional et des menaces qui découlent de dossiers comme le nucléaire iranien, l'Irak ou la Palestine, et il craint que le Liban n'en pâtisse, surtout après les dernières menaces israéliennes. Ce responsable ajoute que le Vatican intensifie ses efforts diplomatiques, dans la discrétion requise, pour nous aider. En pressant nos dirigeants d'aller de l'avant dans la voie du dialogue, de l'ouverture et de la modération. Cela étant, il n'y a pas de projet d'initiative régionale particulière du Vatican, qui laisse l'ONU, l'Amérique et l'Europe opérer. Mais si la guerre devait frapper aux portes encore plus lourdement, une telle prise initiative ne serait pas exclue.
Localement, le président Hariri revient avec une bénédiction vaticane accentuée pour son gouvernement d'union et, surtout, pour la ligne de modération et d'ouverture qu'il prône personnellement. Cela en sus du satisfecit qu'il obtient pour sa défense de la parité égale islamo-chrétienne et de Taëf.
Il reste que tout comme le pape, le président du Conseil ne va pas sans éprouver d'inquiétudes au sujet des développements régionaux relatifs au nucléaire iranien, à la Palestine ou à l'Irak. Il craint qu'ils n'aient des retombées néfastes sur la scène locale.
Toujours est-il que l'Europe entend agir et entreprendre une campagne d'apaisement général. En prenant Damas pour pivot, en vue d'une reprise de pourparlers indirects, par le truchement de la Turquie, avec Israël. Ce qui contribuerait à calmer le jeu. En même temps, les Européens tenteraient de faire comprendre aux Syriens qu'ils ne peuvent pas négocier et continuer en même temps de transmettre au Hezbollah les armes que l'Iran fournit à profusion.


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