Les USA commencent à payer à Damas le prix des services qu'ils en attendent, par rapport au Liban, à l'Irak et à la Palestine. On entend ainsi Burns souligner avec emphase « l'importance du rôle pivot de la Syrie au Moyen-Orient. En dépit de nos divergences, nous sommes résolus à explorer de nouvelles traverses de coopération servant l'intérêt de nos deux pays. » En réponse, le président Assad réaffirme que Washington est incontournable comme faiseur de paix, car il est seul capable d'amener Israël à composition. Ajoutant qu'à partir du moment où les États-Unis ont souscrit à sa requête de lui envoyer derechef un ambassadeur, en la personne de Robert Ford, il a accepté de coopérer pleinement avec eux au sujet de la lutte contre le terrorisme international. Retenue. D'ailleurs, le coordinateur de ce volet spécifique au sein du département d'État, Daniel Benyamine, a participé aux entretiens de Burns avec Assad.
Incidemment, on relève que Burns avait été l'auteur de la solution de dédommagement libyen retenue dans l'affaire du Lockerbie, lorsque Kadhafi avait décidé de se rabibocher avec les Américains. Est-ce de la sorte que l'on compte opérer au sujet de l'assassinat du président Rafic Hariri et de ses compagnons ?
Retour aux sanctions. C'est également en Libye que les Arabes, réunis prochainement en sommet, devraient décider de la manière commune d'y réagir. Sans se diviser sur la question, ce qui mettrait dans l'embarras le Liban, qui les représente au Conseil de sécurité. Et sans oublier que cette affaire peut provoquer, assez vite, un embrasement généralisé dont notre pays sortirait, certainement, le plus meurtri. Il ne dispose plus en effet que d'une immunité diplomatique préventive fragile, précaire. Alors que jadis, il avait esquivé deux conflits majeurs, la guerre des Six-Jours en 1967, et en 1973, la guerre d'octobre. Parce que la décision de guerre et de paix était du ressort de l'État. Et parce que la Ligue arabe lui avait concédé le statut de pays de soutien, et non de confrontation.
Cette immunité avait été non seulement salvatrice, mais hautement profitable. Car les capitaux arabes s'étaient précipités vers la place sûre de Beyrouth. Protégée par une autorité publique sourcilleuse de l'évident intérêt national, mais loyale dans ses engagements arabes. Elle avait ainsi fait échec, en 1967, à des velléités syriennes d'installer des batteries d'artillerie dans la Békaa. Tandis qu'en 1973, quand Israël avait détruit les dépôts de carburants syriens, le Liban, alors dirigé par Frangié, avait de suite livré à Damas ses propres réserves. Assad père s'était montré reconnaissant de ce geste, tissant des liens particulièrement étroits avec Baabda.
Mais aujourd'hui, le tableau s'est inversé. Non seulement le Liban ne semble plus en mesure de se réfugier dans la non-belligérance, mais il constitue l'une des principales cibles déclarées du bellicisme israélien. Une menace que justifie le fait patent que la décision de guerre et de paix n'est plus aux mains de l'État libanais. L'armement hors légalité, tellement répandu, impose sa loi et sa volonté. De plus, les Libanais sont gravement divisés au sujet de la confrontation, alors que par le passé ils étaient d'accord pour l'éviter.
Tout ce que le Liban officiel peut faire aujourd'hui pour prévenir le cataclysme, c'est de tenter de n'offrir aucun prétexte à Israël pour attaquer le pays. Mais sa marge de manœuvre reste fortement limitée. On sait ainsi qu'en juillet 2006, c'est la capture par le Hezbollah de deux soldats israéliens, évidemment à l'insu et sans l'accord des autorités légales, qui avait déclenché la guerre. Et la déclaration de Hassan Nasrallah que s'il avait su que la réaction israélienne serait si poussée l'opération n'aurait pas eu lieu, ne change rien au désastre de la « victoire divine ».
Beaucoup de pays amis susceptibles de se faire entendre d'Israël insistent auprès du Liban pour qu'il se montre prudent, et ne donne plus de prétexte pour se faire attaquer. Ils font valoir que si jamais Israël lance quand même l'assaut, ils disposeraient eux-mêmes de forts arguments pour le rappeler à la raison et stopper son agression. Ce qui ne serait évidemment pas le cas s'il devait y avoir provocation libanaise, comme en 2006.


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