«Je rêve de la Monica du « Medium » de Menotti». (Michel Sayegh)
Vêtue de noir, taille fine, silhouette menue, les cheveux châtains clairs coupés jusqu'à la nuque, bijoux en or blanc au cou, aux bras et aux oreilles, regard de biche, Randa Rouweyha, tout en charme et spontanéité, a tout de la séduction des divines divas.
«Je parle bien entendu l'arabe, confie-t-elle en toute simplicité, mais aussi l'anglais (langue qu'elle utilisera souvent dans cette discussion à bâtons rompus) tout aussi bien que l'espagnol et l'italien. Il y a aussi, pour l'art lyrique, l'allemand (mais je ne me hasarderais pas là à soutenir une conversation), sans oublier le français. J'avoue avoir une nette propension pour les langues car j'aime leur saveur. Et chacune a la sienne. Avec les mots que je lis, je focalise davantage sur mon chant. En arabe, j'aime chanter Asmahan et Fayrouz. Comment définir le chant? Le plus simple serait de dire qu'il est une extension du discours. Pour la cantatrice lyrique légère que je suis, c'est-à-dire cette voix qui va si bien au baroque, à Mozart, aux «lieders» (Schubert bien sûr) ou les chansons (Fauré, Poulenc, qui d'autres?), j'ai eu des rôles tels Despina ou Pamina. Rôles pas forcément frivoles ou superficiels comme on a parfois tendance à le croire. Car un rôle permet toujours à une chanteuse-comédienne (et j'essaye toujours d'être les deux à la fois en donnant aux mots toute leur valeur, leur poids ou leur évanescence) de creuser en profondeur les parts d'ombre. Et cela permet souvent des créations inattendues ou amusantes. Pourtant je rêve de la Monica du Medium de Menotti, ce compositeur tournant aux confins de l'inspiration puccinienne. Mon idéal de cantatrice? C'est difficile à cerner. Tout d'abord pour la beauté du son, il y a Joan Sutherland. Pour le charisme et la personnalité, il y a la Callas, Monserrat-Caballé, Anna Netbreko et Nathalie Dessay, qui prend tant de risques, vocalement surtout, et j'aime cela. Mais il y en a bien d'autres dans les générations montantes. Pour en revenir à mes débuts, figurez-vous que ce n'est pas par le chant que j'ai commencé, mais par des études en médecine. Le piano et le ballet étaient un plus qui, de jour en jour, prenaient de l'importance car j'avais la musique dans le sang. Et puis toute ma famille est mélomane. Et quand mon professeur de chant a fait une remarque très positive sur ma voix, je me suis précipitée sur cette ouverture tout en luttant avec acharnement contre ma mauvaise lecture, à vingt ans (ce qui est un peu tard), des partitions. Mais depuis les choses se sont améliorées et je me suis rattrapée. Mon premier rôle fut celui de choriste dans une production d'Evita. Et pourtant, aujourd'hui je me dis, s'il m'était donné une seconde vie ou une seconde chance, j'aimerais reprendre mes études de médecine!...»
Petite pause comme pour reprendre un souffle. Quelques gorgées d'une petite bouteille d'eau à proximité et du chewing-gum pour entretenir les cordes vocales. Un regard de Randa Rouweyha vers le ciel de Beyrouth à travers la vitre de ce lounge «no smoking» et les paroles coulent à nouveau, comme un chant ininterrompu : « J'aime bien le café, confesse la diva en regardant du coin de l'œil une tasse posée sur la table, mais il ne faut pas en prendre maintenant car je reprends tout à l'heure après les répétitions. Le programme de ce soir, c'est un mélange d'œuvres (Purcell, Haendel, Bellini, Puccini, Rossini, Liszt, Delibes, Poulenc, Gounod, Obradors, Falla, Turina, Caballero, Menotti), mais il n'y a pas de Mozart. Peut-être, et là je ne sais pas encore, ce sera pour le «encore» de la fin. Oui, c'est la première fois que je reviens au Liban que j'ai quitté très jeune. Il y a là toute la force des souvenirs de l'enfance. Une inaliénable partie de moi qui renoue avec mes racines. Et je voudrais, surtout à cette occasion, donner quelque chose, offrir un cadeau, partager mon art avec un pays qui me fascine tant.»
Pour ce concert intitulé à très bon escient Le bonheur est un duet, Randa Rouweyha sera accompagnée au clavier par Jeffey Cohen, né en 1957 au Marlyland en Arizona et auréolé du Battista Memorial Award, ainsi que lauréat de la Fondation Beethoven et détenteur du prix Sherman-Clay Steinway pour le concours de piano.



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