Certains de ces escaliers ont une grande valeur architecturale et touristique tel l'escalier de Saint-Nicolas (Daraj el-Fan) qui, paraît-il, est le plus long escalier en ville au Moyen-Orient. D'autres s'avèrent des points de rencontre ou une halte de repos et de calme en plein vacarme de la ville, tel l'escalier d'Achrafieh. Il y en a aussi certains qui mènent le promeneur vers des quartiers internes et cachés, d'un charme florentin, et d'autres qui grouillent de vie le dimanche à la sortie d'une messe (et dans le temps sombre de la guerre à la sortie d'un cinéma : Le Vendôme).
En les empruntant le dimanche matin, c'est un bain de senteurs qui nous accueille : l'odeur d'un café turc frais au détour de la Maison centrale, l'odeur mystique de l'encens en descendant les escaliers à Mar Mitr, l'odeur du jasmin à Gemmayzé, le méchoui ou la « aliyé » sur les escaliers remontant vers Saint-Georges quand on y arrive vers midi... Bref, c'est l'odeur de la ville, de notre ville, de nos maisons, de notre vie qui se dégage à chaque tournant un dimanche matin paisible et ensoleillé. Et comme disait Proust : « ...Mais quand d'un passé rien ne subsiste, après la mort des êtres, après la destruction des choses, seules, plus frêles mais plus vivaces, plus immatérielles, plus persistantes, plus fidèles, l'odeur et la saveur restent encore longtemps comme des âmes à se rappeler, à attendre, à espérer sur la ruine de tout le reste, à porter sans fléchir, sur leurs gouttelettes presque impalpables, l'édifice immense du souvenir. »
C'est aussi ça le patrimoine : la vue, l'odeur, la saveur, qu'il faut garder dans l'esprit et la mémoire de nos enfants pour qu'ils restent attachés à cette ville et à ce pays.
Les escaliers d'Achrafieh sont aussi un moyen de transport des plus efficaces, permettant de relier deux quartiers superposés, en quelques pas, en quelques minutes, évitant ainsi des dizaines de minutes d'embouteillage et de pollution sonore et atmosphérique.
Ces escaliers restent à ce jour les derniers remparts d'un patrimoine que l'on descend à coups de bulldozers et de dollars... Ces escaliers restent intouchables !
Les escaliers d'Achrafieh doivent rester ce point de rencontre, de mixage et d'échange entre des quartiers que rien dans la vie de tous les jours ne relie.
Ces escaliers sont pour Achrafieh une chance inouïe et providentielle pour développer des parcours de santé et de conditionnement cardiovasculaire (les exemples de la municipalité de New York ou de Pittsburgh sont à cet égard des plus éloquents), mais aussi des petits oasis de paix et de sérénité dans une ville qui se débat avec son matérialisme cupide et dévastateur.
Pour tout cela, et pour mille autres raisons, il faut mettre en œuvre un plan de ravalement et d'embellissement de ces escaliers en les rendant attractifs et interpellants, en les reliant par un parcours agréablement soigné, en enjolivant la vie des quartiers de part et d'autre, pour que la population soit portée à les utiliser comme moyen de communication, comme un parcours de santé, un style de vie sain. Bref d'en faire l'âme et le cœur battant et sain de notre ville afin que nos enfants, un jour, puissent en être fiers et dire que leurs parents et grands-parents ont sauvé, encore une fois, Achrafieh d'une démolition certaine.


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