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Moyen Orient et Monde

Chypre : une solution immédiate

*Ban Ki-moon est secrétaire général des Nations unies.

Quarante ans durant, la rue Ledra au cœur de Nicosie fut le symbole d'une Chypre divisée. Puis, en avril 2008, le mur qui séparait le nord et le sud de la capitale fut percé. Peu à peu, les habitants qui ne s'étaient pas mélangés depuis quarante-quatre ans commencèrent à renouer des liens et à se redécouvrir. C'était une fenêtre sur des perspectives d'avenir.
La semaine dernière, je me suis rendu sur le point de passage de la rue Ledra. Officiellement, ma visite servait l'inauguration des plans de reconstruction des bâtiments délabrés de l'ancienne zone tampon. D'un point de vue personnel, je souhaitais constater par moi-même cette ligne qui a trop longtemps séparé les Chypriotes grecs et les Chypriotes turcs. À mesure que je progressais, la foule, formée des deux communautés, emplissait la rue pour scander : « Solution immédiate ! Solution immédiate ! »
En tant que coréen, je ne connais que trop bien la douleur d'un pays divisé. Je suis également conscient que la réconciliation peut être très difficile. Voilà pourquoi je suis allé à Chypre - pour exprimer mon appui personnel aux efforts faits pour réunifier l'île et pour accélérer la négociation.
Chypre est arrivée à une étape charnière. Le dirigeant chypriote grec, Demetris Christofias, et son homologue turc, Mehmet Ali Talat, travaillent d'arrache-pied pour établir un accord. Or, sans une avancée conjointe supplémentaire, celui-ci leur échappera.
Les Nations unies sont à Chypre pour aider dans la mesure du possible. Les Casques bleus se sont tenus au poste pendant près d'un demi-siècle. Mon conseiller spécial, Alexander Downer, a pour mission de faciliter les pourparlers.
J'ai longuement discuté avec les deux dirigeants - ensemble et séparément. Je leur ai dit que le destin de Chypre leur appartient. Je pense qu'une solution est à portée de main. Premièrement, Christofias et Talat font preuve d'un fort engagement commun. Ils se sont rencontrés près de 70 fois au cours des 16 derniers mois. Ils ont notamment passé deux semaines de pourparlers intenses avant ma visite.
Deuxièmement, les négociateurs sont en train de trouver un terrain d'entente. En ma présence, les dirigeants se sont unis pour souligner les progrès sur des questions aussi essentielles que la gouvernance et le partage du pouvoir.
Troisièmement, personne n'a quitté la table. Les responsables ont du reste déclaré : « Le temps presse ». Voilà pourquoi ils se sont engagés à poursuivre les pourparlers, plutôt que de s'arrêter à l'aube des élections tenues dans le Nord en avril.
Enfin, la Grèce et la Turquie - les deux acteurs principaux de la région - sont en faveur des négociations en cours et sont prêts à apporter leur concours en vue d'une solution.
Il est vital de construire sur ces bases. Personne ne se berce d'illusion : des pourparlers de paix ne sont jamais simples. La question est extrêmement complexe et ancrée dans un passé trouble. Il y aura des sceptiques et des critiques à chaque étape. Il y aura ceux qui, dans la poursuite de leurs propres intérêts et programmes, chercheront à dévier ou à entraver le processus.
Les leaders devront faire preuve de courage et de conviction pour accomplir ce qu'ils pensent être juste. Quel que soit l'accord, il sera soumis à l'approbation de la population chypriote grecque et chypriote turque par référendum. Il est toutefois évident qu'une solution à la question chypriote est grandement dans l'intérêt des habitants de l'île, au Nord comme au Sud.
Un accord serait un message au monde entier qu'un conflit aussi long et complexe que celui de Chypre peut être résolu de manière pacifique. C'est pourquoi, malgré tous les obstacles, les négociateurs doivent persévérer vers la paix. Il faut écouter l'appel des autochtones de la rue Ledra. Chypre réclame une « solution immédiate ».

© Project Syndicate, 2010.
Traduit de l'anglais par Aude Fondard

Quarante ans durant, la rue Ledra au cœur de Nicosie fut le symbole d'une Chypre divisée. Puis, en avril 2008, le mur qui séparait le nord et le sud de la capitale fut percé. Peu à peu, les habitants qui ne s'étaient pas mélangés depuis quarante-quatre ans commencèrent à renouer des liens et à se redécouvrir. C'était une fenêtre sur des perspectives d'avenir.La semaine dernière, je me suis rendu sur le point de passage de la rue Ledra. Officiellement, ma visite servait l'inauguration des plans de reconstruction des bâtiments délabrés de l'ancienne zone tampon. D'un point de vue personnel, je souhaitais constater par moi-même cette ligne qui a trop longtemps séparé les Chypriotes grecs et les...
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