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Nos lecteurs ont la parole

Saint Maron superstar

Par Georges TYAN
Libre à quiconque d'aller où bon lui semble assister à une messe ou commémorer un souvenir, mais encore faut-il rester dans l'esprit de l'événement en tant que tel afin d'éviter tout acte qui ressemblerait à s'y méprendre à un défi.
Le spectacle du doublon de Brad n'était nullement un défi, il était désopilant, c'était une agression délibérée non contre le patriarche qui sait comment se défendre, mais assurément contre toutes les communautés de ce pays, fussent-elle chrétiennes ou musulmanes.
À défaut de donner au monde qui, lui, retient l'histoire, l'image d'un pays soudé, même en façade, juste pour la galerie, il lui fut offert, sourires béats à l'appui, le désolant spectacle d'un pays qui se cherche, où de soi-disant responsables tentent de trouver réconfort et appui en dehors de ses frontières.
Justement, nos malheurs ont toujours commencé avec l'étalage en public des premiers signes de mésentente interne, montés en épingle par ceux-là mêmes qui ne nous veulent que du bien, ou assurément du mal, et qui depuis toujours convoitent l'un notre territoire, l'autre nos ressources hydrauliques.
Parodiant Salomon, qui lui n'est jamais passé à l'acte, ils ont jugé bon, pour avoir leur paix, de couper le bébé en deux. Et pour ne plus écouter les gémissements de la mère éplorée, ils pensaient pouvoir vider les lieux en la transportant ailleurs loin, très loin.
Pour ceux que l'histoire rebute, je rappellerais que l'idée de saucissonner le Liban, d'en faire un pays de substitution pour les Palestiniens, a germé dans la cervelle du secrétaire d'État américain Henry Kissinger en 1972 je crois, l'AIB ayant été jugé dangereux pour sa sécurité. Son avion fut détourné sur la base militaire de Rayak.
Les élucubrations de M. Kissinger d'ouvrir une agence de voyages à sens unique dédiée à une seule communauté de ce pays découlaient certainement du malencontreux précédent de l'accord du Caire. Il a lu l'histoire, lui, et en a tiré son machiavélique scénario.
Si Dear Henry n'est plus d'active, il a toujours ses ouailles, mais cette fois la VIe Flotte ne pointera pas à l'horizon, et ce n'est pas aux seuls chrétiens qu'on voudra offrir le voyage, mais à tous ceux qui ont goûté à la liberté, la souveraineté et l'indépendance. À ce compte-là, il n'y aura ni assez de navires, ni assez de places pour tout ce monde en Californie.
Et voilà qu'on remet le couvert ! Oubliées les histoires mesquines de préséance, de prérogatives, d'armement légitime ou pas, de Palestiniens, d'Iraniens et autres. C'est désormais au sujet du saint patron de la communauté maronite que l'on cherche querelle.
Saint Maron a dû certainement se retourner dans sa tombe à l'approche envahissante de ces pèlerins venus en charter avec femmes, enfants, bagages et toute la panoplie du défi en télécommunication, lui rendre hommage, alors qu'à Beyrouth une messe solennelle commémorant son souvenir se tenait en présence des responsables de l'État, toutes religions et obédiences confondues.
Aller en grande pompe relancer ce saint homme dans ses derniers retranchements, quand on sait de quelle humilité sont fait ces moines, déranger sa quiétude, s'incliner devant sa sépulture alors que neuf années durant rien n'a été épargné pour faire oublier jusqu'à son nom, dilapidant à tout vent les acquis de sa communauté, dénigrant ses responsables, il faut quand même avoir beaucoup de culot pour le faire oublier et faire oublier ces années qui tenaient plus de l'exutoire répressif que de la bienveillance à l'égard de cette communauté qui, quand même, a fini par avoir le dessus, ayant été le catalyseur de cette explosion d'indépendance nouvelle, dont l'assassinat du président Hariri fut le détonateur.
Se refaire une virginité, à cet âge-là et avec un tel passé, tiendrait du miracle que même saint Maron, s'il le voulait, ne serait pas capable de réaliser.
Mais quelle mouche a piqué le député de Zghorta pour le pousser à se joindre à cette excursion ? Même si un jour on l'a affublé, à son corps défendant, du titre de patriarche, je sais que, par atavisme, il rend au siège patriarcal d'Antioche et de tout le Moyen-Orient tout le respect qui lui est dû. Bon sang ne saurait mentir. Il n'a pas besoin qu'on l'encense, il n'a pas le complexe de ses amitiés, faisant partie de ces gens auxquels le vin n'est jamais monté à la tête. Le nom qu'il porte lui interdit de la faire.
Le contentieux avec la Syrie n'est pas encore résorbé, même si pour raisons d'État, notre Premier ministre s'y est rendu, il y a encore trop de points litigieux qu'il faut régulariser, dont notamment celui du respect d'un État par un autre.
Héberger un pareil spectacle à cette date précise, l'encourager avec tout le battage médiatique fait autour ne peut qu'attiser les appréhensions légitimes des Libanais. Il s'agit d'une immixtion flagrante dans les affaires internes
libanaises.

Georges TYAN
Conseiller municipal de Beyrouth
Libre à quiconque d'aller où bon lui semble assister à une messe ou commémorer un souvenir, mais encore faut-il rester dans l'esprit de l'événement en tant que tel afin d'éviter tout acte qui ressemblerait à s'y méprendre à un défi.Le spectacle du doublon de Brad n'était nullement un défi, il était désopilant, c'était une agression délibérée non contre le patriarche qui sait comment se défendre, mais assurément contre toutes les communautés de ce pays, fussent-elle chrétiennes ou musulmanes.À défaut de donner au monde qui, lui, retient l'histoire, l'image d'un pays soudé, même en façade, juste pour la galerie, il lui fut offert, sourires...
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