Derrière une vitre pare-balles, Amine Gemayel prend la parole. Photo AFP
Voici de larges extraits du discours de M. Gemayel :
« Nous revoici ici à nouveau pour affirmer avec vous et en votre nom que la flamme ne s'est pas éteinte et qu'elle ne s'éteindra pas, quelles que soient les circonstances.
« Nous sommes conscients de l'ampleur des interrogations qui travaillent vos esprits et ceux de tous les Libanais. Elles sont légitimes, mais notre présence ici aujourd'hui est pour confirmer la constance de notre aventure nationale et réaffirmer l'engagement à l'égard des principes et des questions fondamentales. Les changements qui surviennent sur les plans local ou régional ne modifient en rien notre processus national et notre détermination à poursuivre l'édification de l'État fort et juste et à renforcer l'indépendance et la souveraineté.
« Nous entendons vos interrogations et ressentons vos craintes. Il est nécessaire de créer une nouvelle dynamique susceptible de ramener la confiance et la foi chez les esprits inquiets et de redonner un élan à notre mouvement militant au service du Liban.
« N'ayez pas peur, la volonté du peuple est toujours la plus forte. L'histoire nous l'a enseigné, en particulier celle du Liban. Hier encore, la volonté des gens, la vôtre, a triomphé sur l'injustice et l'oppression. Le prix payé était cher, certes, mais il n'y a pas de liberté ni de dignité sans un coût.
« Nous continuerons à réclamer la souveraineté et à œuvrer pour qu'elle soit une réalité. Il ne s'agit pas d'un mot creux, car nous savons ce qu'elle signifie et ce qu'elle nécessite. La souveraineté nationale implique que le Liban tout entier, les 10 452 km², soit placé sous l'autorité du pouvoir légal et démocratiquement élu et qu'il n'y ait nulle part sur le territoire libanais des armes autres que celles de la légalité libanaise, quel qu'en soit le prétexte.
« La souveraineté implique aussi que l'État monopolise tous les pouvoirs de décision régaliens, à commencer par la décision de guerre et de paix et par la diplomatie.
« Certains se posent des questions légitimes sur notre position au sujet des nouveaux développements survenus dans les relations libano-syriennes. Nous disons depuis de longues années que nous sommes en faveur des meilleures relations possibles entre les deux pays et nous soutenons le Premier ministre dans toutes les initiatives qu'il prendra pour améliorer ces liens. Nous sommes pleinement confiants dans le fait qu'il n'agira que dans l'intérêt du Liban, de la dignité de son peuple et des sacrifices de ses martyrs. »
« Nous voulons des mesures syriennes claires et bien définies dans le temps pour régler les dossiers litigieux, qui portent atteinte à la souveraineté libanaise. Nos expériences passées avec la Syrie sont la meilleure preuve de la justesse de nos craintes.
« Nous voulons les meilleures relations avec la Syrie, mais nous voulons aussi que la Syrie comprenne définitivement que le Liban est une entité indépendante et un État souverain et libre, jouissant d'un système particulier dans cette région, et qu'elle traite avec nous sur cette base. Pour cela, il ne suffit pas d'ouvrir une ambassade et d'établir des relations diplomatiques avec le Liban, il faut aussi un comportement fondé sur le concept international de relations sur un pied d'égalité entre deux États voisins, souverains et indépendants.
« Nous apprécions chez le Premier ministre son courage et sa capacité à s'élever au-delà de ses blessures et, en échange, nous réclamons de la Syrie des mesures concrètes à la hauteur de ces sacrifices.
« Il ne fait pas de doute que vous vous attendiez à la mise en place d'un gouvernement exprimant clairement les résultats des élections législatives. Les circonstances que vous connaissez tous ont commandé la formation d'un cabinet de partenariat englobant les diverses parties. La réalité est que, jusqu'ici, il existe une incapacité claire à affronter les problèmes en suspens et notamment les plus importants.
« C'est pourquoi il faudrait que le dialogue national, placé sous l'égide du président de la République et la collaboration du Premier ministre et de tous les leaderships nationaux, soient l'occasion non seulement d'une discussion sur la stratégie défensive, mais aussi d'un débat franc sur le fond du problème libanais, car les compromis provisoires et la tendance à tout ajourner n'ont produit que davantage de paralysie au niveau des institutions et de la chose publique.
« À mon cher Pierre, dont cette place conserve l'écho de la voix, je lui dis : pas un jour je ne t'ai oublié, pas plus que ne t'ont oublié ton public et tes amis. Ton âme combattante est vivante en nous. Ton martyre, celui de notre cher camarade Antoine Ghanem et le sacrifice de tous les martyrs des Kataëb et du Liban nous donnent la motivation pour lutter jusqu'à la réalisation des objectifs pour lesquels vous êtes morts. »


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