- L'impossibilité de concilier pluralisme religieux et pacifisme de la société (guerre des diverses communautés les unes contre les autres à travers notre histoire, échec des diverses formules basées sur le communautarisme tels que la formule des deux caïmacamat, la moutassarrifia, l'échec du pacte national de 1943, l'insuffisance des accords de Taëf puis ceux de Doha). Les accords de Taëf et de Doha devraient maintenant être considérés comme étant un état intermédiaire entre un système non laïc et un certain système laïc à définir.
- L'impossibilité d'avoir un État avec une religion d'État à cause de la mosaïque de religions qui existent au Liban.
- L'impossibilité de prévenir les divers heurts entre les hommes politiques et les hommes de religion, ainsi que l'implication politique des hommes de religion dans la vie politique, avec tout ce que cela implique comme pressions sur la vie sociale,
- Le mécontentement quasi général de la population, d'hier et d'aujourd'hui, contre les divisions communautaires et les injustices et frustrations qui en découlent, car, n'étant pas égaux devant la loi, ils en souffrent,
Ces raisons, qui pourrissent la vie des Libanais tous les jours de leur existence, sont autant d'éléments à l'origine de ce besoin de trouver une solution à la libanaise à ces problèmes liés à la structure même du pays. Il ne faut pas avoir peur de la laïcité car celle-ci, si elle est correctement définie et appliquée, devrait rendre les citoyens égaux devant la loi. Citons l'article premier de la Constitution du 4 octobre 1958 (de la Ve République en France) : « La France est une République indivisible, laïque, démocratique et sociale. Elle assure l'égalité devant la loi de tous les citoyens sans distinction d'origine, de race ou de religion. Elle respecte toutes les croyances. » La laïcité ne devrait être qu'une sécularisation et un desserrement de l'emprise des pouvoirs religieux sur les pouvoirs de l'État, et le refus de l'assujettissement du politique au religieux et vice et versa, sans éliminer les relations entre eux mais chacun dans son domaine. Cela implique la reconnaissance du pluralisme religieux et surtout de la neutralité de l'État vis-à-vis des religions et des hommes de religion. Quand le patriarche maronite déclare qu'il faudrait éliminer le confessionnalisme des esprits avant de le faire dans les textes, c'est dans l'optique d'assurer l'égalité de traitement et de chances entre les citoyens si un système laïc est adopté. Aussi, quand les divers hommes politiques parlent d'appliquer pleinement les accords de Taëf et d'assurer la distribution équitable du pouvoir entre les diverses communautés, ils abondent dans le même sens sans recourir aux mêmes mots.
On ne peut être contre la laïcité, mais la laïcité ne doit pas être vidée de son sens et mal appliquée (comme les accords de Taëf l'ont été). Par ailleurs, les Constitutions ne sont pas immuables et les principes de la laïcité peuvent évoluer au gré de l'évolution de la société. L'essentiel dans tout l'exercice, c'est que la laïcité ne doit pas être perçue comme un cheval de Troie pour faire passer un objectif non avouable, qui est l'application de la loi du nombre (donc toute nouvelle Constitution doit se prémunir contre cette dérive possible), ce qui certainement est voué à l'échec, ne créera que plus de suspicions entre les communautés et repoussera les échéances de modernisation ad kalendas graecas.


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