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Foi ouverte ou enseignement religieux identitaire ?

Par Antoine MESSARRA
Le séminaire de formation organisé par la faculté des sciences religieuses à l'Université Saint-Joseph, dans le cadre du master en relations islamo-chrétiennes, le 9/1/2010, sur le thème : « Éducation religieuse et culture au Liban et dans les sociétés arabes », débouche sur la détermination des problèmes majeurs de l'éducation religieuse à l'école et sur des perspectives d'action (1).
Le séminaire se propose la présentation de la problématique et des composantes de l'éducation religieuse au Liban et dans d'autres sociétés arabes, les résultats d'expériences de terrain, et la détermination des besoins et priorités, surtout dans une société multicommunautaire. Le doyen de la faculté des sciences religieuses, le père Salim Daccache, pose la question : « Qu'est-ce que la religion peut-elle apporter sur le plan qualitatif ? Ce problème interpelle toute religion ouverte à tous. »
Le séminaire, qui a groupé plus de quarante participants, avec des interventions des principaux concernés dans des établissements scolaires privés et publics et de toutes les communautés, est axé sur les quatre dimensions, juridique, religieuse, pédagogique et culturelle, du problème de l'enseignement de la religion à l'école1. Un dossier documentaire a été élaboré à cet effet et distribué aux participants (L'éducation religieuse au Liban et dans les sociétés arabes, documents classés et colligés par A. Messarra, janv. 2010, 268 p).

Quatre dimensions du problème
Sur le plan juridique, la pratique actuelle au Liban, après quelques réticences et hésitations, est pleinement conforme aux normes constitutionnelles du Liban et aux règles internationales qui régissent la liberté religieuse, surtout en matière d'enseignement de la religion à l'école. Dans d'autres sociétés arabes, il y a un besoin de recenser la législation qui régit le problème et de soumettre cette documentation, souvent non connue ou occultée, à une approche comparative et normative. Il ne s'agit pas de critiquer ou dénoncer, mais surtout de sauvegarder un patrimoine religieux pluraliste arabe, actuellement menacé et agressé.
Sur le plan religieux, et plus particulièrement de la foi, qui est, et doit être, l'âme de toute croyance transcendantale, les pratiques dans les écoles, à la fois musulmanes et chrétiennes, méritent à l'avenir un plus large partage des expériences. On appréhende notamment la propension au « dogmatisme, ritualité, habitudes et coutumes, plutôt que sur la foi qui anime les pratiques ». On appréhende aussi « l'image dominante de soi », sans aucune référence parfois à d'autres sources puisées d'une spiritualité par essence universelle. On relève : « La religion qui se perçoit majoritaire et dominante est menacée par son autosuffisance. »
« Je ne veux pas, souligne un participant, une vérité close. » On relève surtout que pour une génération de jeunes, sollicités et agressés dans un supermarché de valeur, « l'éducation religieuse n'apporte souvent pas de réponses avec des éclairages renouvelés ». Faut-il en outre occulter les différences entre religions et communautés ? Tout ce que l'enseignement cherchera à occulter, en histoire, en éducation civique, en catéchèse..., les élèves l'apprendront, avec pollution, de leur milieu familial, de leurs camarades et par les médias. Il faudra donc développer chez les jeunes « une culture d'immunité et de prévention » face aux nuisances du monde d'aujourd'hui où les religions sont souvent instrumentalisées dans des enjeux de pouvoir.
Supprimer l'enseignement religieux de l'école, suivant une approche laïcisante aujourd'hui dépassée, serait encore plus dangereux, jetant la nouvelle génération dans l'arène de religions transformées en idéologies de mobilisation.
Dans quelle mesure le contenu des manuels d'enseignement religieux au Liban insiste-t-il sur la notion de « prochain » centrale dans l'Évangile, et sur la « reconnaissance du pluralisme dans l'islam » ? La question a tout l'air d'être nouvelle, bien que le Liban, suivant une expression de Moussa Sadr, rapportée par l'un des intervenants, soit « le pays des sources ».
Le plus grave serait un enseignement de la religion à l'école, au Liban et dans les sociétés arabes en général, non en tant que foi, à la fois universelle et ouverte, mais en tant que phénomène identitaire, contribuant ainsi à nourrir « l'esprit groupal, le tribalisme et la politisation de la religion ». On souligne qu'il faudra un enseignement religieux dont l'essence est la foi, alors que les dogmes, rites et sacrements sont « la concrétisation de la foi et non le principe ». L'enseignement religieux aujourd'hui devrait être fort vigilant face « à l'invasion de l'espace public par la religion instrumentalisée ».
Sur le plan pédagogique, on appréhende que l'enseignement de la religion à l'école devienne « une spécialité parmi d'autres », d'où l'exigence d'une éducation qui implique des approches interdisciplinaires. Éducation qui implique aussi, à l'encontre du dogmatisme clos, l'épanouissement de l'esprit critique, l'interpellation de l'apprenant et la référence à plusieurs sources qui, dans leur spiritualité profonde, se rejoignent. On souligne que le dilemme réside moins dans le manuel que dans « l'enseignant qui doit être plutôt un témoin et apôtre ». On souligne qu'il faut un système d'évaluation afin de motiver les élèves.
Sur le plan culturel, il ressort des interventions et des débats qu'une pédagogie religieuse intercommunautaire ne réside pas dans « la connaissance mutuelle de pratiques religieuses diverses, mais plutôt dans le partage de la spiritualité qui anime ces pratiques ». C'est le dilemme de certaines productions récentes.
Quant au projet de culture religieuse commune (« mouchtaraq ») et non unifié, à distinguer de l'enseignement religieux, on propose du moins dans une première étape que des travaux étrangers à but pédagogique soient traduits en arabe. La raison ? De fortes traditions de dogmatisme rigide, sinon de rivalités politico-religieuses, constituent un obstacle à l'élaboration de productions didactiques, profondes et simples, sur la foi et les religions au Liban et dans les sociétés arabes.
Que faire ? Le séminaire a révélé que malgré tous les progrès accomplis, nombre de problèmes demeurent dans l'ombre. Un suivi sera assuré en 2010 en vue d'un partage d'expériences par des enseignants de diverses écoles sur l'enseignement religieux chrétien et musulman. Il faudra aussi se pencher sur le contenu des manuels, chrétiens et musulmans. Une pédagogie religieuse identitaire risque, à cause du milieu culturel ambiant, de se glisser sournoisement dans l'enseignement religieux d'aujourd'hui.

1- Les intervenants au séminaire sont: P. Salim Daccache, P. Aziz Hallak, A. Messarra, cheikh Oussama Haddad, P. Fady Jandah, Antoine Corban, Rita Ayoub, cheikh Ghassan Halabi, Mohammad Salameh.
Le séminaire de formation organisé par la faculté des sciences religieuses à l'Université Saint-Joseph, dans le cadre du master en relations islamo-chrétiennes, le 9/1/2010, sur le thème : « Éducation religieuse et culture au Liban et dans les sociétés arabes », débouche sur la détermination des problèmes majeurs de l'éducation religieuse à l'école et sur des perspectives d'action (1).Le séminaire se propose la présentation de la problématique et des composantes de l'éducation religieuse au Liban et dans d'autres sociétés arabes, les résultats d'expériences de terrain, et la détermination des besoins et priorités, surtout dans une...
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