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Liban - Catastrophe

Effondrements spectaculaires à Jouaya, évacuations et panique dans le village

Un malheur ne vient jamais seul. Il n'aura pas suffi au village de Jouaya (caza de Tyr) de perdre cinq de ses fils dans l'accident de l'avion éthiopien il y a dix jours : la même nuit, à la même heure presque, une villa s'est effondrée en raison des fortes pluies et d'autres sont en danger.

La villa des Haïdar, dont tout un pan de mur est tombé.

Que s'est-il donc passé à Jouaya,  dans la nuit du dimanche 24 au lundi 25 janvier, vers deux heures du matin, en pleine tempête et alors que des pluies diluviennes s'abattaient  sur  la  région, pour que s'effondre  l'imposante villa de hajj Ibrahim Haïdar ? À voir la maison en ruine, on dirait que le sol s'est dérobé sous elle. Fort heureusement, la villa, une résidence d'été, n'est pas habitée en hiver. Mais ce n'est pas le cas de la maison, plus petite, de Ghassan Lakkis, qui l'habite avec sa femme, ses deux enfants et ses parents, et qui est devenue inhabitable du fait des fissures qui la parcourent. Deux autres maisons, dont une en construction, sont condamnées jusqu'à nouvel ordre. D'autres habitations en contrebas dans la vallée ont également été évacuées par la municipalité de peur que le problème ne s'étende.
Sur place, la scène est spectaculaire. La route qui mène à la villa des Haïdar, construite il y a quelque vingt ans, s'est effondrée de plus de deux mètres en un certain point, ce qui vous oblige à une escalade afin  d'atteindre ce qui devait servir, il n'y a pas longtemps, de perron. La villa elle-même est scindée en deux : tout un pan est totalement effondré, comme si un tremblement de terre était survenu  dans  cette région. L'autre pan tient encore debout, mais l'ensemble donne l'impression d'une structure penchée. La cause de cette catastrophe est facilement perceptible : des filets d'eau traversent les décombres, comme si, en se débarrassant du tas de béton, de fer et de tuiles, ils avaient trouvé leur voie en toute liberté.
Nehmé Awada, membre du conseil municipal de Jouaya chargé du suivi de cette affaire, nous montre du doigt une partie du perron qui tient encore debout. « Vous voyez  ce bout de terrasse ? dit-il. Il faut imaginer que tout l'avant de la villa était à ce niveau. Or vous remarquez qu'il y a un effondrement général de quelque deux mètres. Ailleurs, les crevasses causées par la chute des matériaux sont bien plus profondes, à quatre ou cinq mètres. En gros, c'est comme si la villa s'était soudainement  trouvée sur des sables mouvants. Dans nos observations continues, nous constatons que la maison avance chaque jour de quelques nouveaux centimètres. »  
Selon les témoins et les propriétaires, le problème est apparu soudainement, quelques jours seulement avant les fortes pluies qui ont causé les effondrements. Nous n'avons pu joindre Ibrahim Haïdar, qui est en voyage, mais  nous  avons pu joindre son frère, Hussein Haïdar. « Rien ne nous y préparait, dit-il. Nous attendons le rapport des experts, mais il se peut qu'il y ait plusieurs raisons à cet effondrement : un changement dans les mouvements du sol, les séquelles des bombardements israéliens... »
Si les dégâts sont déplorables pour la famille Haïdar, ils sont catastrophiques pour la famille de Ghassan Lakkis. La demeure a dû être évacuée : elle ne s'est pas totalement effondrée comme la villa au-dessus, mais elle n'en est pas moins toute fissurée, donnant la même impression de structure penchée et instable. Partout, des filets d'eau ont trouvé leur voie au sein des structures en béton.
« Cette maison est le fruit de 25 ans de dur labeur, raconte Ghassan Lakkis, qui surveille, le regard inquiet, les travaux en cours. Nous avions emménagé il y a un an et nous habitons ici été comme hiver. Quand nous nous sommes retrouvés dehors, nous avons dû loger dans  un appartement pour nous abriter le temps de trouver une solution. Or nous n'avons d'autre choix que de retourner vivre ici. »
Les Lakkis étaient chez eux le soir de cette funeste tempête, et ils ont entendu le bruit sourd de la villa qui s'effondrait. Le lendemain, ils ont constaté que leur maison était également touchée. Aujourd'hui, celle-ci a avancé de huit centimètres au moins par rapport à son emplacement initial.

Fissures dans la vallée
Comme cela est prévisible, la panique gagne tout le village. Nehmé Awada, qui est aussi un entrepreneur ayant construit une grande partie des maisons du village, dont celles qui connaissent des problèmes aujourd'hui, déclare recevoir quotidiennement des appels téléphoniques d'habitants paniqués. « On m'appelle si on constate la moindre fissure dans un mur ou si une porte ferme mal, dit-il. J'essaie de les rassurer et de leur expliquer la situation. »
Mais il admet que le problème est en train de s'étendre. « Au début, les maisons concernées étaient très peu nombreuses, dans un coin pas très habité, souligne-t-il. Or, nous constatons qu'il s'étend à un quartier formé de villas situées plus haut, ce qui donne une autre dimension à la catastrophe. De même, nous avons dû évacuer les maisons de la vallée, ce qui crée des difficultés sociales parce que ces familles doivent être relogées. Mais nous ne pouvons nous empêcher de les mettre en garde. » Selon lui, le phénomène s'explique aisément : quand la terre s'effondre dans une  partie de la colline, elle crée une pression sur la vallée en dessous, où des fissures sont effectivement visibles à l'œil nu. Quant à la partie au-dessus, où se trouve le quartier regroupant les villas, elle se trouve elle aussi fragilisée par ce sol devenu mouvant. Les villas présentent en effet des fissures bien visibles et nombreuses. « On estime qu'une superficie de 50 dounoums est aujourd'hui en danger », ajoute-t-il.
Étant  le  constructeur de la plupart des maisons dans cette partie du village, croit-il qu'il est tout simplement dangereux de construire sur ce sol ? « Pas du tout, rétorque M. Awada. La plupart de ces maisons ont une vingtaine et une trentaine d'années, or ce problème est récent  et  s'est déclaré en quelques jours seulement. Il doit y avoir une autre raison. »

De l'eau entre deux couches
Des réponses concernant les causes du phénomène, autant M. Awada que les propriétaires des maisons touchées les attendent de la société chargée par l'État d'effectuer une étude sur le terrain. Les habitants de Jouaya rendent hommage à l'intervention rapide de l'État, notamment du ministère des Travaux publics et des Transports, et du Haut Comité de secours (HCS). Durant notre visite, des équipes travaillaient sans relâche à récolter des échantillons de sol.
Bilal Assaad, président de la société Assaco chargée des travaux, ingénieur et professeur  de génie à l'Université libanaise, nous livre ses premières constatations. « Le sol à cet endroit est formé d'une couche superficielle d'argile d'une épaisseur de six à sept mètres, avec des couches sous-jacentes calcaires, indique-t-il. Ce qui s'est passé, c'est que l'eau s'est infiltrée entre les deux, provoquant un glissement de la couche superficielle. » Pour quelle raison ? « La pluie est tombée en quantités très importantes cette année, répond-il. J'avais d'ailleurs été alerté précédemment par les propriétaires de la villa qui avaient décelé des signes avant-coureurs. »  Croit-il donc qu'il ne fallait pas construire sur ce sol ? « Tout  terrain est constructible, estime-t-il. Mais il faut parfois des mesures préventives. Des études de sol plus approfondies sont utiles avant d'ériger les bâtiments, ce qui est désormais une condition imposée par l'ordre des ingénieurs et architectes. Dans des cas comme celui-là, des mesures de drainage pour protéger les fondations du bâtiment sont indispensables. »
Les fortes pluies suffisent-elles à expliquer la catastrophe ? Plusieurs  voix à Jouaya s'élèvent pour faire le lien avec la forte activité sismique qui avait secoué plus d'une fois le Sud durant des mois (affectant particulièrement le village de Srifa, rappelons-le, qui n'est pas loin de Jouaya). M. Assaad  estime que l'hypothèse reste à confirmer, mais qu'il est « probable que les séismes aient déstabilisé le sol à une profondeur qui reste à déterminer ». « Les habitants m'ont assuré que des pluies similaires, par le passé, n'ont jamais causé de tels dégâts », ajoute-t-il.
L'étude d'Assaco se poursuit, et les propriétaires des maisons endommagées attendent impatiemment de savoir comment il sera possible de stabiliser les couches superficielles de sol pour sauver les maisons ou reconstruire. Hussein Haïdar déclare  n'avoir  aucune idée de ce qui adviendra de la villa détruite. Quant à Ghassan Lakkis, il attend le moindre indice qui lui permettra de sauver sa maison. Les deux, cependant, appellent l'État à les dédommager pour ces dégâts causés par une catastrophe naturelle.
Cependant, ce qui angoisse  maintenant le plus Jouaya, ce sont les nouvelles pluies prévues par la météo, avec leur potentiel de destruction susceptible d'être provoquée par un sol désormais fragilisé.                                                                                                                           
Que s'est-il donc passé à Jouaya,  dans la nuit du dimanche 24 au lundi 25 janvier, vers deux heures du matin, en pleine tempête et alors que des pluies diluviennes s'abattaient  sur  la  région, pour que s'effondre  l'imposante villa de hajj Ibrahim Haïdar ? À voir la maison en ruine, on dirait que le sol s'est dérobé sous elle. Fort heureusement, la villa, une résidence d'été, n'est pas habitée en hiver. Mais ce n'est pas le cas de la maison, plus petite, de Ghassan Lakkis, qui l'habite avec sa femme, ses deux enfants et ses parents, et qui est devenue inhabitable du fait des fissures qui la parcourent. Deux autres maisons, dont une en construction, sont condamnées jusqu'à nouvel ordre. D'autres habitations en...
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