Interloqués, nous avons tous couru aux nouvelles, même si pour certains ces passagers étaient de parfaits inconnus, ou qu'à une occasion quelconque nous les avions croisés.
L'État dans toutes ses composantes s'est mobilisé comme un seul homme devant cette mort atroce. Il y avait, bien sûr, une certaine préséance, mais qui avant tout demeurait humble et décente.
Fallait-il qu'un drame de cette ampleur survienne pour que tous ces gens-là se rendent compte que devant la mort il n'y a ni grands ni petits ?
Fallait-il cet avion de la mort pour qu'un autre drame, qui se nouait au plan national, aurait peut- être mis le feu aux poudres et dégénéré, soit endigué ou suspendu pour un temps.
Je ne suis pas bigot, mais on dirait que Dieu fait bien les choses.
À ceux qui le parodiaient, il a intimé l'ordre de se calmer, de faire une pause dans leur ardeur, de se rendre compte que, même dans leur grandeur, ils ne sont en définitive que de simples mortels.
Ces derniers temps, la situation devenait de plus en plus intenable : des menaces à peine voilées, déguisées en conseils fraternels par-ci, en vociférations par-là, des velléités pour le moins suspectes de déconfessionnalisation sans pour autant frôler un tant soit peu le thème de la laïcité, dont, si tel était vraiment le cas, elle est indissociable.
Amendement de la Constitution pour abaisser l'âge de vote, alors que ce texte, qu'on nous dit fondamental, doit être remanié de fond en comble pour colmater les brèches et les lacunes qui l'ont entaché. Le « pour une fois seulement » est devenu « à chaque fois assurément ».
Du sur-mesure quoi ! Pourtant, il s'agit là d'un texte pérenne, intangible de par son essence, que l'on ne peut modifier sur commande. Il requiert un large consensus qui dépasserait même le cadre de la Chambre des députés.
Puis, cette réapparition soudaine et inopinée d'un homme, venu d'un passé dépassé, qui se rappelle à notre mauvais souvenir, accueilli à bras ouverts par ceux-là mêmes qui en ont pâti en premier, à qui il avait longtemps confisqué et la terre verdoyante et la décision, et qui veut nous ramener des lustres en arrière.
Et enfin tous ces nouveaux produits électoraux qu'on veut nous faire gober, nous promenant de désillusion en déception, non à leur sujet puisque inapplicables étant intrinsèquement porteurs des germes de la discorde, mais en raison de ceux qui les véhiculent, en qui nous avions placé espoir et confiance.
Ces ingrédients mis bout à bout risquaient de faire s'écrouler sur ses bases l'édifice savamment reconstruit, qui commençait à tanguer dangereusement au gré des vents qui le ballottaient. Il était à la merci du premier pyromane venu et ne restait qu'à allumer la mèche pour que la déflagration se produise et que tout s'écroule.
Il a fallu cet avion plein d'innocentes victimes pour que les noirs nuages qui s'amoncelaient à l'horizon arrêtent leur progression. Pourvu que le répit ne soit pas de courte durée, que les protagonistes s'accordent un temps de réflexion et de concertation pour le bien de notre pays, ne serait-ce qu'en mémoire de ces personnes parties vers des cieux peut-être plus cléments.
Dieu fait bien les choses certes, mais cette fois-ci il a eu la main très lourde.
Georges TYAN
Conseiller municipal de Beyrouth


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