Les municipales doivent se tenir en mai prochain. Il est tout à fait naturel que ceux qui ont reçu mandat pour gérer une ville, un village ou une agglomération retournent devant les électeurs afin soit d'être sanctionnés, soit d'obtenir une nouvelle légitimité et continuer le travail entamé.
Sachant que les membres des conseils municipaux, sauf le président et le vice-président, ne sont nullement rémunérés et que, dans la plupart des cas, s'ils ne bénéficient pas d'une forte personnalité, ils font tout juste de la figuration.
Cela quand la loi ne les confine pas au rôle de comparses silencieux, obéissants et à tout le moins impuissants, les conseils municipaux peuvent légiférer jusqu'à plus soif, faire sur le papier des projets mirifiques, mais si l'autorité de tutelle n'est pas d'humeur, tous ces projets peuvent rester indéfiniment dans les cartons, compte non tenu des petites tracasseries administratives, du droit de regard inquisiteur de la Cour des comptes, et j'en passe.
C'est là la quadrature du cercle : élu au suffrage universel, le conseil municipal est entièrement tributaire d'un personnage incontournable, le mohafez, nommé en Conseil des ministres, lui-même ayant obtenu la confiance de la Chambre des députés, issus eux aussi d'une consultation populaire.
Allez comprendre !
Les choses étant déjà assez complexes, on voudrait les corser encore plus, avec le nouveau dada de nos dirigeants, le suffrage à la proportionnelle.
Dans un pays de partis, cela aurait été normal. Quoique, avant d'aller plus loin, le lecteur se souviendra qu'en France, berceau de la démocratie, ce mode a été abandonné depuis belle lurette pour cause d'irrationalité dans la représentativité populaire.
Le Liban est un pays où 18 communautés s'amalgament, chacune étant divisée, dans le meilleur des cas, en deux. Mais il y aussi, et surtout, les partis, qui ont certainement leur mot à dire, spécialement dans les régions monochromes où, on l'a déjà vu, le peuple est appelé à voter et à se taire.
Il serait à mon sens inique, si proportionnelle il y a, qu'une frange de la population puisse s'exprimer de cette manière et une autre non, dans certains cas donc les résultats étant courus d'avance.
En sous-jacent et pour avoir glané çà et là des bribes dans le milieu d'où sortent ces idées, j'en ai retiré le sentiment personnel qu'il y a dans l'air comme une guéguerre entre les vieux routiers de la politique, les conservateurs et la nouvelle génération qui pense tordre le cou aux idées reçues, pour faire entrer le pays dans une ère nouvelle.
Fort bien ! Si c'est le premier pas sur le chemin à prendre pour sortir le pays de l'ornière où il est coincé depuis des décennies, j'y concours avec enthousiasme.
Mais il ne suffit pas de lancer des idées en l'air. J'ai besoin comme tout un chacun qu'on me fasse un dessin pour en comprendre le mode d'emploi, pourvu qu'il ne soit pas trop compliqué, son application à toutes les régions du pays, et les bénéfices que le Liban pourra en tirer.
Je n'aime pas me remémorer le passé, surtout quand il est triste, bien qu'il me rappelle les grands moments de l'histoire de notre pays. Mais il me fut rapporté en son temps que Bachir Gemayel, président élu, avait tenu à rencontrer le président Charles Hélou, qui n'était pas en odeur de sainteté dans l'entourage de Bachir, lequel voulait pratiquement le faire passer en cour martiale car ayant été à l'origine des accords du Caire, funeste source de tous nos malheurs.
De cette longue entrevue, Bachir était ressorti enchanté - certains ont même utilisé le terme transfiguré -, prônant le calme à ses amis, les invitant à prendre conseil et à tirer sagesse de cette génération qui, pour nous alors, était celle des vieux et des croulants.
À bon entendeur !
Pour terminer, car je ne suis pas dans le secret des dieux, je ne sais pas quelles sont les vues du Premier ministre à ce sujet. Mais comme beaucoup le pensent, si la proportionnelle était bénéfique, ce grand précurseur et innovateur que fut le président Rafic Hariri aurait appliqué sans coup férir, voire même sans difficulté aucune, ce mode de scrutin aux municipales de 1998 et 2004.
Georges TYAN
Conseiller municipal de Beyrouth

