Calligraphie et musique : partitions de Samir Sayegh. (Michel Sayegh)
Ainsi, dans ce concerto imagé se retrouvent, dans une même pièce, tous genres de rythmes portés par des artistes de milieux différents comme Théo Mansour, Guvder ou encore Samir Sayegh et Charles Chahwane.
Tantôt évoquées à travers un instrument de musique, tantôt par une note, une partition ou même un mouvement du corps ou une atmosphère, les images, telles des partitions, s'imbriquent, se parlent et se renvoient en écho les deux visages du Liban : celui du passé et l'autre plus contemporain. Les toiles baignent dans des tempos doux, tempérés ou forts.
C'est sur un mur central de la galerie, comme un pivot autour duquel gravitent les autres œuvres, que La Zaffeh de Khalil Zghaïb illustre des instants à jamais évanouis, une douceur de vivre évanescente. En effet, la musique, ce langage intemporel et sans frontières, semble, pour la plupart de ces artistes qui l'ont traduite sur toile, un moyen thérapeutique, voire une manière de transcender la douleur et les scissions.
Transcender la guerre
Mona Bassili Sehnaoui (Twins et Surviving) parle de ce pays meurtri, de ces moments de paix volés au temps et de cette blessure béante représentée par un journal troué, des fleurs fanées ou encore un cadavre, tout en mentionnant cette douce nostalgie. Des teintes sanguinolentes qui s'allient parfaitement à la grisaille de l'œuvre de Rima Amyuni. Pour Ara Azad (Borders et Green line that separates the same), les fils barbelés ont l'allure d'une partition (dans le sens musical), mais pouvant également traduire la division.
Samir Sayegh a lui aussi «mis en musique» ses calligraphies avec des notations musicales aux modes tempérés ou mouvementés, inspirées de la Bsaltika des Syriaques.
Pour d'autres artistes, les instruments musicaux sont plus apparents sur les toiles ou dans les sculptures, comme chez Antoine Berbéri. Et si, pour Théo Mansour, le cercle hypnotique de la séduction est créé par l'image du flûtiste et du paon aux couleurs marines, chez Guvder ou Willie Aractingi, la fascination et l'envoûtement se font plus évidents, plus insistants. Par ailleurs, Fayçal Sultan, Greta Naufal et Rafy Tokatlian reproduisent des expériences personnelles perçues à travers le monde de la musique. Ce sera donc pour Naufal, l'illustration de deux spectacles de Béjart (Le Boléro et Élégie pour elle) par ondes musicales, fluides et transparentes. Pour Sultan, il s'agira du vécu beyrouthin d'après-guerre avec un collage du concert de Marcel Khalifé, ou le démembrement d'une ville traduit dans Orpheus. Enfin, Rafy Tokatlian instaure l'osmose entre l'instrument et l'homme comme une mélopée tragique. De leur côté, Véra Yéramian et Charles Chahwane ont su traduire ces musiques du cœur: en filigrane pour l'une et sur un ton psychédélique pour l'autre, mais dénotant toutes les deux des passions enfouies.
Cantates douloureuses de ces artistes qui ont pris, le temps d'une pause, leur pinceau pour un diapason.
* Maqam Art Gallery, Saifi Village, jusqu'à février.
Tél. : 01/991212.
Les corps de deux jeunes originaires de Ghassaniyé retrouvés à Nabatiyé el-Faouqa