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Liban - Dialogue

« Présent et avenir du livre islamo-chrétien » : donner plus de visibilité au dialogue

Une exposition du livre islamo-chrétien se tient jusqu'à demain à la crypte de l'Église Saint-Joseph. Il faut y courir d'urgence, pour encourager ce genre d'initiatives et promouvoir ce que le Liban a de meilleur : l'acceptation de l'autre sans difficultés.

L’ancien ministre Ibrahim Chamseddine se penche sur l’étalage, sous l’œil du P. Salim Daccache, doyen de la faculté des sciences religieuses de l’USJ. À gauche, le P. Joseph Nassar, vice-recteur de l’USJ. Photo Michel Sayegh

« L'objectif de cette exposition est de souligner l'importance du livre comme chemin de rencontre et de connaissance réciproque. » C'est par ces mots simples, lumineux, que les organisateurs de l'exposition « Présent et avenir du livre islamo-chrétien » présentent leur trop courte manifestation. Dans sa modestie, cette exposition est une première du genre. Inaugurée mercredi, l'exposition se tient dans la crypte de l'église Saint-Joseph. Elle prendra fin demain (heures d'ouverture 14h30-19h30) (*).
L'initiative, qui s'inscrit dans le contexte de la célébration de « Beyrouth : capitale mondiale du livre », a lieu à l'initiative du P. Louis Boisset, directeur de la chaire Unesco d'études comparées des religions, de la médiation et du dialogue, à l'USJ. Elle engage aussi, comme partenaires, le Centre d'études islamo-chrétiennes de l'Université de Balamand, ainsi que la faculté des sciences religieuses de l'USJ et son Institut d'études islamo-chrétiennes. Beaucoup d'institutions universitaires, de centres académiques et sociaux, de maisons d'édition et diverses bibliothèques libanaises y sont également associées. Le livre religieux anglophone, hélas, en est absent.
« Cette manifestation est pour nous importante car, par-delà les engagements de notre Institut d'études islamo-chrétiennes, elle signe la volonté de notre université de marquer toutes les initiatives qui pourraient être prises en un domaine qui nous tient particulièrement à cœur », a déclaré en ouverture de l'exposition le recteur de l'USJ, le Pr René Chamussy s.j.
« On nous interroge souvent sur les spécificités de notre université. Il va de soi pour nous que le dialogue interculturel, le dialogue interreligieux, le dialogue islamo-chrétien sont les trois piliers de nos engagements premiers », a-t-il poursuivi, relevant aussi que « ces livres sont aussi des pages blanches que nous avons à remplir... », soulignant par là l'importance de la solidarité des générations, dans l'édification d'une culture du dialogue.
De son côté, le P. Salim Daccache s.j., doyen de la faculté des sciences religieuses, a relevé que si « le dialogue islamo-chrétien est en continuel mouvement, cela ne veut pas dire que les rapports islamo-chrétiens ne passent pas par une crise ».
Et de souligner que « le livre est l'une des formes pour affronter l'ignorance et les ténèbres ; il est aussi une forme évoluée du dialogue islamo-chrétien », avant de rendre hommage à tous ceux qui, « sans peur et sans complexe d'infériorité ou sans tentative d'en tirer profit, ont consigné leurs expériences historiques dans le domaine du dialogue (...) comme témoignage vivant pour les générations du présent et de l'avenir ».
Représentant le ministre de la Culture, Sélim Wardé, Mme Leila Barakat, coordinatrice générale de Beyrouth capitale mondiale du livre, a rendu un vibrant hommage à cette exposition « modeste », mais qui n'en reste pas moins « la première du genre ». Mme Barakat a relevé combien ce projet « sert l'un des objectifs de Beyrouth, capitale mondiale du livre (...), à savoir renforcer l'approche diversifiée de la culture ».
« Le livre, a redit Mme Barakat, est surtout un lieu de rencontre ; quelles que soient les tensions traversées dans l'histoire, le Liban restera une terre témoin par la rencontre qu'il tolère ou, bien plus, qu'il connaît et promeut comme héritage et promesse. »

Les moments forts
L'exposition a par ailleurs le mérite de situer la convivialité dans une histoire. Le dialogue islamo-chrétien n'a pas toujours été ce que nous en savons aujourd'hui : un échange destiné à mieux se faire connaître de l'autre. À l'origine, il avait pour objectif de convaincre. Des panneaux en retracent certaines des étapes majeures. C'est du moins ainsi que le comprenait l'un des pionniers de ce dialogue, saint François d'Assises. À deux reprises, en 1211 et en 1215, saint François avait essayé, sans succès, d'aller prêcher aux musulmans de Syrie, d'Espagne ou du Maroc. À l'occasion de la 5e croisade (1217-1221), il réussit à rejoindre l'armée des Croisés à Damiette (Égypte), où il demanda la permission de passer du côté des musulmans, pour prêcher au sultan Abdel Malik el-Kamel. On était en 1219. François obtint l'autorisation recherchée et passa quelques jours à prêcher devant le sultan, offrant même à passer par le feu pour prouver la vérité du christianisme. Finalement, voyant qu'il ne pouvait obtenir aucune conversion, il regagna l'Europe.
Pour zélée qu'elle soit, et malgré ses objectifs de prosélytisme, la démarche de saint François avait un côté révolutionnaire. Face à des armées venues pour vaincre, il s'était fixé pour but de convaincre.
Aujourd'hui, évidemment, le dialogue n'est plus une joute, mais un lieu d'échanges. Du côté catholique, ce courant s'est manifesté au cours du concile Vatican II qui, dans l'une des ses déclarations, aborde la question de la rencontre de l'islam. Au Liban, l'itinéraire de ce dialogue passe par des courants culturels qui se manifestent à partir des années 1950. Le cénacle libanais en était l'un des jalons, ainsi d'ailleurs que la visite au Liban du pape Jean-Paul II et la publication de l'Exhortation apostolique.
On doit aussi citer des figures chrétiennes comme celles du P. Afif Osseirane, de Youakim Moubarak, disciple de Louis Massignon, de Michel Hayek et Théodore Khoury. Dans le champ islamique, les imams Moussa Sadr et Mohammad Mehdi Chamseddine, ou encore Hicham Nachabé, Mohammad Sammak, Abbas Halabi et Saoud el-Maoula, ont chacun à sa manière contribué au dialogue.
L'imam Mohammad Mehdi Chamseddine aura même une attitude historique à cet égard, puisque dans son testament, il affirmera : « Aujourd'hui, je m'oppose à tout projet visant la suppression du confessionnalisme politique. J'appelle au retrait de ce projet du débat politique (...) Il est, en effet, demandé de réformer le système confessionnel politique, et non de le supprimer. Celui-ci, tel qu'établi suite à l'accord de Taëf, est à mon avis exemplaire. Il faut œuvrer pour le réformer et l'appliquer fidèlement. »
Les institutions universitaires et les associations privées ne sont pas en reste : l'USJ d'abord, dès 1977, Balamand, les Makassed, les Paulistes, les fondations privées comme celle du P. Afif Osseirane, les associations Darb Mariam, Adyan, le réarmement moral, etc. Une présentation « PowerPoint » de 10 minutes, œuvre de Rita Ayoub de l'IEIC, enrichit l'exposition en faisant le point là-dessus. Certes, chacune de ces fondations n'affecte que son milieu propre, mais en les encourageant, viendra un temps où elles uniront leurs efforts pour former un courant susceptible d'influer sur la société et sur le Parlement. On ne soulignera jamais assez le rôle positif que peuvent jouer, à cet égard, les éditeurs et surtout les libraires, à qui il est demandé de contribuer à la propagation de la culture du dialogue en accordant plus de visibilité au livre islamo-chrétien dans leurs rubriques, vitrines et coins.

(*) Une rencontre-débat sur le thème « Le dialogue islamo-chrétien est-il en crise ? » se tiendra aujourd'hui 15 janvier au théâtre Monnot, à 17 heures. Y participeront : l'ancien ministre M. Ibrahim Chamseddine, le Dr Radwan Assayed, M. Harès Chéhab. Le Père Georges Massouh coordonnera le débat. Renseignements : 01/421000 ext. 5916 et 4706.
« L'objectif de cette exposition est de souligner l'importance du livre comme chemin de rencontre et de connaissance réciproque. » C'est par ces mots simples, lumineux, que les organisateurs de l'exposition « Présent et avenir du livre islamo-chrétien » présentent leur trop courte manifestation. Dans sa modestie, cette exposition est une première du genre. Inaugurée mercredi, l'exposition se tient dans la crypte de l'église Saint-Joseph. Elle prendra fin demain (heures d'ouverture 14h30-19h30) (*). L'initiative, qui s'inscrit dans le contexte de la célébration de « Beyrouth : capitale mondiale du livre », a lieu à l'initiative du P. Louis Boisset, directeur de la chaire Unesco d'études...
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